Lively Up, compagnie d’événementiel du duo Lionel Permal et Laura Hebert, avait un rêve. Celui d’un festival amenant les gens à sortir de chez eux et à élargir leurs horizons musicaux pour vivre des expériences inédites. Depuis 2013, c’est chose faite. Kaz’Out a pris ses marques comme l’un des événements du début de novembre. L’aventure se poursuit, avec une sixième édition prévue le vendredi 1er novembre à l’Aventure du Sucre et un After-Party le 2 novembre au Mystik Lifestyle, rythmée par une programmation toujours aussi riche et variée en talents. De quoi se sakouye mizikalman.

ENTRETIEN

Lionel Permal : Chacun retrouve quelque chose à son image dans Kaz’Out

Comment arrive-t-on à la sixième édition d’un festival ambitieux qui semblait partir de rien ?

Incontestablement par beaucoup de travail et une volonté de fer. Bien entendu, cela a été possible grâce au soutien de nos partenaires, qui ont cru en nous dès le début et qui nous permettent de réduire les frais encourus par ce festival. D’autres nous ont aussi apporté un soutien logistique, médiatique et moral.

Qu’est-ce que cela vous a coûté pour maintenir à flot ce festival ?

D’énormes sacrifices sur le plan personnel. Au début, et même encore aujourd’hui, il nous incombe de puiser de nos comptes pour injecter l’argent dans celle de notre compagnie, Lively Up, l’organisatrice de Kaz’Out. Cependant, c’est une situation tout à fait logique, car n’importe quel projet demande du temps, des sacrifices, avec des hauts et des bas. Si nous n’étions pas nous-mêmes convaincus que la culture, les concerts et autres festivals sont capables d’être un pilier de l’économie, nous ne nous serions pas lancés dans ce projet. Il faut accepter de ramer pour prendre le large.

Pourquoi avoir persisté, malgré toutes les difficultés ?

C’est l’amour pour la musique, la culture et l’art. En tant qu’artiste et musicien, avoir des plates-formes de ce genre était plus qu’un rêve. Lively Up croit avant tout dans les artistes. C’est l’une des clés du festival Kaz’Out. Nous ne sommes pas là uniquement pour programmer un artiste qui nous fera vendre des billets et avoir de l’argent. Notre but est de défendre les artistes et les porter vers le haut.

De manière plus pragmatique, ce n’est pas avant sept ans que nous serons en mesure de savoir si ce festival est viable ou pas. Un festival n’est pas comme tous les autres types d’événements. Il se doit d’avoir une identité. On commence à zéro; ensuite, on grandit et on se développe. Il faut du temps pour que cela se mette en place. Après six ans, on constate que le nombre de festivaliers est en progression. C’est une bonne indication que Kaz’Out plaît.

Comment se passent désormais les préparatifs pour un tel événement ?

Comme nous sommes une petite équipe (Laura, moi et trois personnes à plein-temps), les préparatifs sont partagés en deux parties : la programmation artistique et la production. Dès que le festival prend fin, nous enchaînons directement sur les préparatifs de celui de l’année suivante. Tout commence par un débriefing pour faire les comptes, parler des modifications ou améliorations à apporter et poser les premières bases de ce que sera la prochaine édition.

C’est un travail qui s’effectue en amont afin de préparer les dossiers et se lancer à la recherche des sponsors. Kaz’Out, c’est aussi énormément de temps en termes de démarches et d’implications administratives. On consacre aussi une bonne partie du temps à la programmation, avant de lancer la production.

En ce qui concerne les artistes, nous avons une liste d’attente puisqu’il n’est pas toujours possible de programmer tout le monde lors d’une édition. Les premières démarches sont enclenchées un an ou deux ans à l’avance pour approcher les artistes, surtout les étrangers.

Combien vous coûte le festival et comment faites-vous pour le financer ?

Pour chaque édition, nous dépensons un peu plus de Rs 4 millions. Sans l’aide des sponsors, cela aurait été très compliqué, car même avec eux à nos côtés, ce n’est pas évident. Lively Up est une compagnie qui n’organise pas que Kaz’Out. Ce festival est l’un de nos nombreux projets. Notre plus grand partenaire de ce festival, c’est le public. Kaz’Out dépend énormément de la vente des billets d’entrée pour être en mesure de couvrir les frais.

