Au moment où le pays accède à l’indépendance il avait toutes les caractéristiques d’un pays sous-développé – monoculture, fort taux de chômage, bas niveau de vie, population nombreuse, etc. Elle était ce que le Pr James Meade avait décrit : un pays économiquement pas viable. Socialement, c’était un pays déchiré par les contradictions communales, qui offrait comme images fortes le spectre de la famine et l’exode dû à la peur. Mais le miracle a eu lieu. Maurice a réussi son développement dans le vivre-ensemble. Nous, Mauriciens, avons fait mentir le prix Nobel de l’économie. Le défi aujourd’hui consiste à pérenniser cette réussite.
Contradictions et dynamiques sociales
La société mauricienne est traversée par trois séries de contradictions : de classes, communale, et populaire et démocratique. L’importance et le poids de chacune varie selon les périodes sous l’influence de facteurs économiques et idéologiques. Et c’est cela qui nourrit les dynamiques sociales globales tendant tantôt vers la cohésion sociale et le vivre-ensemble, tantôt vers les tensions et des menaces à la cohésion sociale et à l’unité nationale. Il va sans dire que l’évolution des structures économiques – activités, mode de distribution des richesses produites – influence les structures sociales et le développement de la société.
C’est avec ce cadre conceptuel que nous survolerons l’histoire sociale de 1968 à nos jours. Notons un point très important dans l’évolution et la dynamique sociales : la représentation qu’une population se fait de la société dans laquelle elle vit – elle peut représenter la société comme un champ de bataille ou d’un champ de course.
Ces quarante-cinq ans peuvent être découpés en quatre phases distinctes, suivant les dynamiques sociales dominantes travaillant la société mauricienne, l’évolution des structures économiques et de l’environnement économique global :
* 1968-1982 : Dynamique de classe, démocratique et populaire
* 1983-1993 : Développement et « valeurs » du libéralisme économique
* 1993-2003 : Malaise, ethno-populismes et démission des élites
* 2004-2013 : Mondialisation, fragilisation et intégration