Situation cocasse dans la salle du conseil municipal de Port-Louis, vendredi après-midi. Invité par l’Organisation for Diaspora Initiatives (l’ODI) à commémorer le 111e anniversaire de la naissance de l’ancien Premier ministre sir Seewoosagur Ramgoolam à travers un débat sur sa contribution au développement des collectivités locales (villes et villages), le ministre des Administrations régionales et des îles outremer, Hervé Aimée, s’attendait sans doute à une après-midi tranquille. Mal lui en a pris quand il a dû écouter, non sans un certain agacement visible, le maître de séance, en l’occurrence le lord-maire PMSD, Mamade Khodabaccus, un partenaire de l’alliance gouvernementale lui-même, critiquer vertement en présence des invités ce qu’il a qualifié de « recul indéniable » des pouvoirs des administrations locales. Le débat, tenu sous haute tension, a par d’ailleurs été marqué par une tentative d’agression physique sur la personne du principal animateur, Chit Dukhira, par un haut cadre d’une municipalité exaspéré par certaines observations. 
Tout avait pourtant assez bien commencé si l’on excepte les discours des fois trop dithyrambiques des uns et des autres, dont Chit Dhukira, axés beaucoup plus sur les qualités personnelles de sir Seewoosagur que sur le bilan réel de son parcours en tant qu’édile municipal. Puis est arrivé le lord-maire. Visiblement à court d’éloges pour « Chacha », puisqu’il devait lui-même avouer que « Chit Dhukira avait déjà tout dit », Mamade Khodabaccus a immédiatement mis les gros souliers dans les plats. « Peut-on vraiment parler de véritable progrès dans le domaine des administrations régionales lorsqu’on compare ce qui étaient, par exemple, les pouvoirs de la municipalité de Port-Louis dans les années 1950 du temps où sir Seewoosagur en était le maire et ceux qu’ils sont aujourd’hui ? Le conseil municipal de Port-Louis, vieux de plus de 200 ans, contrôlait sa propre police, ses propres services à incendies, la distribution d’eau et de nos jours il ne contrôle plus rien. Je ne sais où trouver l’argent pour présenter un budget équilibré. Le port brasse des millions de roupies par an et la municipalité n’en touche pas un sou. Nos inspecteurs, nos avoués et hommes de loi poursuivent les contrevenants et ce sont les autres qui perçoivent les amendes. Nous avons des parkings payants dans les rues de la ville et la municipalité ne touche pas un centime des amendes infligées. Port-Louis a été dépouillé de tous ses pouvoirs d’antan et comment peut-on parler de développement ? » a déclaré le lord-maire tout en assurant ne faire là qu’un constat.
À un moment, après avoir toisé le lord-maire d’un regard sévère qui n’a échappé à personne, on a entendu le ministre Aimée lui lancer un « il faut être plus efficient ! » Plus efficient ? Soit, a alors répondu Mamade Khodabaccus, mais comment l’être quand le conseil municipal n’a même plus le contrôle sur ses employés ? Comment faire travailler ces employés quand on n’exerce sur eux aucune autorité, on ne peut pas les recruter, les licencier et même récompenser ceux-là qui le méritent ?
Signalons également que le représentant de Week-End a également fait les frais de la nervosité d’Hervé Aimée. Au journaliste de Week-End qui voulait tout simplement savoir pourquoi dans son projet de réforme (Local Government Bill), discuté au Conseil des ministres du 30 juin dernier, il insiste à imposer une loi anti-transfuge afin d’empêcher des défections au sein des groupements politiques dans les conseils municipaux alors que l’exemple aurait dû être donné à l’Assemblée nationale d’abord, Hervé Aimée est sorti de ses gonds pour soutenir que son plan de réforme est encore confidentiel et qu’il lui semblait que certains journalistes se livraient à un insoutenable… « espionnage » ! Et pourtant, le ministre lui-même, tout en prétendant que son plan était toujours confidentiel, en avait auparavant vanté certains mérites. Son projet, avait-t-il déjà affirmé, permettrait de faire de la place à ceux qui souhaiteraient s’engager en politique au niveau national de faire leur apprentissage d’abord à l’échelon local. Toujours selon le ministre, sa réforme fera que tous les élus des conseils de villages percevront une allocation à l’avenir.
Toutefois, le ministre Aimée aura surpris tout son monde en faisant remarquer que, depuis 1965 qu’on parle de Cité de Port-Louis et de lord-maire, ceux-ci ne sont en fait pas reconnus légalement. M. Aimée compte y remédier dans le texte de loi « Local Government Bill » qu’il présentera à l’Assemblée nationale.