On prend les mêmes et on recommence serait-on tenté de dire dans ce Week-End Hit Parade des Fédérations. Après sa consécration de l’année dernière, la Fédération mauricienne de Kick-Boxing et des Disciplines Assimilées (FMKBDA) a remis ça pour cette année encore. Fallait-il s’en étonner ? Pas du tout. Car sur l’ensemble de la saison 2013, le kick-boxing a été de loin la discipline ayant fait le plus rêver les Mauriciens. Ses tireurs ont surclassé leurs semblables et fait honneur à la République de Maurice aux Championnats du monde de São Paulo, au Brésil. Résultats: quatre tireurs en finale pour deux médailles d’or et deux d’argent.
En terme de résultat, la FMKBDA a été irréprochable, tant sur le plan régional qu’international. Elle a même réalisé un gros coup aux Mondiaux du Brésil avec les sacres de James Agathe et de Fabrice Bauluck, sans oublier les médailles d’argent de Facson Perrine et de Burtlan Simisse. Le carton plein. Seul Boris Brissonnette n’a pu se décrocher une médaille. Le mérite de ces tireurs est encore plus grand lorsqu’on considère qu’ils ont gardé le moral haut après un problème de visa. Bloqué dans un premier temps en Afrique du Sud, ils ont ensuite failli se faire expulser de São Paulo. Malgré ces conditions inattendues, voire très stressantes, les protégés de l’entraîneur national Judex Jeannot, ont su rester concentrés sur leurs objectifs qui était, dès le départ, bien définis: ramener le maximum de médailles possibles.
Derrière ce résultat, on saluera d’abord le travail d’un homme: Judex Jeannot. Car il a toujours cru dans sa méthode et ses principes. Il a su trouver les bons mots – des mots très durs parfois – pour motiver et recadrer son groupe. Au final, il a été récompensé. Judex Jeannot n’a pas été seul dans cette quête vers la consécration. Il y a eu toute une équipe autour de lui, en commençant par les tireurs eux-mêmes et les entraîneurs exerçant au sein des comités régionaux. Ces mêmes entraîneurs qui détectent et forment ces tout petits talents avant de les confier, quelques années après, à l’entraîneur national. Il y a également les membres de la fédération, à commencer par le président Jérémie Rousseau, lequel a su trouver le bon équilibre pour permettre à la fédération et à la discipline de continuer à progresser.
Il y a également eu Sanju Bhiku, secrétaire de la fédération, qui est considéré par beaucoup comme un travailleur de l’ombre. Il est d’ailleurs dans tous les combats, notamment avec les démarches administratives auprès du ministère de la Jeunesse et des Sports, afin de faire avancer la cause du kick. Les autres membres ont également fait un excellent travail, tout comme les juges-arbitres. D’ailleurs, Fabrice Bauluck déclarait avec raison, la semaine dernière, que la réussite de Maurice aux Championnats du monde, est celle de toutes les générations qui ont travaillé à la fédération depuis sa création en 1993. Il avait aussi rendu hommage à Bruno Lacariatre, celui qui a montré la voie en 1999 avec cette première médaille (bronze) aux Championnats du monde.
Si la FMKBDA a pu garder le cap cette année, c’est surtout grâce à sa détermination. Malgré le peu de moyens dont elle dispose – un budget de Rs 1 240 000 du MJS – elle a su « couper-trancher » pour rouler sa cuisine. Contrairement à ces grosses fédérations, grassement soutenues par l’État, mais incapables d’être performantes, la FMKBDA a, elle, prouvé qu’avec une bonne dose de bonne volonté et surtout de la rigueur dans le travail, le sport mauricien a les qualités voulues pour briller sur le plan international. Reste maintenant à savoir si l’État va reconsidérer son soutien à cette fédération. D’autant qu’elle va démarrer 2014 avec une dette de Rs 42 000, somme qui manquait au budget de déplacement pour le Brésil !
