La conclusion des « Article IV Consultations » du Fonds monétaire international avec pour chef de mission Martin Petri, prévue pour cet après-midi, devra permettre de confirmer si cette institution s’alignera sur les prévisions de sa soeur jumelle, la Banque mondiale, en matière de taux de croissance pour 2012, soit 3,3 %. Toutefois, si à ce matin, toutes les parties concernées, que ce soit dans le privé et le public, se gardent de chiffrer la performance économique prévue pour cette année, ils sont par contre unanimes à reconnaître que le taux de croissance, compte tenu de la détérioration de la situation internationale, notamment dans les économies de l’Euro Zone, devrait être inférieur aux 4 % annoncés dans le budget 2012 au début de novembre de l’année dernière.
Interrogé ce matin par Le Mauricien, Martin Petri, chef de mission du Fonds monétaire international (FMI), s’est contenté d’affirmer que « we are looking about what’s happening in Mauritius and to some extent the repercussions on Mauritius about what’s happening in Europe ». Depuis la semaine dernière, cette mission du FMI s’est engagée dans une série de rencontres avec les décideurs économiques au niveau du ministère des Finances et de la Banque de Maurice pour passer en revue les principaux paramètres économiques et budgétaires et pour établir des premières prévisions à faire partie de la Public Information Notice (PIN) sur Maurice.
La mission Petri a également animé plusieurs séances avec des opérateurs économiques du privé, notamment dans les différents secteurs en vue de tâter le pouls. Du côté du Joint Economic Council (JEC), la préoccupation majeure dans la conjoncture demeure la détérioration de la situation économique sur le front de l’Europe. Les dernières prévisions du FMI dans la série de la World Economic Outlook (WEO) Update, rendues publiques hier, confirmant une décélération de la croissance de -0,5 % en 2012 dans la zone Euro, ne sont guère rassurantes.
« The Euro Area economy is now expected to go onto a mild recession in 2012 – consistent with what was presented as a downside scenario in January 2011. The significant downward revision (3/4 percentage points) since the September 2011 WEO is due to the ruse in sovereign yields, the effects of banks deleveraging on the real economy, and the impact of additional fiscal consolidation by Euro Area governments », note le FMI en prévision de Davos 2012.
Face à ces risques générés par l’instabilité et la volatilité dans la zone Euro, le JEC soutient qu’il faut miser sur un approfondissement de la réforme déjà en cours pour récolter les dividendes. « Nous préconisons que nous n’avons nul autre choix que de poursuivre la politique de réforme et surtout ne pas faire marche arrière sur les réformes déjà enclenchées, notamment dans le secteur des lois du travail. La réforme doit être accélérée dans les Services publics, le port et la politique d’accès aérien où l’urgence se fait sentir pour transformer Maurice en une véritable plaque tournante entre l’Asie et l’Afrique », fait-on comprendre dans les milieux autorisés du JEC en marge de ces discussions sur les « Article IV Consultations » du FMI.
Les principaux secteurs économiques, soit les Export-Oriented Enterprises (EOE), le tourisme, la BPO/ICT aussi bien que le sucre, suivent avec appréhension la crise en Europe. La principale crainte porte sur deux tableaux, le manque à gagner avec la correction intervenue dans la parité euro/dollar, se traduisant avec moins de recettes en roupies pour les exportations de biens et services et à plus à long terme, des risques de pertes de parts de marché d’exportation.
Dans l’immédiat, le tourisme mauricien semble être le plus exposé car toutes les prévisions misent sur une décroissance cette année dans le nombre de départs d’Europe. « Pour la première fois, l’année dernière, la croissance enregistrée à Maurice dans les arrivées d’Europe a été inférieure à celle des départs en Europe. Jusqu’à l’année dernière, l’inverse était vrai. Nous sommes relativement pessimistes pour le tourisme en 2012 même si du côté du ministère du Tourisme, l’on semble afficher un autre mood face à la crise en Europe », indique-t-on du côté des opérateurs dans l’industrie du tourisme, que ce soit l’hôtellerie ou le réceptif.
De son côté, la Banque mondiale met en garde contre les risques à l’économie mauricienne en 2012 en soulignant que « the uncertain status of the global economy and the risks this poses adds new urgency to reforms ». Cette analyse fait partie d’un document officiel sur le « Mauritius First Public Sector Performance Development Policy Loan » d’un montant de 20 millions de dollars (Rs 600 millions), qui attend l’approbation du conseil d’administration de la Banque mondiale en date du 29 mars.
Ce Public Information Document de la Banque mondiale s’appesantit sur le fait que « global economic uncertainties pose an increasing threat to a small economy such as Mauritius, primarily on two fronts – the fiscal position and the current account deficit. Slower global economic growth could depress domestic growth and tax revenues, yet pressure to finance government priorities would be likely to continue. This fiscal position remains stretched, with high public debt, which is only projected to decline by a modest amount in the medium-term ».
La Banque mondiale ajoute plus loin que « the concentration of the country’s exports on a few markets (Europe) and products (tourism and textiles) could lead to a further deterioration of the current account deficit, which requires an acceleration of reforms to improve competitiveness and position the economy to access new markets and develop new products ».
Mettant l’accent sur l’urgence et l’importance de la poursuite de la réforme, ce document de la Banque mondiale s’appuie sur le fait que « the reform agenda remains unfinished and critical constraints to economic development, particularly with regard to public sector performance, have become increasingly evident. There is substantial room for improvement in the performance of the public sector particularly with regards to parastatals and public companies. This performance of the public sector significantly impacts the quality of service delivery and undermines overall economic competitiveness. Reform will be necessary to bring the sector up to the level that would be necessary for Mauritius to achieve its development goals ».