Marousia Bouvéry, Alain Muneean ainsi qu’une quinzaine de jeunes musiciens d’Abaim se retrouveront sur la scène de Blues Dan Jazz, le vendredi 13 septembre, aux côtés du saxophoniste Emile Parisien et du pianiste Roberto Negro. La bande était loin de s’imaginer un jour jouer du sega tipik et traditionnel avec du jazz, et encore moins être invité dans ce genre d’événement. L’expérience est donc attendue avec grande impatience. Avant même de rencontrer les deux artistes et d’entamer leur semaine de résidence, les ravannes sont déjà bien chauffées. Un sentiment de fierté et d’excitation est palpable lors des répétitions des bater ravann.

Jazz est un mot qui ne faisait pas partie de leur vocabulaire. Jusqu’à l’annonce de leur participation à la 13e édition de Blues Dan Jazz, ils n’avaient “jamais entendu parler de cette musique”. Lorsque les premières notes de cette musique ont résonné, “li ti enn zafer extra bizar dan mo zorey”, se souvient Jason Bisnath. Marousia Bouvéry et Alain Muneean leur avaient présenté ce fameux jazz pour la première fois de leur vie en visionnant des vidéos du saxophoniste Emile Parisien et du pianiste Roberto Negro, les deux artistes qu’ils s’apprêtent à rencontrer en résidence avant d’enchaîner sur le grand concert.
Depuis, Aurélie Eleonore, l’une des plus anciennes Ti-marmit, est “très curieuse d’en apprendre plus sur le jazz”, après avoir été “impressionnée par autant de free style et d’improvisation dans cette musique. Même si nous faisons un autre style de musique, je ressens beaucoup de similitudes dans notre manière de jouer”.

C’est dans ce même état d’esprit que Georgina Olivier se prépare à en apprendre davantage sur cette musique “ki donn bann son bien partikilie”. Joanna Olivier s’imagine que “le jazz pourra nous donner d’autres nouvelles idées de rythmes dans notre façon de jouer du sega tipik. Li pou extra serye ki Abaim pou montre seki li konn fer ek an mem tan nou pe al zwe enn lamizik ki bien seleb dan Lamerik”. À ce stade, Emilio Netta ne sait pas encore comment se déroule une résidence, mais il est convaincu que le partage musical sera enrichissant, “ki ravann la pou reisi trouv so plas dan sa lamizik jaz la”.

Espace pour la créativité.

Marousia Bouvéry nous raconte avoir acheté avec Alain Muneean leur tout premier CD en 1992. Leur choix s’était alors porté sur Al Jarreau. Même si par “manque de temps”, le couple avoue ne pas avoir eu l’occasion d’assister à des concerts et autres événements de jazz, ce CD est la preuve “ki nou sey ekout tou kalite lamizik”. Parlant des similitudes entre l’histoire et la naissance du jazz et du séga, Alain Muneean souligne que le jazz est une création musicale qui s’exprime avec le cœur et les sentiments. “Se inpe nou mem filozofi dan Abaim.” Musicalement, le jazz se joue dans plusieurs variances, tandis que le séga “n’est pas une musique que nous apprenons sur une partition”. Il ajoute : “Jaz, se bann experimantasion ek kreasion kinn fer avek boukou douler. Ce n’est pas étonnant que le jazz soit associé aux Noirs et à des gens qui viennent d’Afrique.”

Autant dire que leur présence dans cette édition de Blues Dan Jazz marque une grande étape dans leur longue carrière sur scène. Comme “se enn rankont d’enn nouvo tip ki nou pe al fer”, elle était trop belle pour la refuser. La première réflexion d’Alain Muneean fut de se dire “eski pa pou al gagn lamerdman ar sa”. Son angoisse s’est vite dissipée, car “les prestations que nous avons visionnées sur ces deux artistes montrent qu’ils laissent de l’espace à la créativité”.

Un joli challenge.

Pour sa part, Marousia Bouvéry s’est dit que “ce serait un joli challenge. Nous ne sommes pas des professionnels mais nous avons le sentiment que nous serons à la hauteur”. Le fait de jouer sur la même scène que deux grosses pointures comme Emile Parisien et Roberto Negro est la preuve “ki nou bizin bon kitpar. Il faut surtout retenir qu’ils vont jouer avec des amateurs. Ek pa ninport ki amater, me bann amater ki fer ravann. Cela dénote un esprit ouvert de leur part et c’est le signe qu’ils sont réellement intéressés par notre musique. Sa ve dir ki nou lamizik ena valer”.

Pour Alain Muneean, ce sera l’occasion pour le public de changer son regard sur la musique traditionnelle, “kot ankor ena boukou mepri”. Pour les fondateurs d’Abaim, cette initiative de l’Institut Français de Maurice, organisateur de Blues Dan Jazz, ne peut que valoriser le patrimoine musical mauricien et la jeunesse car leurs musiciens sont âgés de 11 à 18 ans.
À une semaine de se retrouver dans leur toute première expérience de résidence, l’enthousiasme, l’excitation, l’effervescence et l’impatience font monter en puissance les battements, rythmes et cadences de leurs répétitions. Ravanne, maravanne, triangle et autre instrument traditionnel en main, les musiciens d’Abaim konn pik sega. Très bientôt, Emma Brutus, Terriane Theotis, Jason Mirliflore, Raksha Dyal, Anais Tanner, Stephane Polidor, Chloé Dahoo, Megane Curpanen, Shawn Fanchon, Emilio Netta, Jason Bisnath, Georgina Olivier, Aurélie Eleonore et Joanna Olivier seront non seulement en mesure de bat ravann mais aussi “de jouer sur du jazz”.

13e édition de Blues Dan Jazz

C’est le vendredi 13 septembre que se tiendra la 13e édition de Blues Dan Jazz au Caudan Arts Centre à partir de 20h. En première partie de soirée, le public retrouvera Les Métanuits, composé d’Emile Parisien (au saxophone) et Roberto Negro (au piano), dans une adaptation malicieuse du quatuor à cordes Métamorphoses Nocturnes de György Ligeti. Puis, le duo retrouvera la bande d’Abaim dans un format grand orchestre pour présenter le résultat de leur semaine de résidence, d’échanges et de partage sur le jazz et le sega tipik.
Soulignons que Blues Dan Jazz est organisé par l’Institut Français de Maurice. Depuis la première édition, cet événement a permis plusieurs collaborations entre les grands noms du jazz de France et de Maurice.

Les billets sont en vente à Rs 50, Rs 100 et Rs 250 sur le réseau Otayo et sur caudanartscentre.com