Pravind Jugnauth : « Cette région de Port-Louis, qui abrite déjà l’Aapravasi Ghat, sera un lieu chargé d’histoire »

Le président Nyusi: « C’est une histoire triste qui lie Maurice au Mozambique. Le trafic des esclaves était un fait regrettable mais qui a marqué notre existence »

Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a renouvelé, hier, sa promesse concernant « la volonté ferme » du gouvernement de créer un musée international de l’esclavage. Les locaux qui abritaient l’hôpital militaire durant la colonisation française ont déjà été identifiés à cet effet. Il intervenait lors de la cérémonie officielle organisée pour le 184e anniversaire de l’abolition de l’esclavage au Morne, en présence du président du Mozambique, Filipe Jacinto Nyusi, Chief Guest à ces célébrations, de son épouse et d’une délégation de Robben Island, d’Afrique du Sud.

« C’est notre devoir de garder en mémoire la douleur subie par les esclaves et c’est cela qui m’a amené à annoncer, dans le budget, la création d’un musée intercontinental de l’esclavage. Nous le construirons à Port-Louis, dans le bâtiment qui a servi d’hôpital militaire à côté de l’Aapravasi Ghat. Cette région de Port-Louis sera un lieu chargé d’histoire », a déclaré le Premier ministre. Il a concédé que le projet avait accumulé du retard en raison « d’un certain nombre de recommandations faites par deux experts de l’Unesco en juillet dernier et que nous devrons prendre en considération. » Il s’est appesanti sur le fait qu’il s’agit d’« un projet prioritaire du gouvernement » qu’il suit « personnellement » avec le ministre des Arts et de la Culture, Pradeep Roopun. La déclaration du Premier ministre à ce sujet était attendue dans la matinée d’hier. Cette question a aussi été un des thèmes principaux évoqués lors de la messe célébrée à La Gaulette par le cardinal Maurice Piat dans la matinée d’hier pour marquer les célébrations de l’abolition de l’esclavage.

Pravind Jugnauth a souligné la contribution des esclaves et de leurs descendants au développement de Maurice que ce soit sur les plantations, dans le secteur du bâtiment ou ailleurs. « Même si le pouvoir colonial n’avait aucune considération pour eux, nous sommes conscients de leur contribution ». Selon lui, l’héritage le plus important légué par les esclaves est la langue créole, la langue maternelle de plus de 90% des Mauriciens. « Kreol synbol de nou lidantite nasional », dit-il.
Pravind Jugnauth a aussi fait état de sa fierté de la reconnaissance du « sega typique comme patrimoine intangible de l’Unesco depuis novembre 2014 ». Il a rappelé que le sega typique était une manière pour les esclaves de s’exprimer au 18e siècle et qu’il est aujourd’hui chanté par tous les Mauriciens. « Li finn kas baryer kiltirel et li reini diferan group otour enn leritaz komin », a-t-il observé.
Le Premier ministre a estimé que « Le Morne était une forteresse pour les esclaves fugitifs ». Ce site mauricien classé patrimoine mondial de l’Unesco se trouve, en outre, sur la Route de l’esclave sur laquelle se situent le Bénin, La Réunion, Madagascar, le Sénégal, l’Inde, le Mozambique et Haïti.

Se disant honoré par la présence du couple présidentiel mozambicain, Pravind Jugnauth a affirmé que «  nou pou pran konsyans a ki pwin nou partaz enn leritaz kiltirel komin ». Il a raconté que lors de ses échanges avec le président Nyusi, il a appris que celui-ci venait d’une tribu nommée Macondé. Or, a-t-il fait remarquer, un clip présenté plus tôt lors la cérémonie, affirme que Macondé, situé dans le sud-ouest du pays, était le nom d’un esclave, Mocha Macondé. Il a souhaité qu’il y ait plus d’échanges culturels entre les deux pays. D’autant plus que les deux pays ont « un patrimoine culturel et une histoire en commun ». À ce propos, il a souligné qu’à l’abolition de l’esclavage en 1835, 60% de ceux enregistrés comme esclaves étaient originaires du Mozambique. 
Revenant sur l’histoire coloniale française et faisant référence au Code noir qui définissait l’esclave comme un meuble et une commodité à vendre, il a noté que « c’est une période bien sombre pour l’humanité ». D’où l’importance d’un devoir de mémoire.
Pravind Jugnauth a déclaré que « les descendants d’esclaves ont mis leurs talents au service du pays » et que « des familles ont pu surmonter leurs peines grâce à leur persévérance, leur détermination, l’éducation et la formation ». Il a souligné que : « la port ouver pou tou dimounn kalifie ». Il est revenu sur l’introduction de l’enseignement supérieur gratuit, ajoutant : « je ne veux pas que l’argent devienne un obstacle à la formation et à l’éducation pour les jeunes ». Il a rappelé plusieurs mesures annoncées et mises en œuvre par le gouvernement afin de créer une société inclusive. Il a cité, entre autres, la construction de logements sociaux. Et rappelé que les Mauriciens ont des ancêtres de diverses origines mais que « nous sommes aujourd’hui dans le même bateau » et que « mo asir ou, nou pe ale dan bon direksyon. »

Dans un discours prononcé en portugais avec traduction simultanée en kreol, le président Filipe Jacinto Nyusi a fait part de son émotion devant le monument des esclaves lors de la cérémonie du dépôt de gerbes. Ce qui l’a renvoyé à l’époque de l’esclavage et il s’est souvenu des souffrances subies par les ancêtres et qui ont laissé des séquelles aujourd’hui. « C’est une histoire triste qui lie Maurice au Mozambique. Le trafic des esclaves était un fait regrettable mais qui a marqué notre existence. Nous partageons le passé douloureux et cela nous a été imposé », a-t-il souligné. Il a observé qu’à Maurice où vivent des descendants d’ancêtres mozambicains, il se sent comme chez lui. Il s’est réjoui de l’accueil qui lui a été réservé. « 180 ans après l’abolition de l’esclavage, nous devons tirer des leçons et enseigner aux générations présentes ce que nous avons souffert durant la longue nuit de l’esclavage afin qu’elles soient au courant et savent dans quelle direction nous nous dirigeons. L’esclavage a pris fin et il nous faut lutter contre toutes les formes d’asservissement dans d’autres domaines car une fois de plus, nous vivons une guerre géopolitique et stratégique pour le contrôle des ressources naturelles », a-t-il déclaré.

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