La bonne volonté n’aurait certainement pas suffi aux membres pour faire avancer les choses. Et là, on saluera la solidarité de ces derniers pour permettre à cette discipline d’exister. Comme dans toutes fédérations, la FMKBDA est aussi confrontée à des divergences de vue. Il n’empêche qu’au final, c’est le dialogue qui prime. On saluera aussi leurs sens de la responsabilité, car sans cela, la FMKBDA aurait certainement ressemblé à ces fédérations qui pensent beaucoup plus à autre chose qu’au bien-être de leurs athlètes.
Chapeau également à l’abnégation de ses membres, car qu’on le veuille ou non, il n’est jamais facile de rouler une fédération avec si peu de moyen pendant des années et ne pas être considéré comme il se doit. Cette indifférence des autorités à l’égard de l’excellent travail qui est abattu au sein des clubs et par la fédération fait souvent très mal. Judex Jeannot l’a expliqué en maintes occasions. Avec raisons d’ailleurs, il déclarait, après les Mondiaux, que la fédération avait fini par s’accommoder à cette situation, « je n’ai plus envie de demander quoi que ce soit. Nous avons tellement milité pour avoir plus de moyens et au final, nous n’avons pas été écoutés. C’est la raison pour laquelle je préfère me taire…Si ceux concernés trouvent qu’on mérite plus, alors qu’ils nous soutiennent davantage. »
A première vue, les regards ont commencé à changer avec les nombreuses récompenses accordées aux tireurs. Tant mieux. Reste maintenant que le plus gros reste à faire avec une meilleure considération pour le travail d’ensemble accompli par cette fédération. Ce qui comprend automatiquement un budget beaucoup plus valorisant que les Rs 1 240 000 obtenues précédemment.
Au niveau de l’organisation des compétitions, la FMKBDA a su offrir à ses licenciés des compétitions de haut niveau. Elle a respecté ses engagements et a même invité des Sud-Africains, Réunionnais et Malgaches, lors d’une compétition en juillet dernier. Saluons aussi cette petite poignée d’entreprises privées – on peut les compter sur les doigts d’une seule main (!) – sans qui cette fédération n’aurait pu faire avancer ses projets. Au niveau de l’organisation même de ces différents championnats nationaux et compétitions régionales, les participants n’ont pas eu à se plaindre.
L’effort de la FMKBDA pour permettre au kick-boxing de progresser davantage à Rodrigues mérite d’être salué. Chaque année d’ailleurs, l’entraîneur national et un membre de la fédération se rendent dans l’île pour écouter et former des cadres. Elle ne s’épargne aussi aucun effort pour que la Commission des Sports soutienne le comité régional comme il se doit. Ce que nous retiendrons de la démarche de la FMKBDA, c’est qu’elle est une des rares fédérations à croire dans le sport rodriguais et a profité, à juste titre d’ailleurs, de cette pépinière.
The winning team
En deux ans, la FMKBDA a pris une tout autre dimension, faisant d’elle l’une des rares fédérations à avoir décroché autant de titres importants au cours de la même année. Hormis les résultats aux Championnats du monde, elle s’est également distinguée à la Coupe du monde en Hongrie avec deux médailles d’or, une d’argent et deux de bronze. Pour arriver à ce résultat, il est très important de pouvoir compter sur une équipe solide.
Au sein de cette Winning Team justement, on retrouve d’abord le président Jérémie Rousseau (37 ans). A lui seul, il n’aurait certainement pas pu mener ses projets à terme. Grâce au soutien qu’il a bénéficié, il a pu permettre à cette discipline de bouger dans la bonne direction. On soulignera aussi sa détermination à se battre pour le bien-être de ses tireurs. Il n’a pas hésité à approcher le Premier ministre Navin Ramgoolam, lors de la remise des chèques aux tireurs, pour que les médaillés aux Mondiaux bénéficient chacun d’un lopin de terre.
Avec le président, il y a l’entraîneur national Judex Jeannot (53 ans). Grand passionné du sport en général et du kick-boxing en particulier, il est toujours prêt à tout pour que cette discipline réalise de belles choses. Cette année, il a réalisé son rêve de voir des Mauriciens champion du monde. Une belle récompense pour celui qui a consacré plusieurs années de sa vie à former et à façonner des champions. Déterminé et travailleur acharné, Judex Jeannot peut également compter sur les membres de la direction technique sur lesquels il a une confiance totale.