Trois mois après l’Economic Mission Statement du Premier ministre, sir Anerood Jugnath, et à deux mois presque de la fin de l’année, la situation économique donne place à un constat sans artifice ou même sans feux d’artifice. Ce n’est pas le dernier rapport annuel de la Banque de Maurice identifiant les zones d’ombre et les lacunes, que ce soit sur le plan de l’endettement des ménages ou du Corporate Sector sans compter le coup de fouet plus que nécessaire à la productivité en vue d’améliorer la compétitivité, qui contredira le mood dans le monde des affaires. Au chapitre de l’endettement public, les derniers chiffres publiés par le ministère des Finances confirment que le renversement de tendance n’est pas encore effectif pour assainir la situation. Pis encore ! En neuf mois, la dette publique a progressé de Rs 19,1 milliards, soit une moyenne de Rs 2 milliards par mois. Dans une tentative d’instiller le feelgood factor au sein l’économie, le Fast Track Committee, placé sous la présidence du secrétaire financier, Dev Manraj, multiplie les séances de travail en vue de débloquer les projets d’investissement émanant du secteur privé avec accent sur la relance de la croissance économique et la création d’emplois.
L’approche de la fin de l’année, avec un boost-up de la consommation, boni de fin d’année oblige, présente une occasion pour le commerce de tirer sa tête hors de l’eau, dans l’espoir que 2016 verra le démarrage des premiers projets d’investissements sur le terrain. Un communiqué émis par le ministère des Finances, vendredi après-midi, fait ressortir que « la dernière réunion du Fast Track Committee a approuvé des projets totalisant Rs 18 milliards, avec un potentiel de création de 8 200 nouveaux emplois. Plusieurs activités sont concernées : une Smart City à Ébène, un héliport à Plaisance, la biotechnologie, la logistique et le port franc, l’immobilier de luxe sous le Property Development Scheme, etc. Lors de sa réunion précédente, 58 projets d’investissement se chiffrant à Rs 100 milliards ont été approuvés dans les filières suivantes : agro-industrie, manufacture, port de pêche, Smart Cities, logistique, pêche industrielle, énergies vertes (photovoltaïques et éoliennes), hôtellerie, immobilier commercial, résidentiel et bureau, aquaculture et outsourcing. Quelque 26 000 emplois sont estimés dans ces 58 projets d’investissement ».
À ce stade de l’année, les yeux des spécialistes du monde des affaires sont tournés sur les perspectives de reprise dans le secteur de la consommation avec les fêtes d’année en arrière-plan. Le dernier indice de confiance de la Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI) indique que le secteur du commerce a enregistré deux trimestres négatifs, soit une baisse de 4% pour le deuxième trimestre, suivi d’une chute de 1,7% au troisième. L’analyse des données recueillies par la Chambre de Commerce et d’Industrie relève que « c’est le niveau des ventes sur la période de juillet à septembre qui a impacté négativement sur l’indice sectoriel. Plus de 54% des opérateurs économiques sondés indiquent avoir observé une baisse du chiffre d’affaires au cours du troisième trimestre par rapport à la même période l’année dernière ». Moins d’un commerçant sur cinq affirme avoir connu une amélioration dans son business.
Les prévisions établies par la MCCI sont encore plus pessimistes vu que « les commerçants, petits ou grands, tirent la sonnette d’alarme. Ils ont constaté une régression de leur chiffre d’affaires au cours des deux derniers trimestres et anticipent un quatrième trimestre très difficiles ». L’exercice de la MCCI remue le couteau dans la plaie en ajoutant qu’ « après deux premiers trimestres consécutifs de résultats assez favorables, les perspectives de l’économie se sont ralenties au cours du troisième trimestre. Pour pouvoir aspirer à une amélioration de la croissance économique, nous devons redynamiser la confiance des entrepreneurs au cours des prochains trimestres ».
Premiers frémissements
Dans l’immédiat, le secteur du commerce se prépare à tirer profit de l’aubaine que constituent les fêtes de fin d’année. Mais sur ce plan, la prudence est de mise, les principaux opérateurs commerciaux misant sur des stratégies susceptibles de rapporter des dividendes escomptés au 31 décembre prochain. Toutefois, tout un chacun est unanime à concéder que le superflu ne rime plus avec le porte-monnaie du consommateur, même en période de fêtes-folies. Mais les ventes des huit prochaines semaines devront constituer un boost-up dans ce secteur, qui traduit mieux le mood profond du pays.
