JIMMY HARMON

Le Komite Diosezin Premie Fevriye invite tous ceux qui viendront pour la messe du 1er février à se joindre avant dans une marche silencieuse pour se rendre à l’Église Le-Seigneur-de-la-Pêche-Miraculeuse. Une marche : pourquoi ? pour qui ?* Quel est le sens profond d’une telle démarche ? Une chose est sûre : considérer cette marche comme une pure protestation est réducteur. Elle s’inscrit dans la mémoire des ancêtres et aussi dans le désir de montrer dans le recueillement que le projet du Musée Intercontinental de l’Esclavage a un potentiel immense pour la reconnaissance, la justice et le développement de tous ceux qui ont subi et continuent de subir les séquelles de l’esclavage. Sans le vouloir, cette marche acquiert finalement une signification particulière avec la visite du Président Filipe Jacinto Nyusi et sa suite qui foulent le sol mauricien pour une visite de quatre jours.

Le président du Mozambique est l’invité d’honneur à la commémoration du 184e anniversaire de l’abolition de l’esclavage à Maurice. Il sera accompagné d’une délégation d’hommes d’affaires et de représentants d’institutions de son pays, dont la Mozambique Agency for the Promotion of Investment and Exports et la Confederation of Business Associations of Mozambique. Le président du Mozambique participera à la commémoration de l’abolition de l’esclavage ce vendredi au Morne. Le 2 février, le jour de son départ, Filipe Jacinto Nyusi participera à un Business Forum, organisé conjointement par l’Economic Development Board et deux institutions mozambicaines, à l’hôtel Hilton à Flic-en-Flac.

D’un côté le programme officiel du Président d’un pays de peuplement africain et de l’autre des hommes, des femmes, et des jeunes qui ont l’Afrique en héritage commun. Ils vont se réunir dans le contexte de la Décennie des Peuples d’ascendance Africaine proclamée par les Nations unies pour 2015 à 2024 avec le thème reconnaissance, justice et développement. On se trouve là devant un fait sociologique de l’appareil bureaucratique de l’État mauricien : la sociologie empirique utiliserait le terme « dissonance culturelle » pour qualifier cette situation. Les individus ne choisissent pas leurs pratiques culturelles au hasard de leur sensibilité personnelle. Elles sont sinon déterminées du moins orientées par des facteurs sociaux, liés à l’origine et les positions sociales ainsi qu’au niveau d’éducation.

Voilà la cassure entre ceux qui préparent le programme officiel et le peuple. Le lien avec le Mozambique est fort avec le projet du Musée Intercontinental de l’Esclavage qui se focalise sur la traite négrière de l’Afrique de l’Est à l’océan Indien. Sans compter que la conceptrice de ce projet n’est nul autre que le Professeur Benigna Zimba, professeure d’histoire à l’Université Eduardo Mondlane et membre du Comité des 15 experts de l’UNESCO pour la culture. Il est malheureux de constater que rien n’a été prévu pour ce musée.

Ceci dit, l’occasion se présentera à nouveau. Ce n’est que partie remise. Le Chef d’État mauricien en poste pourra inviter le Président du Mozambique à l’ouverture prochaine du Musée… En attendant, au nom des miens, je dis au peuple du Mozambique à travers son Président Filipe Nyusi : até jah ! (see you soon).