Au de-là de ces considérations, sur quelle philosophie construisez-vous Kaz’Out ?

Sur le partage. C’est cette envie qui nous a incités à mettre sur pied ce festival. Notre travail consiste à faire connaître la musique à un maximum de personnes. Il y a aussi la convivialité, car Kaz’Out est ouvert à toutes les différences. Si dan lespas enn zour nou reisi kre enn lanvironnman akeyan, konvivial ek kot ena la partaz, se deza enn mari gran boner. Ceux qui nous suivent depuis le début viennent aussi pour l’esprit familial. Chacun retrouve quelque chose à son image dans Kaz’Out, du plus petit au plus grand. Dernière chose : nous essayons de garder un prix accessible afin de permettre aux festivaliers de sortir de la routine et vivre une belle expérience musicale.

Comment se présente cette sixième édition de Kaz’Out ?

À ce stade, je peux dire que cela se présente bien. Nous sommes cependant conscients qu’il y a des choses importantes qui se passent en même temps dans le pays. Nous demeurons sereins, en espérant, par rapport à tous les autres événements du pays, que le public répondra présent. Nous avons énormément de demandes et de retours positifs. Au bout de six éditions, Lively Up est certes rodé, mais cela demeure très challenging, car on veut toujours mieux faire et améliorer le festival.

À quoi doivent s’attendre les festivaliers ?

À une programmation musicale de malad mantal. Li pou koumadir nou pe sakouy enn dimounn ek ki li abazourdi zoliman ek mizikalman. De la bonne humeur sera aussi au rendez-vous, avec plein de découvertes, de bonnes choses à manger, et la présence d’artisans locaux talentueux. La force de cette sixième édition est que le niveau musical est très haut en termes de personnalités scéniques, avec des expériences à vivre sur différentes scènes. Elle sera intense et riche en émotions.

Quels ont été les critères retenus lors du choix des artistes programmés les 1er et 2 novembre ?

Le plus important à nos yeux, c’est d’avoir des artistes ayant déjà un bon niveau professionnel et des projets déjà aboutis. Cela demande donc d’avoir une direction artistique maîtrisée et un dossier complet. Nous mettons un point d’honneur à ce que les groupes qui montent sur scène soient capables de dégager quelque chose et de faire vibrer le public du début à la fin de leur showcase. Pas uniquement sur un ou deux morceaux.

Comment souhaitez-vous faire évoluer le festival Kaz’Out ?

Dès le départ, nous avions un plan et une vision bien précise sur l’avenir du festival. Mais lorsque nous avons commencé le projet, nous nous sommes rendu compte que cela ne se ferait pas d’aussitôt. Tout simplement parce que le contexte général du pays est en évolution. Notre évolution dépend principalement de comment l’audience et la culture évolueront, mais aussi les médias, voire la politique. Nou rev, se fer sa festival-la lor de-trwa zour. Ki 20,000 dimounn desann dan Kaz’Out. De pouvoir programmer plusieurs artistes venant des quatre coins du monde. De voir Kaz’Out être sur les mêmes marches que des festivals de référence comme le Sakifo ou Les Vieilles Charrues. Que d’autres soient partie prenante de ce projet. À l’heure actuelle, Lively Up travaille surtout à faire que le festival grandisse et qu’il soit en accord avec l’évolution de la culture et du peuple.

Les artistes qui feront vibrer

C’est le vendredi 1er novembre que se tiendra la sixième édition du festival Kaz’Out. Les organisateurs ont sélectionné de nombreux talents locaux, régionaux et internationaux pour faire vibrer les scènes. À l’Aventure du Sucre à Beau Plan, dont les portes s’ouvriront à partir de midi, les festivaliers n’auront plus qu’à choisir entre les trois scènes pour apprécier et découvrir différents univers musicaux. Ceci après la session de Sound Healing par le Yogi Tambi (Yogi Chuckravanen), prévue à 13h à l’intérieur du Musée.

Scène Dan Vilaz

De 15h à 16h : Konnekte

Plusieurs musiciens de différentes formations, dont Bleck Lindor et Hary Bouf du groupe Nula, se trouvent au sein du collectif Konnekte. Ensemble, la bande viendra partager sa passion pour des sonorités traditionnelles mauriciennes mêlées à celles de l’Inde et de l’Afrique.