Ainsi, cette année encore, les enseignes de supermarchés rivaliseront d’astuces pour attirer les clients et faire la différence auprès de cette clientèle bien que prudente. Bien que les stocks de produits destinés pour agrémenter les fêtes ne sont pas encore tous sur les rayons, tout a déjà été prévu pour répondre aux exigences et aux besoins de la conjoncture. Ainsi, chez Winner’s, chaîne de supermarchés stratégiquement installés à travers l’pîle, Dominique Fauvrel, Sales Manager, prévoit d’atteindre la vitesse de croisière qu’à partir de la fin de novembre après le paiement du treizième mois. Par contre, Andrew Sin, directeur de la centrale d’achat d’Intermart (Maurice), s’appuyant sur une stratégie plus agressive, affirme avoir déjà noté les premiers frémissements de fin d’année dans les rayons et à la caisse dès maintenant. « Cela a démarré déjà pour monter crescendo jusqu’à la fin de l’année », note-t-il avec satisfaction
Se basant sur les tendances de ces cinq dernières années, le responsable de ventes chez Winner’s reconnaît que dans un premier temps, le consommateur moyen se concentrera sur les cadeaux et jouets à offrir avant de se lancer dans la course pour les repas de fin d’année. Le must de la saison, dira-t-on. Abondant dans le même sens qu’Andrew Sin, Dominique Fauvrel met l’accent sur le fait que les clients font très attention à leur porte-monnaie au tout début mais se laissent ensuite aller dans l’enivrante atmosphère de frénésie d’achats. Il se rappelle qu’au 31 décembre de l’année dernière, on touchait le fond des frigos vu que les clients avaient tout balayé pour le réveillon de la St-Sylvestre.
Et pour récompenser les plus fidèles clients, Intermart compte se baser sur les détenteurs de la carte fidélité avec des cadeaux distribués à partir de mi-décembre. Winner’s préfère jouer dans la subtilité pour ne pas dévoiler sa stratégie de manière prématurée. « Il y aura de grosses surprises. Cela est garanti », lâche Dominique Fauvrel sur un ton amusé. Sans compter que ces deux chaînes d’hypermarchés misent sur une croissance de 10 à 20% de leurs chiffres d’affaires respectifs en cette fin d’année.
Repas festifs
Dans les rayons des supermarchés, les volailles et le gibier sont aux premières loges en cette période. Intermart ne lésine pas sur les moyens pour offrir à sa clientèle les produits recherchés. Ainsi, dans la gamme emblématique de grasses volailles : canard, pintade, dinde et poulet pourront faire partie des repas festifs. « Les familles d’aujourd’hui ne passant plus trois heures à cuire une dinde, nous proposerons des rouleaux et des cuisses de dinde importés de France et du Brésil. Par contre, en ce qu’il s’agit des produits locaux, nous avons réservé toute une gamme de canard et de pintades », indique le Sales Manager de Winner’s.
Outre le gibier et la charcuterie, le boeuf de premier choix, l’Angus d’Australie, sera disponible à prix réduit, de façon à faire plaisir à un maximum de clients. Le porc frais local sera proposé en côtelette, steak et saucisses au miel, entre autres, sans négliger une variété de charcuteries importées d’Espagne, de France et d’Italie.
Au chapitre des produits de mer, Intermart et Winner’s proposeront une large variété de produits au goût de tout un chacun. Intermart revient avec les traditionnels huîtres de France, alors que Winner’s opte davantage pour des gambas, des crabes, des camarons importés de Madagascar et d’Asie. « Cette année, nous ne proposerons pas d’huîtres car c’est un produit relativement sensible qu’il faut vite écouler. C’est plutôt réservé au service traiteur qui a déjà sa clientèle », explique Dominique Fauvrel.
Au niveau des amuse-gueules, les hypermarchés reviennent avec des coquilles Saint-Jacques et du saumon rose d’Alaska et d’Écosse pour les bourses un peu plus aisées. Pour les consommateurs à revenus modestes, elles peuvent toujours se rabattre sur les collations traditionnelles dites mauriciennes telles que les croquettes et les samoussas.
Winner’s propose une montée en gamme à l’heure du dessert, avec Häagen-Dazs, la référence dans les rayons des glaces, ainsi que des macarons glacés, des bûches de Noël glacées et des éclairs glacés sans oublier les traditionnel bûches de Noël confectionnées par les pâtissiers de la chaîne.
Les fêtes de fin d’année s’arrosent aussi. Au rayon des boissons alcoolisées, Intermart envisage de ratisser large avec toute une gamme de produits à des prix dits intéressants. Du côté de Winner’s, certains produits ne seront pas tous disponibles dans leurs supermarchés à travers l’île, dépendant de la région et de la demande de la clientèle. « Nous leur offrirons ce qu’ils veulent consommer mais nos brochures comprenant la liste complète seront disponibles à travers l’île », précise le Sales Manager.
« Overspending »
Attention, le hang-over de tout overspending de fin d’année risque de laisser un arrière-goût amer pour le consommateur. Néanmoins, avec le dernier rapport annuel rendu public au cours de la semaine écoulée, la Banque de Maurice remet déjà en perspective les risques de dérapages de l’endettement des ménages. Le gouverneur de la Banque Centrale, Ramesh Basant Roi, se félicite des retombées de ce tour de vis des autorités aux crédits bancaires des ménages.
« Indebtedness of households, which maintained an upward trend in the second semester of 2014, declined in the first half of 2015. As a result of lower growth of credit extended to households, the annual growth rate of consumption credit declined since September 2014 and moved into negative territory as from February 2015 right through June 2015 », fait-il comprendre en confirmant également que la croissance de crédits bancaires pour les besoins de construction résidentielle a été maintenue à 10%.
