Nous entrons, à la fin de la semaine prochaine, dans le mois de février. Un mois synonyme, pour un grand nombre de patriotes, d’une période où tout aurait pu basculer; où des étincelles avaient mis le feu aux poudres, et où il s’en est fallu de très peu effectivement pour que la paix et l’harmonie, marques de fabrique de notre vivre-ensemble si particulier, pourquoi pas, unique au monde, volent en éclats… C’étaient les émeutes du février noir, de 1999.

1999-2019 : 20 ans depuis la mort en détention policière de Kaya, artiste hors pair qui a marqué des générations ayant grandi avec le seggae de Joseph Reginald Topize et conjugué leurs vies aux paroles de ses chansons, souvent aux résonances universelles. De Lanpir iniversel à Soley bondye en passant par Fam dan zil, Chant l’amour, Ras kouyon, Problem sosyete et Ki to ete, pour citer ses titres les plus connus et repris, le parcours atypique de ce griot des temps modernes – qui a su ciseler les mots pour dire les maux des Mauriciens –, sera, cette année, mis en lumière. Le Conseil des ministres a, il y a quelques semaines, en effet, décidé que les 20 ans de la disparition de Kaya seront observés sur une échelle nationale. Comment, quand et de quelle manière sont des éléments pour l’heure auxquels nous n’avons de réponses, ni même de pistes. Mais passer sous silence ou évoquer banalement l’existence, l’apport et l’empreinte de Kaya dans la culture mauricienne, autrement que par une reconnaissance nationale de ce fils du sol, équivaudrait à une… Zistwar revoltan ! Heureusement, donc, c’est l’option pour un Sime Lalimier qui a eu le dernier mot.

Kaya avait la particularité de croquer notre réalité, avec ses travers, ses saveurs et ses couleurs, avec des mots d’une réelle simplicité qui sont à la portée de tout un chacun. Il les greffait sur des notes qui résultaient en des mélodies entraînantes et attachantes. Ses morceaux typiques de notre quotidien donc traduisaient, en même temps, une universalité, rejoignant des idées partagées par de grands maîtres de la littérature mondiale, par exemple. En cela, l’œuvre de Kaya réconcilie le commun des mortels aux intellos, via un seul et même médium : la musique, l’art.

Cette année, certains cyniques diront, « plus que jamais », les chansons de Kaya méritent d’être dépoussiérées et remises au goût du jour. Pour que l’on réalise à quel point certains de nos politiques, tous bords confondus, ont dévié de leurs trajectoires. Parce qu’il est grand temps pour un sursaut collectif et national, pour qu’on remette notre pays sur des rails sûrs. Pas ceux du Metro Express, qui déraillent et dont certains techniciens semblent agir littéralement au petit bonheur ! Le dernier incident en date, en cette fin de semaine, avec des travaux de fouille à refaire parce qu’ils se sont trompés (!), est une nouvelle preuve de l’amateurisme de ce projet qui fera couler encore beaucoup d’encre, hélas !

À l’image du verbe d’un Bam Cuttayen, par exemple, ou des premiers Lataniers, les titres de Kaya recèlent des clés d’un savoir-vivre unique et vrai, et, au final, à la portée de chaque Mauricien. Encore faut-il que certains le souhaitent, et brisent totalement les chaînes dans leurs têtes ! Dans la communauté des artistes, ils sont nombreux, à l’instar des OSB, The Prophecy et Zulu, à revendiquer l’influence de Kaya dans leurs œuvres. Reste aux politiques de faire preuve d’honnêteté, parce que Rasinn pe brile. Et qu’on ne vienne pas dire que Kaya ne nous avait pas prévenus !

Pendant ce temps-là, la chronique bouillonne de faits divers souvent très atroces et pénibles, quand ils ne sont pas révoltants, tandis que la marmite politique n’en finit pas de brouiller les pistes. L’échéance électorale qui approche à grands pas, avec sa cohorte de pressions diverses, conférera à cette année 2019 une ambiance très particulière. Qui ne manquera pas d’être ponctuée par des dérapages divers. Les chansons de Kaya sont, de fait, plus que bienvenues et de circonstance !

Husna RAMJANALLY