Malgré les assurances données par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, ou encore la Banque de Maurice par rapport à la dette publique, les dernières statistiques officielles donnent du tournis au commun des mortels. Pour les Financial and Economic Pundits, il n’y a pas le feu. La dette publique mesurée par rapport au Produit intérieur brut (PIB) reste sous contrôle et sera réduite à 54,1% du PIB l’année prochaine. Mais la réalité des chiffres est différente, avec une dette publique crevant pour la première fois la barre des Rs 200 milliards d’ici à décembre de l’année prochaine.
Au cours de la période allant de décembre 2010 à décembre 2012, un petit calcul de l’évolution de la dette publique par tête d’habitant fait frémir, car cet indicateur a augmenté de l’ordre de Rs 20 000. Ainsi, la dette par tête d’habitant, qui était de Rs 139 000 en décembre 2010, soit juste après le budget de Pravind Jugnauth, devra se retrouver à hauteur de Rs 159 000 en décembre prochain, selon les indications dans le premier budget de Xavier-Luc Duval.
Le dernier rapport annuel de la Banque de Maurice pour l’exercice financier se terminant au 30 juin dernier dresse un tableau complet de l’enjeu de la dette publique pour l’économie. D’emblée, avec un Operating Deficit de Rs 2,3 milliards en 2011 et un déficit budgétaire projeté à Rs 13,7 milliards, soit 4,3% du PIB, les Public Borrowing Requirements sont estimés à Rs 17,1 milliards. De ce montant, Rs 10,2 milliards seront levées sur le marché local et Rs 6,9 milliards de l’étranger.
Les comptes publiés par la Banque Centrale confirment que la dette publique était de Rs 175,4 milliards à la fin de juin dernier, contre Rs 172,8 milliards à la fin de 2010. « Total budgetary central Government debt increased by 8,2%, from Rs 143 207 million as at end-June 2010 to Rs 155 004 million as at end-June 2011. As a percentage of GDP at market prices, it went down from 49,6% to 49,4%, over the same period », souligne le rapport.
La tendance s’est renversée avec un poids de plus en plus considérable de la dette étrangère, passant de 11,7% à 16,3% de la montagne de la dette. « Government has endeavoured to lengthen the maturity profile of its debt by way of issuance of domestic securities with longer maturities and having recourse to long-term foreign debt financing of its deficit », commente la Banque de Maurice. De ce fait, des changements sont perceptibles par rapport au Redemption Profile de la dette du gouvernement.
« While Government debt still remained skewed towards the short term, Government debt falling due within one year fell from 39,5% as at end-June 2010 to 33,6% as at end-June 2011. Likewise, Government debt falling due within two years went down from 54,1% to 49% over the same period », poursuit le rapport annuel.
Emprunts de l’étranger de Rs 8,2 milliards en 2012
Par contre, la dette étrangère du gouvernement a connu un véritable bond en avant, une augmentation de Rs 8,4 milliards de juin 2010 à juin 2011. À cette dernière date, la dette étrangère publique était de Rs 25,1 milliards, soit une moyenne de Rs 20 000 par tête d’habitant, contre Rs 19,8 milliards en juin de l’année dernière. Ce chiffre représente 8% du PIB contre 5,8% en juin 2010.
Les principaux bailleurs de fonds de l’économie sont la Banque Mondiale, la Banque Africaine de Développement, l’Exim Bank de la République populaire de Chine, la China Development Bank et l’Agence Française de Développement. Le budget 2012 prévoit des emprunts de l’étranger de Rs 8,2 milliards en provenance des sources suivantes :
— Banque Mondiale : Rs 1,7 milliards, soit Rs 810 millions pour les projets d’infrastructure, Rs 578,9 millions sous le Development Policy Loan IV et Rs 347 millions au titre du Sector Development Policy Loan ;
— République populaire de Chine : Rs 1,5 milliards, dont Rs 861 millions pour le Bagatelle Dam et Rs 521 millions pour le tout-à-l’égout dans les Plaines-Wilhems ;
— Banque Africaine de Développement : Rs 1 milliard, soit Rs 868,3 millions sous forme de soutien au budget et Rs 155 millions pour le projet de tout-à-l’égout dans les Plaines-Wilhems ;
— Agence Française de Développement (AFD) : Rs 3 milliards, soit Rs 2,2 milliards de soutien budgétaire au titre de l’Environment Programme Aid, Rs 585,5 millions pour le projet de route Terre-Rouge/Verdun, Rs 233 millions pour le Bagatelle Dam et Rs 12 millions pour le tout-à-l’égout à Grand-Baie ;
— Banque Européenne d’Investissements : Rs 388 millions pour le projet de tout-à-l’égout dans les Plaines-Wilhems
— Inde : Rs 289,4 millions pour l’acquisition d’un Offshore Patrol Vessel ; et
— BADEA : Rs 159 millions, dont Rs 144,7 millions pour la Ébène/Verdun Link Road.