De 19h à 20h : Mannyok

Mannyok est composé de cinq musiciens rodriguais venant d’univers variés, donnant à la musique un melting-pot d’influences. Le groupe voyage entre la musique traditionnelle de Rodrigues et la musique du monde, à travers des compositions originales et des réinterprétations des standards locaux.

De 21h à 22h : Votia

Votia, c’est une affaire de famille et de transmission. Marie-Claude Lambert Philéas partage la scène avec son mari, ses trois enfants, un neveu et une nièce. L’artiste a sorti son premier album, Ansoumak, en 2016. Elle évolue dans cet univers depuis l’âge de 13 ans, d’abord dans le groupe familial emmené par l’illustre Gramoun Lélé, son père, connu comme l’un des piliers de la culture réunionnaise, puis dans les formations de ses frères. Votia propose une musique traditionnelle de La Réunion, le maloya, dans son expression la plus puissante et la plus rapide, celle de l’est de l’île. Marie-Claude Lambert Philéas (Votia) : “Un honneur de jouer pour la première fois chez nos cousins mauriciens. On a hâte de présenter l’univers de Votia, où le maloya traditionnel se mêle aux influences indiennes, malgaches et africaines. Merci à Kaz’Out de nous avoir invités. On espère faire le plein de rencontres et d’expériences avec les artistes de divers horizons et, pourquoi pas, un morceau avec des ravannes.”

De 23h à minuit : Langaz Ravann

Cette année, la jam-session de Kaz’Out sera portée par Langaz Ravann, groupe fondé par Kirty O’clou. Ce fabricant de ravannes en peau est un gardien de la tradition, qui s’exprime avec ses autres musiciens dans des compositions fusionnant le séga aux instruments et sonorités modernes.

Scène Kanbar

De 14h à 15h : Roots Blakarol

Comme son nom l’indique, Roots Blakarol trouve la source de ses origines à Camp Carol. Le fondateur du groupe, Danylo Marie, baigne dans la musique depuis sa tendre enfance et a fait ses premiers pas de musicien, à l’âge de 10 ans, dans les hôtels. Le premier album, Délivrance, est sorti sous le nom de Roots Blakarol Trinity en 2014, avec ses compères Fyley Lalanne et Fabrice Carnel. Danylo Marie poursuit son aventure musicale au sein d’une nouvelle famille pour proposer du bon son roots et des mélodies ponctuées de seggae.

De 16h à 17h : AnneGa

Après la récente sortie de son premier single, Remember Me, AnneGa poursuit son aventure musicale en passant sur la scène du Kaz’Out. À 23 ans, la jeune femme a décidé de se consacrer entièrement à la musique. La chanteuse n’est pas une novice puisqu’elle s’est fait connaître au fil des années en participant à plusieurs concours, tels que Talents by Mouv, où elle a été parmi les finalistes. C’est sa rencontre et sa collaboration avec Kabann Records qui donnera un nouvel élan à sa carrière. AnneGa ne manquera pas de faire découvrir son style et partager quelques sons de son projet d’album. AnneGa : “Kaz’Out était un de mes rêves et j’aurai enfin la chance de le réaliser cette année. En attendant la sortie de mon premier album en avril 2020, je compte proposer aux festivaliers dix titres et trois autres surprises en exclusivité. J’ai hâte d’être au jour J. Toute mon équipe est boostée à bloc pour livrer une prestation en couleurs et dans la bonne humeur.”

De 18h à 19h : Hans Nayna

Compositeur, guitariste et chanteur, Hans Nayna se distingue comme l’un des tout premiers à avoir composé de la musique pop locale. Après son morceau Mo Lam en 2015, il enchaînera avec l’enregistrement de trois albums : Music for Soul, Time Flies et le tout dernier, Burning pages. À Maurice et hors de nos frontières, Hans Nayna laisse les traces de son univers soul, rock et blues.

De 20h à 21h : The Prophecy

Après un passage en 2015 sur la scène de Kaz’Out alors qu’il n’était pas encore au sommet de Laglwar, Murvin Clélie revient pour cette sixième édition comme l’une des têtes d’affiche. Avec sa musique entre reggae et reggae, et surtout plusieurs titres à succès, The Prophecy saura ravir et faire chanter à l’unisson les festivaliers et les fans.

