À la Une de l’actualité politique depuis la publication, dans les colonnes du Mauricien et de Week-End, d’un document de réflexion sur la situation socio-économico et politique de l’île Maurice, six membres de l’aile gauche du MMM ont accordé, cette semaine, un entretien exclusif à Week-End, où leurs déclarations ne manqueront pas de provoquer des remous dans l’opposition MMM. Ils ont fait de surprenantes révélations à Week-End sur le MMM et l’URSS, la directiondu MMM et l’aile gauche, les erreurs du parti, etc.

Étonnantes déclarations que celles faites par les principaux membres de l’aile gauche MMM à Sydney Selvon, que Week-End avait dépêché auprès d’eux pour une interview! Ils estiment que la direction du MMM n’a pas pris position clairement contre l’URSS et devrait, désormais, sans aucune ambiguïté, dénoncer tant le système intérieur soviétique que politique étrangère de cette « superpuissance impérialiste ».

Ils se défendent d’être maoïstes et préconisent une collaboration avec les capitalistes mauriciens « capables de cadrer dans un projet de reconstruction nationale anti-impérialiste » dans une « première étape délibération nationale ».

Ils s’autocritiquent: le langage du MMM sur les estrades publiques est trop anti-capitaliste, anti-patronat tout court, et empêche la formation d’une alliance des forces démocratiques, nationalistes et patriotiques. L’autogestion n’est pas concevable pour l’instant.

Week-End: Pourquoi avoir formé ce qu’on a l’appelé l’aile gauche ou groupe de réflexion, comme vous dites, au sein du MMM ? Les instances de votre parti n’étaient-elles pas adéquates pour votre action politique? En somme, qu’avez-vous accompli de concret ?

— Jack Bizlall: Dans le passé, notre contribution positive a été d’amener le comité central à débattre de tous les aspects possibles des problèmes qui étaient référés à cette instance. Toutes les structures du parti fonctionnaient à fond. Lorsque nous avons quitté le comité central, de nombreuses contradictions ont fait surface par manque de débat. Nous avons en tête, entre autres choses, certaines erreurs commises l’année dernière par le MMM et dues, selon nous, à ce manque de débat généralisé.
Lorsque nous étions au comité central, nous nous efforcions toujours d’amener un approfondissement constant des débats découlant de nombreuses contradictions, mais celles-ci n’étaient atténuées que superficiellement. Lorsque nous avons quitté le comité central ces contradictions ont eu le temps de s’épanouir. Elles doivent maintenant être résolues, non pas superficiellement comme dans le passé, mais en profondeur.
Nous nous contentions, dans le passé, de ces solutions superficielles, faute d’une recherche, d’une réflexion sérieuses. Nous avons consacré donc une année à la réflexion et à la recherche. Et maintenant nous sommes prêts à jouer notre rôle en aidant le MMM à crever l’abcès là où on n’a pas osé le faire pour résoudre ses contradictions les plus fondamentales.
— Rama Poonoosamy: Il faut préciser que lorsque nous étions dans le comité central, tout au long de 1977, certains membres de cette instance partageaient nos vues et notre tendance même, et nous avons obtenu alors, certaines décisions politiques importantes, parfois contre, parfois avec l’appui de certains éléments de la direction. Par la suite, nous n’avons pas été satisfaits de la compréhension des réalités mauriciennes par la direction du MMM.

Nous avons été poussés à nous constituer en un groupe de réflexion lorsque nous avons constaté entre nous un certain nombre de points communs en termes de stratégie à suivre et de références idéologiques, et qui a réuni les conditions pour la constitution d’une tendance précise au sein du parti, choses tout à fait normales comme le reconnaît d’ailleurs le secrétaire général.

