Les circonscriptions 15, 16 et 17 sont connues pour être un terrain fertile pour des candidats battus et repêchés grâce au best loser system. Lors des dernières législatives, sur les sept députés correctifs dont un Rodriguais, trois en provenaient : Raffick Sorefan du MMM au N° 15 (La Caverne/Phoenix), Stéphanie Anquetil au N° 16 (Vacoas/Floréal) et Michael Sik Yuen au N° 17 (Curepipe/Midlands). Dans le passé, Showkutally Soodhun, un des candidats de l’Alliance Lepep, au N° 15, y a également été député correctif, parmi d’autres.
Cette fois-ci encore, la question reste en suspens jusqu’aux résultats, à plus forte raison qu’aux N° 15 et 16, l’on observe une tendance vers le partage des voix et ce, malgré l’appel des leaders des deux principales alliances à voter bloc. Au N° 17, l’on note une forte présence des députés du PMSD au sein de l’Alliance Lepep et la présence du seul candidat sino-mauricien de l’alliance PTr/MMM.
À mesure que l’on s’approchait du jour du scrutin, alors que les leaders des deux alliances affichaient la conviction d’un 3-0 au N° 15, les partisans, eux, n’en semblaient pas tous convaincus. Ils sont nombreux à pronostiquer un 2-1 tantôt pour l’Alliance Lepep, tantôt pour le PTr/MMM, en évoquant, encore une fois, la possibilité qu’un candidat battu soit repêché comme député correctif. Si l’expression « vote communal » n’est pas utilisée ouvertement, l’on parle beaucoup de « vote de sympathie ». Certains électeurs optent pour élire un chef du gouvernement et réservent une voix pour un député de proximité. Au N° 15, la présence de sir Anerood Jugnauth aux côtés de ses candidats a été fortement remarquée et ce, dès le début de la campagne. Même si l’Alliance Lepep n’y a pas organisé de grand meeting régional, il y a eu de nombreux congrès nocturnes.
Du côté de l’alliance PTr/MMM, les candidats ont fait une campagne plutôt discrète avec plusieurs réunions de proximité dont quelques-unes marquées par la présence du leader du PTr, Navin Ramgoolam. Lors d’un meeting régional à la Place Taxi, à Phoenix, le Premier ministre a critiqué la désignation par l’Alliance Lepep d’Ameena Gurib-Fakim comme présidente de la République sous un éventuel gouvernement de SAJ. Propos qui ont créé une polémique, d’aucuns estimant que Navin Ramgoolam « a mis en doute les compétences » de l’ancienne pro vice-chancelière de l’Université de Maurice.
Dans l’ensemble, la campagne s’est déroulée dans le calme au N° 15 à l’exception de quelques incidents isolés. Idem pour le N° 16 où l’on note, cependant, que le quartier général de l’Alliance Lepep a été vandalisé à deux reprises.
La campagne s’est déroulée en toute discrétion au N° 16, les candidats ayant privilégié les réunions privées et le porte-à-porte. Elle s’est accentuée avec quelques grandes sorties publiques après le Nomination Day dont les deux grands meetings des deux alliances à Glen-Park. Une fois de plus, les feux des projecteurs sont braqués sur le duel Bodha/Bappoo. Nando Bodha y a été élu à deux reprises en première position et Sheila Bappoo y a laissé une bonne impression auprès de ses mandants. Ce match a été suivi de près à chaque réunion où chacun des candidats n’a pas manqué de critiquer le travail de l’autre et de mettre l’accent sur ce qu’il a accompli. Nando Bodha a souvent été présenté comme le député qui s’en est sorti avec les votes « soutirés des autres partis », alors que Sheila Bappoo a été vivement critiquée pour les scandales DY Patil et MITD. Quant aux nouveaux venus du N° 16, Étienne Sinatambou et Sanataram Baboo de l’Alliance Lepep et Pradeep Jeeha et Lysie Ribot de l’Alliance PTr/MMM, ils ont eu fort à faire pour marquer leur présence et convaincre l’électorat de leurs ambitions. Le N° 16 a aussi la particularité d’être la circonscription où votent les deux leaders de l’alliance PTr/MMM, Navin Ramgoolam et Paul Bérenger. La circonscription est perçue comme divisée, rien n’est joué d’avance et les résultats pourraient créer des surprises.
Au N° 17, où une trentaine de candidats sont inscrits, la campagne électorale s’est également déroulée dans le calme, si ce n’est quelques perturbations notées lors des congrès nocturnes organisés par l’Alliance PTr/MMM, par des personnes sous l’effet de l’alcool. Ceux-là voulaient à tout prix avoir des éclaircissements sur le projet de IIe République proposé par cette alliance.
Le N° 17 a également été marqué par une démonstration de force des deux grandes alliances avec plusieurs défilés à Curepipe. Si du côté du PTr/MMM l’on affiche la conviction d’un 3-0 avec la présence de deux députés et d’un ministre sortant, du côté de l’Alliance Lepep, l’on n’en croit pas moins dans la performance de ses candidats. À plus forte raison que le petit-fils de Sir Gaëtan Duval, Adrien Duval, y brigue les suffrages. Alors que le N° 17 était acquis à la cause du PMSD dans les années 1960 et 1970, le MMM avait fini par y prendre de l’assise. Ces jours-ci, le PMSD semble multiplier les efforts pour reconquérir la circonscription. Resistans ek Alternativ, Lalit et le MMSD d’Éric Guimbeau ont été plus discrets dans leur démarche. Ceux-là ont choisi d’aller directement vers leur électorat. L’on remarque aussi une véritable prise de conscience des jeunes adultes, notamment les trentenaires et les quadragénaires, quant aux enjeux de ces législatives, différentes des précédentes. Ils souhaitent comprendre ce qui se passe avant de déléguer le pouvoir à un parti pour les représenter au parlement.