L’Évêque de Port-Louis a rendu visite, hier après-midi, aux grévistes de la faim des Verts Fraternels au Jardin de la Compagnie. Mgr Maurice Piat a voulu personnellement les rencontrer afin de mieux comprendre leurs revendications. Les grévistes observent aujourd’hui leur seizième jour de grève.
Monseigneur Maurice Piat a rencontré les quatre activistes des Verts Fraternels afin d’obtenir d’eux davantage de précisions sur l’objectif de la grève de la faim entamée le 6 octobre dernier. Les grévistes, qui affirment avoir apprécié son geste, ont également éclairé l’Évêque de Port-Louis sur leur proposition de la mise sur pied d’une Green Reparations Foundation.
Dans une déclaration parvenue au Mauricien en matinée, le Diocèse de Port-Louis se dit « sensible au combat que mène depuis toujours Sylvio Michel pour la cause des descendants d’esclaves ». Mgr Piat salue en particulier le leader des Verts Fraternels, grâce à qui l’île Maurice a obtenu la Truth and Justice Commission et le congé national célébrant l’abolition de l’esclavage à Maurice le 1er février.
Le nombre de grévistes, qui était de cinq, est passé à quatre quand Élie Michel, frère de Sylvio Michel, a dû abandonner le mouvement de grève sur les conseils de ses proches et de son médecin. Il avait été transporté d’urgence mercredi dernier à la Surgical Intensive Care Unit de l’hôpital Jeetoo avant d’obtenir sa décharge vendredi après-midi. Mercredi soir, Élie Michel, âgé de 77 ans, avait commencé à faire de la forte tension, après avoir montré des signes de faiblesse dans l’après-midi. En raison de son état de santé affecté par le fait qu’il ne s’est pas alimenté pendant plus d’une dizaine de jours, ses médecins et proches ont insisté pour qu’il se mette à nouveau à ingurgiter de la nourriture solide.
Pour leur part, Rosynette Edouard, Olivia Azie, Marie-Yolande Cabot et Sylvio Michel poursuivent leur grève au Jardin de la Compagnie. Si leur état de santé n’est pas aussi alarmant, il se dégrade petit à petit. Malgré la fatigue, les activistes disent vouloir aller jusqu’au bout pour obtenir la mise sur pied d’une Green Reparations Foundation, comme nous l’a confirmé à nouveau ce matin Sylvio Michel, la gorge enrouée. Les grévistes avaient reçu jeudi la visite d’un médecin qui, après examen, a conclu que leurs signes vitaux étaient corrects.
La porte-parole du mouvement de grève, Daniela Police-Michel, a tenu une conférence de presse jeudi dernier pour rendre public le contenu des correspondances adressées la semaine dernière au Premier ministre Navin Ramgoolam et parler de sa conversation téléphonique avec le chef du gouvernement (voir notre édition de jeudi dernier). Au téléphone, des précisions ont été apportées au PM concernant certains points de la lettre, comme la crainte des Verts Fraternels de voir « disparaître » le centre culturel Nelson Mandela, le seul centre culturel chargé de la promotion de la culture africaine et créole, pour laisser place à une institution ayant comme objectif de mettre en oeuvre les recommandations de la CJV. Le Premier ministre a précisé aux Verts Fraternels qu’il n’est pas question de supprimer le centre mais de mettre sur pied une branche qui sera chargée de la question.
Suite à cette conversation téléphonique, Navin Ramgoolam a indiqué qu’il souhaitait obtenir l’avis du State Law office (SLO) afin de se prononcer définitivement sur la proposition des VF. Pour ces derniers, la formule d’une fondation « permet la mise en place d’une institution indépendante des contingences politiques », de même que la prise en charge des réparations par les descendants d’esclaves eux-mêmes, qui ainsi entrent dans un processus d’empowerment, ce qui permet un travail de collaboration entre les victimes de l’esclavage et ceux qui en ont profité.