Ainsi, nous avons fait bloc sur certaines questions, appuyés à l’occasion par certains éléments de la direction. Cependant, nous constations que des décisions prises n’étaient pas toujours traduites dans la pratique. Nous n’étions pas les seuls à ne pas être d’accord avec la ligne du parti. Il était alors clair pour nous qu’il nous fallait éclaircir nos idées, définir nos options pour amener le parti à lever certaines ambiguïtés, à approfondir notre propre formation. D’où notre décision de ne pas être candidats aux élections du comité central en 1978.

« Pour le pays et pour le parti »

— Jack Bizlall: Nous nous sommes attelés à notre tâche de réflexions de manière disciplinée, tout comme avant, lorsque nous étions au comité central, nous nous efforcions toujours d’amener le débat idéologique et politique vers des prises de position tant pour le pays que pour le parti.
— Madun Dulloo: Il faut ajouter à tout ce qui a été dit un autre élément: la disponibilité des camarades militants pour le travail au jour le jour du parti. Tout le temps, c’était les mêmes qui montraient le même élan, le même dynamisme et finalement c’était le même groupe qui faisait tout le travail.
— Jack Bizlall: Il nous était impossible de résoudre les contradictions qui minaient le parti tant que nous maintenions la même relation avec la direction au sein du comité central. Si nous ne nous étions pas écartés de cette instance pour réfléchir et revenir ensuite avec de grands projets plus cohérents pour résoudre ces contradictions, nous aurions été contraints de continuer en 1978 sur la même ligne qu’en 1977, impuissants devant ces contradictions…

Week-End: Voulez-vous citer des exemples de ces contradictions? L’URSS ?

Habib Mosaheb: Oui, dans le cas de l’URSS, le MMM a toujours maintenu une attitude ambiguë sans jamais oser éclaircir, au-delà du moindre doute, la situation. Par notre action au sein du parti, en tant que tendance, nous avons amené le MMM à dénoncer le rôle que joue ce pays dans l’océan Indien et ailleurs.

Une autre contradiction se situait au niveau de la formation des militants qui se faisait plus en terme quantitatif que qualitatif. Nous avons, en 1977, amené le comité central à constituer un sous-comité, au sein duquel nous étions majoritaires, pour revoir toute la question. Nous avons soumis un rapport préconisant un nouveau système d’organisation pour la formation de véritables cadres pour le parti et cela sur une base autonome, les régions ne devant plus dépendre à l’excès sur le bureau central dans ce domaine.
Nous avons suggéré une école de cadres. Le projet a traîné. Il nous fallait nous mettre en dehors du comité central, pour réfléchir et en même temps permettre à toutes les contradictions majeures de faire surface.

— Jack Bizlall: Pour entre franc, il faut dire que le projet n’a pas réussi, parce que le MMM manque de dynamisme intérieur. Nous avons décidé de réintégrer le comité central pour donner au parti ce dynamisme qui lui manque. Mais pour que ce soit possible, il faudra que soient résolues les contradictions majeures.

— Rajiv Servansingh: Cependant, il faut noter que la contradiction principale est celle-ci: entre l’analyse que le MMM fait de la société mauricienne et les réalités mauriciennes, il y a un décalage. Toutes les autres contradictions ne sont que secondaires, puisqu’elles découlent de la principale. Ainsi, avec, au départ, une optique faussée, toutes les analyses sont faussées. Cela se reflète alors dans une pratique faussée également.

Nous nous sommes posé la question: que faut-il faire alors? Notre réponse: revoir la théorie, refaire l’analyse des réalités. Pour ne prendre qu’un exemple concret, on n’a qu’à se référer au langage tenu par le MMM lors des meetings électoraux de 1976. C’était un langage uniquement anti-capitaliste tout court. Or, le programme gouvernemental du MMM accepte la réalité des petits planteurs, par exemple. N’est-ce donc pas là une reconnaissance du droit à la propriété privée? Le MMM ne devait donc pas alors tenir un langage qui se bornerait à l’anticapitalisme tout court.

