DEVARAJEN KANAKSABEE

Il y a de ces pans de notre histoire commune qui sont méconnus du grand public. Un Centre culturel mauricien aurait beaucoup aidé à combler cette lacune afin qu’un jour on puisse enseigner l’histoire de notre peuplement de façon objective, le tout orienté vers la construction d’une nation. Cependant, à ce jour, on est très loin du compte.

La cérémonie marquant la commémoration du 283e anniversaire de l’arrivée des Tamouls à Maurice devant le Silambou, au Plaza, Rose-Hill, a eu lieu, dimanche 28 octobre 2018, avec la participation de ceux qui ont témoigné – par l’entremise d’une rose symbolique – d’un vibrant hommage à ces lointains bâtisseurs qui ont fait d’une île déserte la clef et l’étoile de l’océan Indien. À cette occasion, on a observé une minute de silence à l’intention d’un homme, qui a su faire comprendre aux uns et aux autres que la religion a dès fois été une source de confusion au sein de la communauté tamoule. Il s’agit de Marcel Chowriamah, qui faisait ressortir que bien qu’on soit chrétien, pentecôtiste, musulman, athée, sivaïte, entre autres, on pouvait encore revendiquer qu’on est citoyens mauriciens de culture tamoule à part entière. C’est cela la vraie unité dans la diversité. Merci Marcel!

La première rose a été déposée par Umma Appavou, la fille de feu Manikum Thancanamootoo, devant le Silambou, chef-d’œuvre en pierre taillée et sculptée par Vel Vyavooree, au Plaza

La première rose a été déposée devant ce monument de 250 pouces de haut par Umma Appavou. Pourquoi ? C’est la fille de feu Manikum Thancanamootoo (International Movement for Tamil Culture), celui-là même qui a eu l’idée géniale d’offrir à la postérité et au peuple mauricien ce joyau qu’est le Silambou, chef-d’œuvre en pierre taillée et sculptée par Vel Vyavooree, et qui aura coûté la somme de Rs 150 000 pour marquer le 250e anniversaire de la présence tamoule à Maurice en 1985. Une fortune à l’époque; la plus grosse partie de cette somme relève des propres économies de Manikum Thancanamootoo. Ce monument aurait dû se situer à Port-Louis mais le Premier ministre d’alors, Anerood Jugnauth, avait objecté à cela. Heureusement que des Mauriciens amoureux de notre histoire, en l’occurrence Villa Seenyen, Jean Claude De L’Estrac et Paul Bérenger, avaient fait le nécessaire afin que le Silambou trouve une place dans la ville de Beau-Bassin/Rose-Hill. Ce joyau fait écho à la contribution des Tamouls dans la construction d’imposants édifices en pierre. Merci Manikum!

En cette même année 1985, une motion fut votée à l’unanimité à la municipalité de Vacoas/Phoenix après notre proposition pour que la rue Grannum à Vacoas soit nommée après Rajaruthnum Modeliar, l’homme derrière la pétition royale en 1872 pour améliorer le sort des laboureurs indiens. Dans une brève allocution, j’avais alors établi un parallèle entre plusieurs bâtiments patrimoniaux pour mettre en exergue les innombrables traces laissées par nos aïeux comme preuves de leurs œuvres immortelles.

Revenons à ce dimanche 28 octobre 2018. En ce jour de commémoration, on a procédé à un dépôt de gerbes à côté du Silambou, là où se trouve la stèle rappelant le génocide tamoul au Sri Lanka. Il convient de souligner que la commémoration s’est terminée avec une requête transmise au Haut-Commissaire de l’Inde pour qu’on ne fasse pas obstacle au jumelage de Port-Louis/Pondicherry, projet qu’a initié Manikum Thancanamootoo. Récemment une motion a été déposée en ce sens par Chris Loïc Dick, ex-adjoint-maire de Port-Louis. Néanmoins, je soulèverai cette question, entre autres sujets d’importance, lors d’un prochain rendez-vous avec le Haut-Commissaire de l’Inde.