Cela fait 25 ans aujourd’hui que le défunt chef historique et charismatique de l’ANC, Nelson MANDELA (Madiba), avait recouvré sa liberté après 27 ans d’emprisonnement suite à son arrestation le 11 juillet 1963. Arrêté sur indication d’avoir participé à la lutte contre les lois de l’apartheid et mené une campagne de sabotage contre des installations publiques et militaires, Madiba fut condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité lors du procès de Riviona. Le 11 février 1990, il est enfin libéré, établissant ainsi le triste record absolu de la durée d’emprisonnement pour un prisonnier politique.
27 ans de captivité qui symbolisa la victoire d’une bataille pour un changement radical de la politique du pouvoir blanc de l’époque à accepter de révolutionner le pays vers une égalité raciale avec l’idéal d’une société libre, comme l’avait déclaré Nelson Mandela dans son discours pour sa défense devant la cour suprême le 20 avril 1964 : «Toute ma vie je me suis consacré à la lutte pour le peuple africain. J’ai combattu contre la domination blanche et j’ai combattu contre la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie avec les mêmes opportunités. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et agir. Mais, si besoin est, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir».
«Nous savions que nous gagnerions le combat… que nous aurons la démocratie, mais je n’imaginais pas que Mandela serait un jour président», avait déclaré Ahmed Khatrada à l’agence d’information IPS le 9 décembre 2014, quelques jours après le décès de Madiba à l’âge de 95 ans.
Un triste événement qui remit en question « l’après Mandela » avec la transmission de son « héritage » et la continuité de ses valeurs à travers le parti de l’ANC et du peuple sud-africain. Selon Fazila Farouk, une activiste pour la justice sociale en Afrique du Sud, « les conditions de travail déplorables des ouvriers agricoles noirs », « l’inégalité des revenus », « le système éducatif bifurque » et « l’impact massif de la pauvreté et de la malnutrition sur l’apprentissage des enfants », que Mandela avait abordés dans son discours lors du procès de Rivonia pour trahison, sont encore très pertinents aujourd’hui. Étant donné que pour elle, «la triste réalité est qu’on peut couper et coller des parties du discours de 1963 et les utiliser ainsi pour faire face à la réalité à laquelle beaucoup de Sud-Africains sont [toujours] confrontés aujourd’hui», a-t-elle indiqué dans une interview accordée à IPS avant le décès de Mandela, ajoutant qu’il était choquant que la vie de tant de Sud-Africains n’ait toujours pas changé. Mais il est quand même vrai de dire que « l’accès à l’éducation s’est amélioré radicalement depuis que l’Afrique du Sud est devenue une démocratie en 1994 » quand Nelson Mandela fut élu premier président noir d’Afrique du sud jusqu’en 1999.
Mais quand on considère de nos jours que « L’ANC, le vieux parti qui a conduit Nelson Mandela à la présidence de l’Afrique du Sud il y a dix-neuf ans, est aujourd’hui accusé d’avoir trahi les valeurs de son mentor », il est légitime de se poser des questions avec une certaine inquiétude. Surtout quand celui-ci – au-delà des divergences idéologiques – est miné par la corruption de son élite dirigeante, le népotisme et les guerres intestines au sein de sa troupe, ce qui ne correspond point aux valeurs ajoutées du défunt Madiba. Car selon certains observateurs africains, « l’ANC a trahi ses valeurs en se frottant toutes ces années au pouvoir et se révèle aujourd’hui sourd à la colère sociale qui gronde… »
En revanchen pour ceux qui veillent farouchement à l’héritage du géant Mandela comme Richard Sisulu, petit-fils d’un grand compagnon de lutte de Madiba, le combat pour le maintien d’une société libre, démocratique et harmonieux avec des chances égales se poursuivra. « Nous devons tout faire pour que les valeurs et les actions de Mandela soient correctement transmises et il reste beaucoup à faire pour honorer l’héritage de ce dernier » avait-il déclaré récemment. Et cet héritage se résume tout simplement dans la conviction que les droits politiques et les droits sociaux sont intimement liés puisque Mandela l’a lui-même avoué : « La politique lui est venue pour structurer son engagement au quotidien, et non l’inverse. »
Croisons donc les doigts pour un meilleur avenir au sein de cette nation arc-en-ciel (Afrique du Sud) tout en continuant de « nourrir l’espoir qu’une nouvelle race de dirigeants… ne permettra pas que l’on prive quiconque de la liberté, comme nous en avons été privés si longtemps ; qui ne fasse de personne un réfugié, comme nous l’avons été ; que personne ne soit condamné à la famine, comme nous l’avons été ; que personne ne soit privé de sa dignité humaine, comme nous l’avons été. » (Extrait du discours de Mandela, en 1998, à la veille de son retrait officiel de la vie politique).