Nous avons repensé toute la question et nous avons trouvé que la lutte anti-capitaliste (qui est toujours notre lutte) passe par une étape de libération nationale où, pour ne prendre qu’un exemple, la productivité dans toutes les entreprises devient une chose importante. Si le MMM se borne à prêcher l’anticapitalisme tout court, il se trouvera dans une situation où la réaction de la population se limiterait uniquement à l’anti-patronat tout court. Ce n’est pas normal. Nous ne découvrons pas l’Amérique, mais c’est une question d’accent.

Il nous faut d’abord lutter contre l’emprise étrangère, contre notre dépendance extrême sur l’étranger. Il faut stimuler la production dans le pays. Nous ne disons certes pas qu’il faut tendre la main à tous les capitalistes, quels qu’ils soient. Mais dans l’étape actuelle, il y a certains capitalistes avec lesquels un certain travail dans le concret est possible pour mener à bien un projet de self-reliance. Notre document de réflexion est plus explicite là-dessus.

— Madun Dulloo: Le drame, c’est que le parti connaît ses contradictions, ses ambiguïtés, mais ne sait pas les expliquer rationnellement et crever l’abcès quand il le faut.

— Jack Bizlall: Limiter les propos de meeting anticapitalisme ou à l’anti-patronat tout en sachant les réalités du pays et en connaissant également la voie d’une solution aux problèmes nationaux est une contradiction que le MMM n’a pas su expliquer. Au fait, certains capitalistes peuvent cadrer dans un projet de reconstruction économique nationale. Dans la situation actuelle, on peut les compter sur les doigts. La direction du MMM est d’accord sur la nécessité d’une telle collaboration qu’elle appelle d’ailleurs un working arrangement, mais le langage tenu sur les estrades publiques ne reflète pas cela et, autre différence fondamentale, notre groupe s’est donné la peine de préciser que cette collaboration se fera avec un capitalisme cadrant dans un projet de libération nationale.
Habib Mosaheb: Le MMM, arrivé au pouvoir nationalisera quelques secteurs. Mettons de côté les questions de gestion de ces secteurs. Il est évident, de prime d’abord, qu’il y aura trois secteurs qui devront se côtoyer: un secteur d’État, un secteur privé et un secteur coopératif. De quelle manière ce secteur privé va-t-il cadrer dans la stratégie du développement. Quel sera son rôle dans ce développement et qui déterminera son rôle?

Le MMM n’a jamais donné des réponses en profondeur à ces questions alors qu’il est évident que ces trois secteurs devront coexister et fonctionner dans le cadre d’un type de développement, lui aussi pas encore défini avec précision. Le MMM parle, bien sûr, d’un working arrangement conflictuel, mais cette expression est restée confuse dans tous les esprits, notamment ceux de la plupart des militants. Quel sera le rôle exact des petites et moyennes entreprises? À toutes ces questions, nous nous efforçons de trouver des réponses pour combattre la confusion dans les esprits. Notre premier document de réflexion (il sera suivi d’autres) est un effort dans ce sens.

Jack Bizlall: Le MMM préconise un socialisme autogestionnaire qui a fini d’être interprété comme un projet de capitalisme d’État. Une des raisons à cette interprétation est le fait que le MMM n’a jamais publiquement procédé à une analyse sérieuse de ce qui se passe en URSS. et n’a jamais dénoncé sans ambiguïté aucune, sauf quelques timides refus du ‘modèle’ des pays de l’Est, le système soviétique.

Aucune position claire n’a été adoptée à ce sujet. Les ambiguïtés restent dans les esprits. Le MMM ne réalise-t-il pas qu’il n’est pas impossible, dans un pays comme Maurice, étant donné qu’elle est dans une situation néocoloniale, d’introduire tout de suite le socialisme? Le socialisme ne sera jamais possible tant que ne sera pas résolue la contradiction principale découlant de notre néocolonialisme.

