Le rapport Lam Shang Leen sur le trafic de drogue, démontrant la faillite de la Gambling Regulatory Authority dans le combat contre ce fléau, et un article de notre confrère Week-End, dénonçant son favoritisme flagrant pour les activités d’un proche du pouvoir et une forme de discrimination pour les opérateurs concurrents, ont grandement secoué le peu de crédibilité qu’il lui restait.

La Commission sur la drogue avait déjà provoqué la démission du président de la GRA et de la Law Reform Commission, Me Raouf Gulbul, le 22 novembre 2017 suite aux allégations faites contre lui et après ses auditions. Le rapport Lam Shang Leen est venu ajouter de sérieux éléments à charge contre cet organisme d’État gangrené par une inefficacité patente. En sus de mettre en exergue son incapacité de prendre des sanctions et son impossibilité d’exercer un contrôle effectif, la Commission s’appuie sur le rapport Parry pour exprimer de sérieuses inquiétudes concernant la gestion, l’administration, le manque de leadership, les irrégularités, l’absence de responsabilité, l’octroi de licences de paris sans enquête appropriée et le manque de transparence dans le processus de vente de chevaux. Pour mieux illustrer les dérives de la GRA, Paul Lam Shang Leen a même stigmatisé un cas notoire de relent de conflit d’intérêts à des kilomètres. « One bookmaker, SMS Pariaz, the owner was at one time the client of Mr Gulbul, was not linked to the system ». Un cas que cette rubrique avait déjà mis en exergue en 2015 !

L’article de notre confrère Week-End a, lui, démontré la politique flagrante de deux poids, deux mesures pratiquée par cette autorité étatique dont justement une des missions consiste à veiller à « ensure that gambling is conducted in a fair and transparent manner ». Preuve à l’appui dans son édition du 29 juillet, l’hebdomadaire a établi sans discussion aucune que les compagnies d’un magnat des paris et jeux de hasard du pays obtiennent sans coup férir ce que désire celui-ci dans des délais frisant l’excès de vitesse alors que bon nombre de demandes, parfois, semblables à celles de ses concurrents, qui ont pignon sur rue depuis belle lurette, sont systématiquement boycottées, refusées ou victimes de tactiques dilatoires inexplicables, en tout cas injustifiables. Pour certains, des compagnies cotées en bourse, donc ayant des actionnaires publiques, des demandes datant de presque dix ans croupissent encore dans les tiroirs…

Le plus choquant, car depuis longtemps un Secret de Polichinelle, c’est la ‘révélation’ de l’influence quasi-hitlérienne sur les décisions de cette organisation étatique d’un membre « indépendant » — qualificatif écorné ici — dont le « pouvoir et l’autorité » ainsi que des pressions parallèles ne sont insufflés que par son rôle de laquais auprès du roi et du prince consort. On se demande encore comment les autres membres de ce conseil d’administration très sensible de l’État, des personnalités aussi importantes de la fonction publique, issues du Prime Minister’s Office, du ministère des Finances, du ministère du Tourisme, du State Law Office et de la police, tout comme un Deputy Financial Secretary, un Solicitor General, un Permanent Secretary, deux Deputy Permanent Secretaries, un Deputy Commissioner of Police, donnent l’impression, à quelques exceptions près, d’être de simples ‘sparring partners’, pour ce qui peut être assimilé à du ‘rubber stamp’ par des détracteurs mal intentionnés. L’heure du réveil a sonné. Que chacun des membres du board, dont un à titre temporaire, assume désormais avec vigueur et professionnalisme la mission qu’on lui a confiée, et ne courbe plus l’échine !

Et la CEO dans tous ces processus ? Il apparaît aussi qu’elle peine à convaincre ses board members, et surtout son vrai maître, « l’indépendant », du bien-fondé ou des manquements des applications qui n’ont pas connu de suite. Et si finalement, son dynamisme apparent, généralement apprécié par les partenaires de la GRA, cachait une démission, contrainte ou voulue, devant ses responsabilités pour éviter les pressions et les diktats qu’elle juge inacceptables… Celles de ne pas prendre les décisions qui s’imposent — ou qu’on lui impose contre son gré — et de s’en référer toujours au board pour s’assurer une vie tranquille et sans dommage pour son intégrité. En tout cas, il serait temps qu’elle assume enfin pleinement ses responsabilités !

Autre information majeure relevant de l’article de notre confrère, c’est l’absolue primauté du board de la GRA sur la quasi-totalité des décisions prises par cet organisme. Ce qui a sans doute renforcé la nature du one-man-show décrit ci-dessus. S’il s’avère que des décisions de politique générale devraient toujours être l’apanage d’un conseil d’administration, pour un fonctionnement plus fluide d’une organisation sollicitée à tout instant, les décisions opérationnelles devraient être confiées, avec tous les garde-fous nécessaires, à l’exécutif. Le board ne peut plus et ne doit plus tout monopoliser. D’autant que bon nombre de décisions journalières sont de nature technique et ne peuvent être prises par des personnes qui n’ont aucune connaissance dans le domaine.

On perdrait moins de temps à attendre cette permission qui s’impose pour une simple course supplémentaire, qui, paraît-il, doit faire le tour de la planète pour une décision. On perdrait moins de temps à autoriser le simple déplacement d’un outlet de paris d’un bâtiment à un autre. On gagnerait du temps à prendre des décisions pour des plaintes venant de professionnels de courses (handicap, qualification pour courir), et qui nécessitent une rapidité et compréhension de fins techniciens. Les hauts fonctionnaires cooptés pour donner du crédit à « l’indépendant » ont bien mieux à faire que de décider sur des peccadilles dont ils n’ont aucune expertise.

Quelles que soient les responsabilités des uns et des autres dans la faillite du fonctionnement de la GRA jusqu’ici, les coups de semonce qui ont touché de plein fouet l’organisme d’État peuvent être l’occasion d’un nouveau départ. Mais dans les conditions actuelles de son fonctionnement et dans la mentalité de la politique de petits copains assurés en hippisme et dans le monde des paris, c’est un enterrement de première classe qui lui est dévolu. Ce serait, par exemple, gaspiller l’argent des contribuables que de faire venir à grands frais un ‘head of racing’ étranger s’il ne sera que le mouthpiece du vrai grand manitou de la GRA dans les coulisses. Celui qui veut tout contrôler comme il a voulu le faire avec le duo britannique Gunn-Scotney, qui est loin d’approuver ses méthodes.
On a déjà mesuré à la lumière du rapport Lam Shang Leen les dégâts causés à l’image et à la crédibilité de cet organisme avec cette influence sournoise exercée dans l’ombre pour servir des causes d’un autre temps et faire plaisir aux amis généreux de ses maîtres. Une politique qui fragilise l’institution et qui permet aux defaulters de profiter de ses faiblesses pour asseoir leurs produits stupéfiants et écouler l’argent sale susceptible de financer entre autres… des campagnes électorales !

La GRA est à la dérive et n’est pas fit for purpose. Lam Shang Leen l’a dit ! Sera-t-il entendu ?

Bernard Delaître