« The percentage of fixed-rate external debt decreased from 49,1% as at end-June 2010 to 29,2% as at end-June 2011 while floating-rate external debt increased from 45,8% to 65,7% over the same period », ajoute la Banque de Maurice pour confirmer l’adaptation aux conditions du marché à l’étranger.
Par ailleurs, sur chaque Rs 100 empruntées de l’étranger, Rs 80 sont libellées soit en dollars américains, soit en euros. « The currency composition of Government external debt continued to be dominated by the US dollar and the Euro with respective shares of 42,8% and 37% as at end-June 2011 ». Le yen chinois et la livre sterling sont à 7,7% et 5,2% respectivement dans le panier des devises de la dette.
Au chapitre de la balance des paiements, la Banque de Maurice remet en perspective les mutations survenues au cours de l’exercice financier 2010/11 avec un début de ralentissement du Foreign Direct Investment et un accroissement du déficit de la balance commerciale. « The country’s balance of payments during 2010-11 was characterised by a higher current account deficit, where the growing merchandise trade deficit was partly offset by greater net inflows in the income account and higher surpluses in the services and current transfers accounts. Higher financial flows, led mostly by « other investment », have largely met the financing needs of the current account. »
Ainsi, les investissements directs enregistrés en 2010/11 étaient de Rs 5,9 milliards, soit inférieurs aux Rs 8 milliards de l’exercice précédent. Le rapport de la Banque de Maurice soutient que « foreign direct investment (FDI) in Mauritius posted lower net inflows of Rs 8 509 million in 2010-11 compared to Rs 11 222 million in 2009-10. Gross foreign direct investment in Mauritius stood at Rs 9 105 million in 2010-11, with major investments to the tune of Rs 2 840 million, Rs 2 771 million and Rs 663 million directed to the « Real estate activities », « Financial and insurance activities » and « Accommodation and food service activities » sectors, respectively. Non-residents’ repatriation from Mauritius amounted to Rs 596 million in 2010-11. »
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Des amendes pour Rs 275 M en 2012
Des amendes imposées par les différents tribunaux de Maurice pour des infractions diverses restent une source non-négligeable de revenus pour le gouvernement. La mise en opération de nouvelles speed cameras devra encore augmenter le montant des amendes collectées. D’autre part, le gouvernement s’attend à recevoir des dividendes conséquents de la Mauritius Telecom en 2012, comparativement aux années précédentes.
L’année prochaine, les amendes imposées par les magistrats à travers l’île devront générer des recettes de Rs 275 millions, soit une progression de l’ordre de Rs 50 millions par rapport à 2010. En 2011, la récolte a été encore plus prometteuse que prévue. Initialement, le précédent vice-Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, avait budgétisé une somme de Rs 220 millions.
Finalement, les revenus à l’item des amendes sont de Rs 257 millions, soit Rs 37 millions de plus. La raison de cette performance supérieure à la moyenne est qu’en une année, le nombre de contraventions est passé de 142 500 à 163 480, soit 450 par jour. Les procès-verbaux pour des excès de vitesse représentent 88% de cette augmentation.
Les amendes imposées par d’autres institutions, telles que la Mauritius Revenue Authority, la National Transport Authority pour des contraventions de stationnement, ou le Trésor font seulement Rs 50 millions pour ramener les recettes des Fines, Penalties and Forfeits à Rs 326 millions.
Les dividendes versés au gouvernement l’année prochaine seront nettement supérieurs à ce qu’ils ont été jusqu’ici, soit Rs 2,3 milliards contre Rs 622 millions en 2011. Cette performance s’explique par des dividendes de Rs 1,4 milliards de la Mauritius Telecom, représentant Rs 1 milliard de plus. La State Investment Corporation versera au gouvernement des dividendes de Rs 650 millions contre un zéro-pointé jusqu’ici.