L’amour est mis en solde. Après le passage du Lapin au Dragon, alors même que les pétards chinois et autres encens et effigies de Bouddha n’étaient plus d’actualité, en faisant vos courses, ne me dites pas que vous n’avez pas remarqué toutes les roses (en plastique !) qui vous envahissent la vue à l’entrée du supermarché, les étagères chocolatées, et les lingeries fines suspendues telles des guirlandes sur des mannequins sans tête mais gibbeux là où il le faut … au milieu de petites peluches ornées de coeurs ! C’est mignon, nous dirait Gad Elmaleh ! Pas si sûr ! Bref, en cette Saint Valentin, que nous soyons « pro » ou « anti » (vous allez me dire que les commerces ne nous laissent pas trop le choix), il paraît obligatoire de faire le point sur cette nécessité vitale d’aimer et d’être aimé. Après tout, « L’amour est la plus mélodieuse de toutes les harmonies » pour citer « Physiologie du mariage » (1829) d’Honoré de Balzac. Qu’il rime avec toujours ou qu’il tourne en eau de boudin.
Un coeur brisé, quelques notes gribouillées entre un nez qui coule sans fin, des yeux à demi collés, ajoutez à cela une bonne migraine à force d’avoir pleuré, peut aussi vous porter au sommet. Tenez, la chanteuse Adele a raflé six trophées aux 54e « Grammy Awards » dimanche : enregistrement de l’année, album (pour 21), album pop, interprétation pop, meilleure chanson et vidéo courte. L’amour, ce sujet franchement didactique, a en effet passionné plus d’un – qu’ils se prénomment Platon, Rousseau, Goethe, Sartre ou Schopenhauer. Le dernier cité, brutal et cynique dans son essai « La métaphysique de l’amour », trouvait que l’amour n’est qu’une illusion, une invention de l’espèce humaine pour justifier la reproduction. « L’amour, c’est l’ennemi. Faites-en, si cela vous convient, un luxe et un passe-temps, traitez-le en artiste ; le Génie de l’espèce est un industriel qui ne veut que produire. Il n’a qu’une pensée, pensée positive et sans poésie, c’est la durée du genre humain », écrivit Schopenhauer alors que Platon était convaincu que « Ce qu’on n’a pas, ce qu’on n’est pas, ce dont on manque, voilà les objets de l’amour » et que chacun cherche sa moitié.
Au fil des années, les théories sur l’amour ont boomé. Certains parlent d’équations, d’autres ont tenté de l’expliquer mathématiquement ou avec des couleurs. John Allen Lee, psychologue américain, fait partie de ceux-là. Il a développé dans les années 70 les styles d’attachement amoureux, connus comme le « modus operandi » de comment les gens s’aiment. Il avait identifié six styles – aussi connus comme les « couleurs » de l’amour (« The color wheel ») – que les individus utilisent dans leurs relations interpersonnelles : érotique, ludique, amical, passionné, pragmatique et magnanime. « Eros », comprenez l’amour physique et émotionnel passionné fondé sur le plaisir esthétique. « Ludus », genre, « Je te parie ce que tu veux mais il/elle sera à moi ce soir », « Storge », une relation amicale qui se développe en relation amoureuse aidée par les affinités que partagent les deux. « Pragma », un amour peu communicatif. « Mania » renvoie à l’amour obsessionnel. Enfin, « Agape » rend grâce à l’amour altruiste. Et comme ce n’était pas suffisant de devoir s’exercer à distinguer entre six différentes couleurs pour savoir si l’on est amoureux/se ou pas, chacune des couleurs formulées comporte tout un éventail de teintes.
Et on s’étonne que l’amour puisse rendre fou/folle !
Ce soir, que sais-je, vous danserez peut-être avec votre tendre sur « Someone like you » dotée de la puissante voix de la charmante Adele. Petit conseil – il faudrait juste que vous évitiez de porter trop attention aux paroles qui entraînent beaucoup plus dans les méandres du désespoir qu’elles vous ragaillardissent. Et puis, tout bien réfléchi, évitez du Whitney Houston. Ca risque de casser l’ambiance !
Joyeuse Saint Valentin.