Le fameux Alouda Pillay du bazar de Port-Louis a fait ses premiers pas dans la cour des grands. En effet, depuis l’année dernière, Sivananda Katherasa Pillay, âgé de 45 ans et issu de la quatrième génération de la famille Pillay, s’est lancé dans la fabrication d’alouda embouteillé et disponible dans diverses grandes surfaces à Maurice. Ayant ouvert une usine dans la zone industrielle à La Tour Koenig pour produire à grande échelle, il ne compte pas s’arrêter là, projetant même d’exporter ses produits vers plusieurs pays, dont l’Europe. Rencontre.

L’histoire d’Alouda Pillay remonte à l’arrière-grand-mère de Sivananda, qui a lancé ce petit commerce familial, aujourd’hui très renommé à Maurice. « Mon arrière-grand-mère avait déjà un emplacement au bazar de Port-Louis. Toutefois, elle ne vendait pas d’alouda. Il s’agissait plutôt d’un jus, préparé avec de l’eau, du sucre, un peu de couleur et du “toukmaria”. À cette époque, tout le monde ne pouvait se permettre d’acheter du lait. Et l’alouda était cher. Mon grand-père travaillait avec sa mère au bazar », relate Sivananda.
Après son décès, le grand-père de Sivananda a pris la relève et a continué à vendre du jus. Mais il voulait développer le commerce à sa manière. Par conséquent, outre le bazar, il vendait son jus rues Farquhar et Desforges. Il gérait aussi un restaurant à la municipalité de Port-Louis, qu’il avait baptisé « Huitième Armée ». Il explique : « Mon grand-père a été par la suite recruté dans l’armée mais son expérience n’a pas duré longtemps. Il souffrait de problèmes psychologiques, à tel point qu’il ne pouvait même plus gérer son commerce de jus. C’est alors que mes oncles et mon père sont entrés en jeu. Mais au final, la relève a été assurée par seulement deux des fils de mon grand-père, un oncle et mon père. Ce dernier a travaillé au bazar avec son père depuis qu’il a neuf ans. Avant qu’il n’aille à l’école et après les heures de classe, il venait au bazar pour donner un coup de main à son père. Donc, prendre la relève a été très facile. »

En fin des années 50, les Pillay avaient introduit leur fameux alouda. Selon Sivananda, son père a commencé à ajouter du lait à ses jus pour produire de l’alouda et des milk-shakes. Sivananda n’avait que 12 ans quand il a commencé à donner un coup de main à son père. Tout comme ce dernier, c’est avant et après l’école qu’il se rendait au bazar. Toutefois, son père l’encourageait à terminer ses études. « Il me disait toujours de me concentrer sur mes études et de prendre une décision plus tard au sujet de ma carrière, soit si je voulais prendre sa relève ou me lancer dans un autre métier. Alors que j’attendais mes résultats de School Certificate, mon père est atteint d’une crise cardiaque. Le médecin lui recommande entre trois et six mois de repos. Donc, je n’avais d’autres choix que de gérer ses commerces », nous dit notre interlocuteur.

Nouvelle aventure

Sivananda n’avait pas pour autant abandonné ses études. Il trouve un consensus avec la direction de son école pour qu’il s’absente pendant quelques mois. « La direction m’a autorisé à m’absenter et m’a demandé de récupérer des notes avec des amis. Toutefois, au bout de quelques mois, j’ai développé une passion pour le métier de mon père et j’ai décidé de ne plus retourner à l’école », souligne Sivananda. Jeune, ce dernier s’est joint au commerce avec une panoplie d’idées en tête. Voyant l’ambition de son fils, le gérant d’Alouda Pillay lui laisse le champ libre. « J’ai amélioré le produit et j’ai développé 13 façons de préparer l’alouda, sans qu’elle ne change de goût. C’est une des révolutions que j’ai apportées au commerce », dit-il.

Outre l’alouda, les Pillay vendaient aussi du jus 100% frais, aux différentes saveurs : coco et citron, coco et ananas, ainsi que de la mousse noire. « Autrefois, la mousse noire se vendait dans un bol. On devait la consommer sur place. C’est mon père qui est venu avec l’idée de les commercialiser dans des bouteilles ou verres en plastique. Puis autrefois, les commerçants n’utilisaient pas de bouteilles neuves. Toute personne qui venait acheter du jus, de l’alouda ou encore de la mousse noire, devait apporter leur bouteille. C’est mon père qui a introduit le service des bouteilles neuves. C’était aussi pour une question d’hygiène. Ainsi, il a développé le rêve d’embouteiller l’alouda. Mais faute d’expérience et surtout de moyens financiers, il n’a pu le faire. Quand j’ai pris la relève, j’ai voulu transformer son rêve en réalité », raconte-t-il. Il poursuit : « En 2016, j’ai rencontré quelqu’un avec qui j’ai partagé ce rêve. Ce dernier m’a alors parlé des facilités offertes par SME Mauritius. Je m’y suis rendu et j’ai présenté mon projet. Les officiers m’ont réclamé un “business report”. Suite à cela, j’ai bénéficié d’une aide financière pour lancer une usine. »

En 2017, notre entrepreneur loue un emplacement dans la zone industrielle de La Tour Koenig pour aménager son usine. Il fait venir toutes les machines nécessaires pour la production. En juillet 2018, il est enfin prêt à se lancer dans sa nouvelle aventure. « Il m’a fallu une dizaine d’années avant que je ne puisse trouver une formule pour l’embouteillage de l’alouda. Un alouda est périmé après trois à quatre jours. Donc, il fallait trouver la formule adéquate pour qu’il tienne plus longtemps. J’ai entamé des recherches sur Internet et j’ai pu trouver la formule. L’alouda disponible dans les bouteilles peut tenir entre deux et six mois. Pour le moment, il est disponible seulement en logement de 250 ml. Mais je projette de produire des bouteilles familiales, c’est-à-dire, un litre », affirme Sivananda.
Entre-temps, pour grossir ses chiffres d’affaires, il vend du jus en bouteille, du tamarin, du limon et de l’orange. L’alouda en bouteille, disponible en trois saveurs : vanille, amande et fraise, est en vente dans les grandes surfaces, notamment Super U et Intermart, ainsi que quelques boutiques. La bouteille de 250 ml est actuellement vendue à Rs 30. « Je veux conquérir le marché local avant de me lancer dans l’exportation. Je souhaite que mon produit soit disponible dans toutes les grandes surfaces et les boutiques. Quand j’aurai réussi, je me lancerai dans l’exportation, surtout dans les pays avoisinants pour commencer », précise-t-il.

En ce qui concerne son commerce au bazar, Sivananda explique qu’il le gère toujours. « Tous les matins, je me rends au bazar pour préparer mon alouda. Puis j’ai deux employés qui s’occupent de la vente pendant toute la journée. Ensuite, je viens à l’usine où je m’occupe personnellement de la préparation. Dans l’après-midi, je me consacre à la livraison », dit-il.