Dans la conjoncture, la préoccupation majeure de la Banque de Maurice demeure qu’en dépit des taux d’intérêts bas en vigueur, « the level of household indebtedness remains a cause for concern ». Ainsi, au 30 septembre dernier, les crédits bancaires alloués aux ménages se montaient à Rs 29,3 milliards, soit sensiblement les Rs 30 milliards de l’année dernière, dont Rs 22,2 milliards sous forme d’emprunts, Rs 4,5 milliards de découverts bancaires et Rs 2 milliards de Credit Card Advances. « Non-Performing Loans (NPL) from household credit are being closely monitored to assess repayment capacity, while problem loans are scrutinised in view of detecting emerging pockets of vulnerabilities and early signs of default », avertit la Banque de Maurice.
Néanmoins, les craintes de la Banque Centrale ne s’expriment pas uniquement par rapport aux dépenses des ménages. La Corporate Debt, qui a atteint Rs 324,6 milliards à la fin de septembre dernier, soit une détérioration de Rs 22 milliards en une année, inquiète les autorités bancaires. « Corporate credit-to-GDP gap, which maintained an uptrend till 2013 due to significant credit allocation, has subsequently declined, reflecting a lower demand for credit. Corporates are, however, still having high leverage ratios. The Bank is closely following specific sectors to which banks are highly exposed », précise la Banque Centrale.
Vulnérabilité
Au cours de ces derniers mois, le paramètre de Non-Performing Loan montre des signes de vulnérabilité, le rapport de la Banque de Maurice notant que « total non-performing advances of banks rose by 36.0 per cent, from Rs 24,641 million as at end- June 2014 to Rs 33,505 million as at end-June 2015. Consequently, the ratio of non-performing advances to total advances deteriorated from 3.9 per cent to 4.9 per cent. Impaired credit on facilities extended in Mauritius went up by 32.7 per cent to Rs 24,825 million ». Les provisions pour des pertes sur des prêts bancaires ont augmenté de 18,1% de juin 2014 à juin 201, passant de Rs 11,4 milliards à Rs 13,4 milliards, probablement la majeure partie attribuée à l’écroulement de l’empire BAI, dont le Chairman Emeritus est Dawood Rawat.
L’allocation des crédits bancaires aux principaux secteurs de l’économie s’établit comme suit au 30 septembre :
Construction : Rs 84,9 milliards, soit Rs 7 milliards de plus que l’année dernière ;
Tourisme : Rs 48,2 milliards contre Rs 47,3 milliards en septembre 2014 ;
Commerce : Rs 30,8 milliards, soit sensiblement le même montant que l’année dernière, avec une facture de Rs 9,5 milliards pour le commerce de gros ;
Global Business : Rs 44,9 milliards, soit Rs 8 milliards de plus que l’année dernière ;
Secteur financier : Rs 25,6 milliards, dont Rs 3 milliards de plus qu’en septembre 2014 ;
Manufacture : Rs 19,9 milliards, soit Rs 1,8 milliard de plus en une année ;

Agriculture : Rs 18,6 milliards, une progression de Rs 1 milliard en une année.
La broader picture du phénomène de l’endettement est encore plus inquiétante sur le plan national avec une dette publique par tête d’habitant dépassant la barre des Rs 200 000, soit une augmentation de quelque Rs 15 000 par rapport à septembre de l’année dernière. Les derniers chiffres publiés sur le site web du ministère des Finances indiquent que la Public Sector Debt a augmenté à Rs 256,8 milliards, soit Rs 20 milliards de plus d’il y a un an. Cet endettement représente 64,1% du PIB, soit en progression de trois points il y a un an, alors que le gouvernement a pris l’engagement de ramener cet indicateur à 50% dans trois ans.
Les principales composantes de la dette publique se déclinent comme suit :
Central GM Domestic Debt : Rs 177,6 milliards
Dette étrangère : Rs 54,6 milliards
Public Enterprise Debt : Rs 24,5 milliards.

Toujours au chapitre de l’endêtement, la Banque de Maurice explique la hausse de la dette étrangère par « the increased recourse by government to external financing for its budget deficit ». Par contre, la dette locale est influée de manière conséquente par la nécessité de stériliser les excès de liquidité dans le circuit monétaire. « The government also issued Rs 4.0 billion of Treasury bills over and above the government borrowing requirements to absorb the excess liquidity in the banking system. Moreover, the government issued three types of retail savings securities amounting to around Rs 1.7 billion for boosting savings and mopping up excess liquidity. In that respect, Government of Mauritius Retail Savings Certificates, Notes and Bonds totalling Rs 163.6 million, Rs 607.9 million and Rs 906.3 million, respectively, were issued », rappelle officellement la Banque de Maurice.
Sauf que cette fois, les décisions pour les mopping up operations sont entérinées sans acrimonie, comme ce fut le cas l’année dernière avec les passes d’armes entre l’ex-vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, et l’ancien gouverneur de la Banque de Maurice, Manou Bheenick, avec pour conséquences que « excess liquidity dropped significantly from a peak of Rs 19.5 billion in April 2015 to Rs 11.8 billion at the end of June 2015 and further to Rs 5.1 billion as at end-August 2015 ».