— Rajin Servansingh: On ne peut pas procéder, en effet, à la construction du socialisme dans une néo-colonie. Il y a une étape de construction nationale à franchir d’abord. En fait, c’est une étape dans la construction même du socialisme. Il y a des gens qui nous accusent d’être superficiels. Or, nous faisons là une constatation découlant d’une analyse scientifique et rigoureuse. On oublie que (comme Marx le constata d’ailleurs scientifiquement) que le capitalisme a été une étape progressiste dans l’histoire. Le blocage dans l’analyse du MMM jusqu’ici a été là où on s’est limité à l’anticapitalisme tout court. Quand on dit que la construction du socialisme est possible dans la situation actuelle, sous la domination de l’impérialisme international, on jure!

Comment peut-on construire le socialisme alors que l’on dépend de l’étranger pour le riz, la pomme de terre, les oignons, l’alimentation en général? Comment dans une situation de dépendance aussi extrême, peut-on défier les systèmes des pays fournisseurs? Il faut d’abord libérer le pays de cette dépendance.

D’abord la « libération nationale »

— Narainsamy Sadien: Il n’est pas nécessaire, par ailleurs, de souligner que l’autosuffisance, le concept su self-reliance, tel que nous l’approfondissons dans nos analyses, remet en question la structure même du capitalisme local. Chaque État qui essaie de mettre fin à cette relation dominée fait un pas vers le socialisme.

— Jack Bizlall: Le Programme gouvernemental du MMM est divisé en étapes de cinq ans chacune. Nous, nous mettions l’accent sur une phase préliminaire de libération nationale.

— Habib Mosaheb: Il y a également autre chose. De retour en France en 1975 (ou avant?) alors que la gauche française était plongée dans un débat acharné sur l’autogestion, le secrétaire général lançait le même débat à Maurice et tous les militants du MMM y étaient conviés à coups de forums, de livres à lire, de séminaires de la GWF, etc. Or, on n’a pas réalisé que l’autogestion n’est pas possible dans une situation néocoloniale, où nous dépendons aussi lourdement de l’étranger avec, en sus, une économie extrêmement fragile. Or, la mobilisation autour de l’autogestion risque d’exacerber des aspirations qu’on ne pourrait pas satisfaire une fois le pouvoir en main, vu les réalités objectives qui dureront encore longtemps à Maurice. Il s’agit d’une déformation dans le travail de formation et de mobilisation des militants et des masses. Nous ne disons pas, cependant, que c’était par exprès. C’était une erreur plutôt. La question en est aussi une d’accent.

Week-End: Et quelle est donc, finalement, votre position sur la stratégie et l’analyse des classes du MMM?

— Madun Dulloo: Une autre contradiction importante se situe, en effet, au niveau de l’alliance des classes que préconise le MMM, c’est-à-dire de toutes les classes contre le capitalisme. Nous différons à ce sujet en ce sens que nous préconisons une alliance de toutes les forces nationalistes, patriotiques et démocratiques, quelles qu’elles soient, pour une véritable libération nationale face à l’étranger dans tous les domaines (économie, culture, politique, etc.)

— Habib Mosaheb: C’est un fait que depuis 1969, le MMM s’en est tenu à la même analyse et à la même stratégie des classes. Celles-ci n’ont jamais été sérieusement remises en question…

— Jack Bizlall: …prenons le cas des laboureurs-propriétaires. Il y a là un travail d’analyse en profondeur à faire pour déterminer la position de classe de cette couche sociale. Et ce n’est là qu’un exemple.

Retouches mineures

Habib Mosaheb: Lorsque nous étions dans le comité central, nous avions lancé un débat sur la stratégie de classes du MMM et sur l’analyse même des classes sociales. Nous avions aussi obtenu une décision du comité en faveur de la réactualisation du programme gouvernemental. Car, en vérité, le programme de 1976 était le même que celui publié en 1973, n’ayant subi que des retouches mineures. Ce programme rejetait le « modèle » des pays de l’Est.