De 22h à 23h : DuOuD

DuOuD se compose de deux joueurs d’oud : Jean-Pierre Smadja, né en Tunisie, connu pour ses nombreux albums sous le nom de Smadj, et Mehdi Haddab, né en Algérie, qui a collaboré notamment avec le célèbre trio français Ekova, avec Rodolphe Burger, et qui a formé Speed Caravan. Mélangeant leur héritage nordafricain avec les dernières technologies occidentales, les deux artistes construisent un cycle musical qui s’inspire de leurs racines africaines, tout en absorbant et en transformant les styles de musique contemporaine, breakbeat, groove jazz et guitare métal. Leur premier album, Wild Serenade, leur a valu le prix du meilleur nouvel arrivant aux BBC Music Awards.

Scène KAZ’APERO

De 15h à 16h : Ila Rio

Ilario Armel, de son nom de scène Ila Rio, n’est autre que le fils du chanteur Mario Armel. Il a atterri dans la marmite musicale dès sa tendre enfance, et compte plusieurs cordes à son arc. Passionné de musique, ce multi-instrumentiste a sorti en 2018 son tout premier single, intitulé Viv To lavi, avant d’enchaîner avec Liberté.

De 17h à 18h : The Two

L’un est Mauricien et l’autre Suisse, mais leur complicité fait oublier les frontières et nous rappelle que la musique est avant tout un langage universel. Leur musique, tantôt sauvage, tantôt douce, tire sa puissance des racines du delta blues et de la sincérité du blues créole de l’île Maurice. Trois ans après la sortie de Sweet Dirty Blues, The Two sort Crossedsouls en 2018, réaffirmant leur désir de tisser des liens en toute simplicité au gré des tracés empruntés.

De 19h à 20h : The Dizzy Brains

The Dizzy Brains, ce sont quatre garçons déchaînés au rock garage engagé, qui enflamment les scènes de France, du Maroc, de Corée du Sud ou d’Allemagne depuis trois ans. Amateurs des Sonics, des Stooges ou de MC5, les deux frères, Eddy au chant et Mahefa à la basse, fondateurs du groupe, ont été élevés au bon vieux rock des années 60-70 par leur père guitariste à ses heures. Intitulé Tany Razana (“terre brûlée” en malgache), leur album, sorti en octobre 2018, fait la part belle aux riffs de guitare de Poun et au jeu de batterie puissant de Mirana. Sans oublier l’incroyable présence scénique d’Eddy, le leader, qui marque à chaque fois les esprits.

De 21h à 22h : Lt. Stitchie

Lt. Stitchie est le pionnier en matière de musique dancehall. Il a été le premier du genre à signer chez Atlantic Records et a su se placer parmi les meilleurs, en atteignant les Billboard Charts aux US. Son style unique, son flow et son écriture ont marqué et inspiré de nombreuses générations à travers le monde. Aujourd’hui encore, il reste le seul artiste dancehall à avoir placé 14 de ses chansons en n°1 des charts au cours d’une seule et même année. Son dernier album, Masterclass, est sorti en avril 2019. Lt. Stitchie : “I am excited to be invited to perform in this territory for the first time. I’m looking forward to sharing some of the tracks from my new album, Masterclass, and of course a few songs from my catalog of career over these many years. My expectation from the Mauritian public is a reciprocation of the love, peace and righteousness that I share through the message of the music. I am expecting a full house and the power of a people coming together in one place on a platform of love. As a reggae artist, it’s of great significance to me to ensure that I share a message of selfempowerment, love, peace and humanity over vanity to all the people whose ears and attention I have. Though there is no guarantee that all will listen or even emulate, I still see it as my responsibility to attempt to make my contribution to and for the betterment of all humanity.”

De 23h à minuit : Ken Zo

Ken Zo a grandi entouré de musique. Au cours de son adolescence, il explore différents genres de musique populaire et trouve enfin sa passion pour la musique électronique en 2005. Il commence le deejaying en 2007 et fait sa première apparition dans un club cette même année. En 2009, il intègre les boîtes de nuit mauriciennes en jouant de la house & techno et en lançant également son premier single sous le pseudonyme de Mr. Snob. En 2011, il s’installe à Melbourne et décide de créer le projet Ken Zo. Voulant explorer la fusion des genres trance techno et psychédélique, il sort son premier EP en 2012 sur le label italien Criminal Zone. De retour à Maurice, il devient l’un des principaux DJ underground de l’île.