Depuis le début de la semaine, l’Institut français de Maurice (IFM) vit à l’heure de la culture urbaine avec la présence de trois praticiens de l’art urbain français, à savoir Kid Kreol & Boogie de La Réunion et le graffeur Seth, ou Julien Malland pour l’État civil, de Paris. Ce soir, à partir de 20 heures, ces trois artistes peindront « en live » lors d’un concert de Jérémy Labelle, musicien techno maloya qui est arrivé au pays hier.
La soirée d’aujourd’hui marque la fin d’une semaine de résidence pour les trois graffeurs. Après deux jours de réflexion, ils sont arrivés à un consensus sur les images qu’ils allaient peindre sur les murs de l’IFM. « Il a fallu trouver une image qui corresponde à nos deux univers graphiques et comme Seth a voyagé dans le monde entier, cela n’a pas été difficile pour lui de s’adapter à notre univers », affirmait Kid Kreol lors d’une rencontre avec Le Mauricien mercredi dernier à l’IFM. « Nous avons pris deux jours pour nous mettre d’accord sur ce qu’on voulait faire pour avoir quelque chose de joli, rapide, efficace et propre. »
Après avoir travaillé sur un premier pan de mur dans l’aire de stationnement de l’IFM mardi, les artistes s’attaquaient à un autre, à l’extérieur du bâtiment, du côté de la rue Julius Nyéréré, mercredi. « Nous allons voir la tête ouverte d’un enfant avec les bras posés sur le mur que Julien travaillera. Boogie et moi, nous dessinerons ses rêves qui en sortent avec, au-dessus, des nuages et l’univers. C’est en rapport avec notre mythologie », affirme-t-il. Les membres de Kid Kreol expliquent qu’ils travaillent en binôme depuis leurs années à l’école des Beaux-Arts de La Réunion autour de thèmes propres à la région, dont la Lémurie. « Il y a ce point commun entre Maurice, La Réunion et Madagsacar. Nous travaillons beaucoup sur les peurs de notre enfance, le rapport des Réunionnais avec la mort, les fantômes… », indique-t-il. Cependant, c’est toujours des images qui parlent au public local, estime Kid Kreol, car « ils sont toujours la référence ».
« Bien que notre art soit régional, on remarque une dimension universelle dans ce que nous faisons. À plus forte raison que La Réunion, à l’instar de Maurice, a connu un peuplement issu de divers pays, donc avec des cultures multiples. » Seth, pour sa part, affirme s’imprégner de la culture locale avant de se mettre au travail et, vu son expérience, il s’adapte au contexte. « J’utilise la culture traditionnelle et locale pour mettre en avant l’art urbain. Je travaille sur le contraste entre le gris et la couleur », dit-il. D’aucuns s’étant rendus à l’IFM ces derniers jours ont certainement été frappés par la chromatique de couleurs qui domine l’oeuvre des artistes : le gris avec une touche de rouge, par exemple.    
Selon la responsable de communication de l’IFM, Aradhna Boodhoo-Laumond, « c’est la première fois que l’IFM fait venir des artistes de culture urbaine » à Maurice. « L’idée est de montrer cette culture urbaine française peu connue ici », fait-elle ressortir au Mauricien. « A la peinture des graffeurs viendra s’ajouter la performance sonore de Jérémy Labelle samedi soir. Ils devront travailler de concert pendant deux heures à partir de 20 heures. »
Kid Kreol indique que Boogie et lui connaissent déjà la musique de Jérémy Labelle et que celui-ci est familier à leur art. « Nous avons déjà travaillé ensemble », indique-t-il. Ainsi, l’on s’attend à ce qu’il y ait une communion entre les artistes peintres et le musicien, bien qu’ils s’attelleront à créer quelque chose en amont. « On va se préparer plus tôt, mais il y aura aussi une part d’improvisation », affirme notre interlocuteur. Le spectacle, intitulé “J’y vais”, commence à 20 heures. L’entrée est gratuite.