« Rien n’aurait changé sans engagement politique des travailleurs engagés et des descendants d’esclaves », a affirmé hier le Premier ministre Navin Ramgoolam qui intervenait lors la cérémonie officielle marquant le 178e anniversaire de l’arrivée des premiers travailleurs engagés à Maurice. L’événement, marqué par la simplicité, s’est déroulée en présence du président de la République Kailash Purryag, des membres du cabinet, du speaker Razack Peeroo, du leader de l’opposition Paul Bérenger et des diplomates en poste à Maurice.
Le Premier ministre a rendu hommage à ces nombreux travailleurs qui n’ont pas baissé les bras malgré l’adversité, l’humiliation et la dérision. Navin Ramgoolam a exprimé sa reconnaissance pour ceux qui se sont dévoués aussi bien pour travailleurs engagés que pour les esclaves. Les valeurs et les principes légués par nos ancêtres, a-t-il dit, « nous ont permis d’utiliser la diversité ethnique comme une richesse dans l’harmonie et le respect ». « À la base du progrès des travailleurs engagés mais aussi des esclaves, il y a le combat politique et la conquête du pouvoir politique. »
Le chef du gouvernement a observé qu’à la manière où le monde évolue « y en a qui veulent devenir riches au plus vite ». « Ils auraient dû voir dans quelles conditions ont vécu ceux qui sont arrivés à Maurice. Sans effort, rien n’est possible », a lancé Navin Ramgoolam. Il a souligné, au début de son intervention, que la cérémonie officielle avait pour but de commémorer la mémoire des ancêtres. « Après un très long voyage dans des conditions pénibles, ils ont touché la terre de Maurice où ils ont gravi les 16 marches de l’Aapravasi Ghat dans l’espoir de trouver une meilleure condition de vie sur une terre complètement inconnue. »
Le Premier ministre a aussi expliqué que Maurice a été utilisée par les colonisateurs britanniques pour faire l’expérience de l’engagisme après l’abolition de l’esclavage. « Pour les colonisateurs d’alors il s’agissait de trouver une main d’oeuvre bon marché. L’Aapravasi Ghat a été un des premiers points de débarquement des travailleurs engagés. Nous avons un devoir de mémoire. »
Navin Ramgoolam a présenté les Mauriciens comme un peuple travailleur. Ainsi, durant une période au 19e siècle, Maurice était le plus grand exportateur de sucre de l’empire britannique. « Aujourd’hui tout le monde reconnaît l’importance de l’industrie sucrière sur le sol mauricien. Ce secteur a réussi car les propriétaires ont su bien le gérer. Les producteurs mauriciens investissent désormais dans les pays africains », a-t-il dit.
Préservation de l’histoire
Le Premier ministre n’a pas manqué de rendre hommage au travail commencé par Beekrumsing Ramlallah qui a tout fait pour que le site de l’Aapravasi Ghat devienne ce qu’il est aujourd’hui et figure sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est la raison pour laquelle son nom a été donnée au Centre d’interprétation. Navin Ramgoolam a rendu hommage aux équipes successives des dirigeants de l’Aapravasi Ghat Trust Fund et a rappelé le travail fait pour réhabiliter le Vagrant Depot. « L’Aapravasi Ghat Trust Fund a abattu un gros travail en matière de préservation de l’histoire afin de la partager aux autres générations. »
Prenant la parole à son tour, le ministre des Arts et de la Culture a observé que l’arrivée des travailleurs engagés indiens à Maurice a changé la démographie, l’économie et la politique du pays. Les immigrants indiens venaient du Bihar, d’Andra Pradesh, d’Uttar Pradesh, du Tamil Nadu, du Kerala, de Gujrat, d’Asam, de Punjab, de Karnataka et du Maharastra, fait ressortir Mookhesswur Choonee. Et de souligner que Maurice a aussi accueilli des travailleurs engagés de Chine, du Sri Lanka, de l’Afrique de l’est, du Yemen, des Comores et de Madagascar. Si les Anglais avait promis aux Indiens qu’ils trouveraient de l’or en soulevant des pierres et qu’ils ont été désillusionnés à leur arrivée dans l’île, aujourd’hui, poursuit-il, « nous sommes là ».
Le ministre observe que Maurice est peut-être le seul pays au monde où des descendants des Girmitrya ou travailleurs engagés sont à la tête du gouvernement. « Ils l’ont été dès la deuxième et troisième génération », soutient Mookhesswur Choonee. Et d’ajouter : « Nous sommes fiers d’être des descendants d’esclaves, fiers de porter leur nom, fiers d’avoir leur sang qui coule dans nos veines… »
Auparavant, le haut-commissaire indien à Maurice a accentué son discours sur l’histoire et son importance. T.P. Seetharam souligne qu’en quittant l’Inde pour des destinations inconnues dans les colonies, ils n’ont jamais oublié leurs racines. Pour lui, le Aapravasi Ghat, patrimoine mondial de l’UNESCO, est un repère pour toute l’humanité. Il affirme que l’Aapravasi Ghat est un patrimoine à la fois pour l’Inde et pour Maurice. Il a souhaité que Maurice et l’Inde continuent leur coopération avec une vision commune en vue d’un meilleur avenir.
La cérémonie était précédée d’un dépôt de gerbes des personnalités d’État dont le président de la République Kailash Purryag, le Premier ministre Navin Ramgoolam et le leader de l’opposition Paul Bérenger et suivie d’une minute de silence en souvenir aux travailleurs engagés. Elle était aussi marquée par une prière universelle dite par des enfants de toutes communautés et religions confondues, une récitation de poésies en hindi et en ourdou et des numéros de chants et de danses. Malheureusement, aucune information sur « la danse de bienvenue » pourtant classique exécutée par un groupe du Mahatma Gandhi Institute (MGI) n’a été communiquée. Cette lacune se produira pour les autres numéros. Ceux qui connaissent les chansons et les danses présentées sont les heureux privilégiés. Un résumé en kreol, langue nationale de Maurice ou toute autre langue comprise de la population, des poésies dites en ourdou et en hindi aurait été le bienvenu. La cérémonie, par le truchement de l’interprétation de “Simin lalimier” de Kaya par les enfants de toutes les communautés, avait pour thème central : l’unité des Mauriciens.
Après la cérémonie officielle, les invités se sont dirigés vers le village des immigrants indiens à l’image de ce qui existait en 1860 pour une visite guidée. Le village restera ouvert durant deux mois. L’entrée est gratuite.