La fin de l’hiver, qui correspond au renouveau de la Nature, a, depuis très longtemps, été symbolisé par le 1er mai. Dans plusieurs régions de l’hémisphère Nord, ce jour était l’occasion de fêtes et de jeux : c’était au Moyen- Âge. Dans l’Europe du Nord, un mannequin symbolisant l’hiver, était brûlé. Depuis le 1er mai 1886, il est devenu la fête des travailleurs.
En France, les corporations ont su conserver les traditions du 1er mai : on promenait et on plantait un arbre autour duquel on dansait. La rosée recueillie dans la nuit du 30 avril au 1er mai, avait une valeur magique. On pouvait se préserver de la foudre en consommant de l’ail, le jour même. Jugé néfaste aux mariages, le mois de mai était un heureux présage aux fiançailles.
Après tout ce côté « folklorique », nous arrivons au 1er mai 1886. Le mouvement ouvrier américain lança le slogan revendicatif des « 3×8 » : 8 heures de travail, 8 heures de sommeil, 8 heures de détente. L’American Federation of Labor, dans son congrès de 1884, adopte une proposition pour que la durée l’égale du travail soit ramenée à 8 heures à partir du 1er mai 1886. Pourquoi le 1er mai ?
A New-York, c’était le 1er mai que commençaient ou se terminaient les contrats et les baux.
 Pour l’American Federation of Labor, le 1er mai 1886 devait être le point de départ du régime des « 3×8 ». Il y avait alors des centaines de millions de syndiqués aux Etats-Unis. Les grèves furent largement suivies. 125 000 ouvriers obtiennent immédiatement les huit heures. Par la suite, 500 000 obtiennent satisfaction. Le durcissement des grèves de Chicago a provoqué l’intervention de la police à la sortie des usines les 21 et 3 mai. Il y eut six morts et cinquante blessés. De sanglants incidents suivirent un meeting de protestation le 4 mai. Les dirigeants furent arrêtés puis condamnés : cinq furent pendus le 14 novembre 1887, d’autres condamnés furent reconnus innocents et réhabilités…en 1893 !!
En France, la revendication des « huit heures » fut plus tardive qu’aux U.S.A. Elle n’eut un aboutissement légal qu’en 1919, et ce, après des manifestations collectives et organisées du mouvement ouvrier. C’est le Congrès Socialiste International de Paris tenu en 1889 qui choisit le 1er mai comme journée de revendication liée à la lutte pour les « huit heures ». Une résolution fut adoptée : « Il sera organisé une grande manifestation internationale à date fixe, de manière que dans tous les pays et dans toutes les villes à la fois, le même jour convenu, les travailleurs mettent des pouvoirs publics en demeure de réduire légalement à huit heures la journée de travail, et d’appliquer les autres résolutions du Congrès International de Paris. »
« Attendu qu’une semblable manifestation a déjà été décidée pour le 1er mai 1890 par l’ American  Federation of Labor, dans son congrès de décembre 1888 tenu à Saint Louis, cette date est adoptée par la manifestation internationale. »
« Les travailleurs des diverses nations auront à accomplir cette manifestation dans les conditions qui leur seront imposées par la situation spéciale de leur pays. »
Toujours en France, le 1er mai 1890 fut une date historique, axée sur les revendications des « huit heures », d’une garantie d’un minimum de salaire, d’une limitation du travail des enfants et des femmes, le repos d’un jour par semaine, la suppression du travail de nuit…
L’année suivante, le 1er mai 1891, la fête du printemps fut marquée par des incidents sanglants, en particulier à Fourmies, dans le Nord. Il y eut des bagarres entre ouvriers et gendarmes, des arrestations et un défilé de protestation. La troupe tira sur les manifestants : quatre-vingts personnes furent touchées, dix furent tuées. Clémenceau, indigné, s’interrogea sur la justification de la mort de ces femmes, de « ces enfants dont le sang a pour si longtemps rougi le pavé.»
Le 1er mai, dans les années qui suivirent, fut une journée tendue que la bourgeoisie redoutait. L’adoption de la journée des « huit heures » en 1919…enleva à la journée du 1er mai son caractère revendicatif. Le 1er mai resta comme un symbole, celui de la lutte des travailleurs. Peu à peu, cette journée prit l’allure d’une fête au contenu hautement symbolique. L’histoire a retenu des « 1er Mai »historiques : en 1936, en 1937, en 1945, en 1946. Avec des lois de protection sociale, le 1er mai a perdu son aspect mobilisateur et est devenu trop souvent l’occasion pour les syndicats de montrer leur désunion. Un comble, si l’on songe qu’à l’origine, ce fut un grand moment d’unité pour les travailleurs.
Nous arrivons enfin à la Fête du Travail. Le 1er mai est devenu une fête chômée. La « Fête du Travail » a été toujours en France, officialisée par la loi du 30 avril 1947, complétée par celle du 23 avril 1948. Le 1er mai sera une journée fériée différente des autres fêtes légales, en ce qu’elle est obligatoirement chômée.
Ainsi, le 1er mai, symbole du Travail, n’est pas un jour férié ordinaire. Tous les Mauriciens qui honorent le travail, qu’il soit manuel ou intellectuel, ne doivent pas oublier le symbolisme de cette fête arrachée par la classe ouvrière.
Souvenons-nous qu’à Maurice, il y a 76 ans, le 1er mai 1938, naissait la flamme revendicatrice…Une lutte toujours d’actualité !
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