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Jessica, 35 ans, Jean-Noël, 56 ans, et Vijay, 24 ans, vivent avec le VIH/Sida. Le traitement médical les aide à vivre normalement. Les choses auraient été mieux si la crainte des préjugés ne les limitait pas dans leur épanouissement. Ils témoignent.

Vijay, 24 ans, Jessica, 35 ans et Jean-Noel, 56 ans, viennent de milieux différents. Employé d’un centre d’appel, le premier habite le sud. Jessica est une femme au foyer de la ville alors que Jean-Noel est sans domicile fixe. Tous trois vivent avec le VIH/Sida. Sous traitement médical, Jessica prend cinq comprimés par jour, Vijay, six alors que Jean-Noel en a besoin de deux. “J’en prenais six à un certain moment.” Grâce au traitement, ses anticorps se sont renforcés et son traitement a été réadapté.

Bien se nourrir.

La prise quotidienne des médicaments est essentielle pour le bien-être les patients. Au cas contraire, cela entrainerait des troubles de santé chez eux. Nos trois interlocuteurs indiquent qu’ils doivent s’assurer de bien se nourrir pour que le traitement soit efficace. “Je dois manger pour pouvoir prendre les médicaments. Sinon me sens mal”, dit Jean-Noel. Jessica s’est imposée une discipline : “Je prends mes médicaments à l’heure, je suis le traitement à la lettre.”

Il y a 6 ans, Jessica découvrait qu’elle avait contracté le VIH/Sida. Elle avait alors 29 ans, et était enceinte de son cinquième enfant. Son concubin étant un ancien usager de drogues qui vit avec le VIH, la nouvelle ne l’avait pas surprise. “Je savais que je risquais de le contracter. Ma mère est séropositive également. C’est quelque chose qui fait partie de mon environnement depuis quelque temps. Ça ne m’a pas traumatisée. Mo pa abat moralman, mo bien dan mo latet, mo pe kapav sirmonte. Mo lavi normal, pena bel sanzman.” Sous méthadone depuis des années, Jean-Noël a appris à vivre avec sans trop se prendre la tête. “Mo pran li simp.”

Le choc de Vijay.

Cela ne fait pas longtemps que Vijay a appris sa séropositivité après un test de dépistage. Il affirme avoir peur. Les mains tremblantes, il confie ne pas trop savoir ce qui l’attend même si les médecins l’ont rassuré. “Ils m’ont dit que je peux mener une vie normale grâce aux progrès dans la médecine. Mais je n’arrive pas à relativiser. Je suis toujours sous le choc.” Il confie avoir contracté le virus lors d’une relation non protégée pendant un de ses voyages à l’étranger.

Le jeune homme explique ne pas être prêt à vivre des expériences sexuelles pour l’instant. “J’étais quelqu’un de plutôt actif sexuellement. Je sais que si je me protège je ne risque pas d’exposer ma partenaire. Mais j’ai vraiment trop peur pour l’instant. Je préfère m’abstenir.” Jessica confie prendre beaucoup plus de précautions. “Vous vous devez de vous protéger même si les deux partenaires sont séropositifs. On me l’a bien expliqué au centre de traitement.”

Stigmatisation.

Ce qui dérange nos interlocuteurs, c’est le regard des gens vis-à-vis des séropositifs. “Quand les gens découvrent que vous vivez avec le VIH, ils changent de comportement. Ce sont surtout des ignorants. Même ma propre grand-mère avait eu une réaction choquante vis-à-vis de ma mère. Elle avait dit qu’elle avait peur de manger avec la même cuillère que ma mère.”

Vijay vit sa séropositivité en secret. “Il n’y a que ma mère qui est au courant. Je fais tout pour qu’on l’ignore. Je sais comment les gens réagissent et je n’ai pas du tout envie d’être victime de stigmatisation.”

Le VIH/Sida est aussi une épreuve pour l’entourage des patients. Maryse reste un soutien indéfectible pour son fils qui se sait contaminé depuis 2004. “Il était toxicomane, à l’époque. Il avait beaucoup maigri et était très malade. Ca a été une dure épreuve pour moi. Mon fils était faible, il avait souvent la diarrhée et était incapable de se nourrir. Même quand il avait commencé à prendre des médicaments, ce n’était pas facile au début. Il avait des réactions. Aujourd’hui ça va mieux grâce aux médicaments. Pour moi, maman, voir souffrir mon enfant est très dur. Il me faut être là pour lui. Toutes les personnes qui vivent avec le VIH doivent avoir quelqu’un pour s’occuper d’eux.”

Situation du VIH à Maurice

De 1987 à septembre 2019, 7 709 personnes ont été testées positives à Maurice. Parmi 5 673 hommes et 2 036 femmes. Le nombre de décès lié au VIH/SIDA depuis le début de l’épidémie était de 1 572 à juin 2019. 62% de PVVIH sont des usagers de drogues par voie intraveineuse alors que 30 % sont des hétérosexuelles. 1. 4% des PVVIH sont homo/bisexuels. De 1987 à juin 2019, 86 enfants nés de mère séropositive ont été infectés par la transmission mère-enfant.

3 887 personnes sont présentement sous antirétroviraux. L’espérance de vie d’une personne vivant avec le VIH et ayant une charge virale indétectable est presque égale à celle d’une personne non-infectée. De 800 à 1 000 séropositifs ne suivent pas le traitement par négligence ou à cause des préjugés.

Par ailleurs, chaque année, une centaine de femmes enceintes vivant avec le VIH sont traitées pour prévenir la transmission mère-enfant. Depuis 2011, plus de 95% de femmes enceintes vivant avec le VIH ont bénéficié de ce programme.