Mais cela impliquait que le MMM aille plus loin là-dessus dans son analyse sur le plan de sa politique étrangère. D’une part, le MMM accorde à l’URSS., dans son programme gouvernemental, comme dans les déclarations et écrits du secrétaire général, un rôle positif à jouer, notamment en Afrique, tout en reconnaissant, d’autre part, à lURSS. des appétits de superpuissance, des visées hégémoniques, un égoïsme d’État, notamment au détriment des pays d’Europe de l’Est.

Or, comment expliquer une telle contradiction? Comment l’URSS peut-elle à la fois avoir un rôle positif en Afrique et des appétits de superpuissance, une volonté de domination des petits pays? Nous ne sommes pas d’accord là-dessus avec la direction. Nous pensons qu’il ne faut pas tergiverser et qu’il est temps de prendre une position claire, sans la moindre ambiguïté.

Week-End: Face à l’URSS, l’aile gauche du MMM est donc en profond désaccord avec la direction…
—Jack Bizlall: Le MMM se limite à une région seulement : l’Europe de l’Est, la nature impérialiste de l’URSS, et lui reconnaît un rôle progressiste ailleurs, notamment en Afrique et à travers Cuba! Nous pensons que bien que l’impérialisme occidental soit notre ennemi principal dans l’océan Indien, surtout lorsqu’un pays essaie de s’échapper de sa domination, il faut faire attention aux visées impérialistes de l’URSS. Nous avons l’exemple du Viêt Nam et du Cambodge, où l’URSS a téléguidé l’invasion d’un pays socialiste par un autre.

— Habib Mosaheb: Nous contestons la thèse d’un mouvement de libération qui aurait libéré le Cambodge. Par ailleurs, si l’on dit que le Cambodge était un vaste camp de concentration, cela implique qu’il faut des moyens militaires considérables. Comment donc un mouvement de libération aurait-il pu, en si peu de temps, acquérir des moyens correspondants, voire supérieurs?

— Rajiv Servansingh: Il n’y a pas que l’affaire Viêt Nam/Cambodge où le vrai caractère de l’impérialisme soviétique s’est manifesté. Il y a l’Afghanistan, le Yémen, l’Éthiopie, ou l’Érythrée, anciennement, d’ailleurs, aidée par l’URSS, est aujourd’hui écrasée par la force des armes soviétiques.

— Habib Mosaheb: Que pense le MMM de la situation en Erythrée, où un peuple aspirant à la libération est aujourd’hui impitoyablement réprimé à cause de l’URSS? On n’a jamais fait, au MMM, une analyse détaillée de la situation en Éthiopie et en Érythrée pour comprendre la nature de l’impérialisme soviétique.

« Certains se trompent de siècle »

— Jack BIzlall: Certains militants confondent la réalité actuelle avec celle de 1917 en Russie. Ils se trompent de siècle. Ils se trompent de révolution. Il ne faut pas confondre les époques.

— Habib Mosaheb: Nous ne disons certes pas que le MMM est le valet de l’URSS. Mais il y a trop d’ambiguïtés à résoudre. Par exemple, c’est nous qui avons amené le MMM à organiser une manifestation devant l’ambassade de l’URSS à Floréal, et non pas seulement devant celles des USA, de la Grande-Bretagne et de la France, lorsqu’il s’est agi de dénoncer la militarisation de l’océan Indien.

Week-End: Dans certains milieux de gauche, on estime que l’aile gauche du MMM est « la caisse de résonance » de la stratégie chinoise en ce qu’il s’agit de l’océan Indien et de l’Afrique. On souligne à ce sujet la « similitude » entre votre position et celle de Pékin. Qu’avez-vous à y répondre?

— Rajiv Servansingh: La Chine n’a ni force d’intervention ni force d’occupation ou d’invasion dans quelque pays étranger que ce soit. L’URSS en a (Europe de l’Est, Afrique, par Cubains interposés, etc.) L’URSS avait quasiment colonisé la Chine à une certaine époque, profitant d’une certaine situation. Il existe, pour la Chine, un véritable danger, un danger réel, concret, redoutable sur sa frontière avec l’URSS C’est à travers ce qu’elle considère sa contradiction principale, c’est-à-dire sa situation de conflit avec l’URSS qu’elle agit en diplomatie internationale. Nous arrivons à saisir les motivations de cette diplomatie chinoise en réalisant l’importance de cette contradiction avec l’URSS.

— Jack Bizlall: On nous accuse cependant à tort d’être maoïstes! Qu’est-ce que le maoïsme, sinon une manière d’être marxiste et qui est même dépassé aujourd’hui apparemment en Chine…. Il faut dire qu’en tant que tiers-mondistes, face à des situations qui n’ont rien à voir avec les problèmes sino-soviétiques, nous avons des positions différentes de celle de la Chine notamment, lors du conflit angolais, au Sri Lanka, au Chili, etc.

— Rajiv Servansingh: Mais qu’il nous soit permis de constater que la Chine n’envoie pas des navires de guerre dans l’océan Indien ou des troupes d’invasion à l’étranger.

— Rama Poonoosamy: Nous, en tant que tiers-mondistes, quand la Chine prend position contre certains mouvements de libération nationale, nous ne sommes pas du tout d’accord, bien que nous soyons en mesure de saisir ce qui motive ses prises de position.

— Jack Bizlall: Si le marxisme commence avec Marx, il ne s’arrête ni à Marx ni à Mao. Il n’est pas statique. Il est instrument d’analyse qui évolue. Qu’on ne nous accuse donc pas d’être maoïstes! Le monde et ses réalités changent. La perception des choses doit changer de conséquence.

Week-End: Il a été allégué que vous avez rendu public votre récent document de réflexion dans le cadre d’une campagne pour vous faire élire au prochain comité central. Est-ce vrai?

— Jack Bizlall: Venons-en d’abord au projet de réactualisation du programme gouvernemental du MMM. Le secrétaire général avoue n’y avoir pas vu une priorité en 1978! Quelle était donc la priorité alors? Pour nous, la question de réactualisation du programme gouvernemental est et reste prioritaire. Aucun autre travail ne peut avoir la priorité sur cela. Ainsi, nous avons continué notre travail de réflexion qui a naturellement débouché sur une publication qui en précède d’autres à venir d’ailleurs.

Ce n’est que la première partie de notre travail de réflexion que nous avons rendue publique en le remettant au journal Le Mauricien. Lorsqu’on dit que cette publication est en fonction des élections du comité central, le 11 février prochain, nous répondons donc: oui et non à la fois.

Non, parce que c’est en fait la continuation d’un travail que nous ne considérons pas secondaire, mais prioritaire. Oui, parce que, étant donné que nous sommes une tendance comme il y en a d’autres dans le MMM, et que nous sollicitons un mandat en tant que qu’une tendance précise au Comité central, il est parfaitement naturel que nous fassions connaître cette tendance aux militants. Ce n’est que juste que les militants soient informés.

— Habib Mosaheb: Une tendance n’en est pas une si ses idées-force ne sont pas clairement expliquées.

— Rajiv Servansingh: On nous accuse de nous intéresser uniquement aux élections du comité central. Nous répondons que nous voulons que les militants sachent quelles sont les tendances qui sollicitent un mandat au comité et quelle ligne elles veulent imprimer à cette instance qui est, en fait, l’instance suprême du MMM.

— Jack Bizlall: Nous nous comparons au CERES (Centre Études Recherches Éducation Socialiste) du Parti socialiste français, étant donné que ce qu’on appelle l’aile gauche du MMM n’a pas d’organisation structurée et reste purement et simplement une tendance, un groupe de réflexion.