En cette fin du 19ème siècle l’économie mauricienne reposait essentiellement sur l’industrie sucrière. Les maisons, pour la plupart construites en bois et recouvertes de bardeaux ou de feuilles de tôle, étaient particulièrement vulnérables aux cyclones. Dans ce contexte, la population mauricienne appréhendait chaque année l’arrivée de l’été et les perturbations cycloniques qui l’accompagnent. Le moindre signe avant-coureur d’un mauvais temps, tel qu’un ciel rougeâtre au crépuscule, était source d’inquiétude. Certaines familles possédaient un baromètre et suivaient avec angoisse toute baisse qu’indiquait l’instrument.
L’île Maurice disposait en 1892 d’un observatoire de première classe, le Royal Alfred Observatory, situé à Pamplemousses. Cet observatoire, doté des meilleurs instruments météorologiques disponibles à cette époque, était dirigé par le Dr. Charles Meldrum. Ce dernier, membre de l’Académie des sciences d’Angleterre (la Royal Society), jouissait d’une renommée internationale grâce à ses travaux, notamment sur les cyclones, publiés dans les revues scientifiques.
L’observatoire connut dès ses débuts des déboires avec l’arrivée de la malaria dans l’île et qui sévissait, entre autres, dans la région de Pamplemousses. C’est ainsi que, contrairement au plan établi, le personnel ne restait pas la nuit à l’observatoire, sauf en cas de menace cyclonique.
Il faut souligner qu’en 1892 le directeur de l’observatoire ne disposait évidemment pas d’images satellitaires, ni même d’observations en temps réel des îles avoisinantes dans l’océan indien. Il ne pouvait compter que sur ses propres observations, notamment celles du baromètre et de la force et de la direction du vent, et sur son expérience pour prévoir l’arrivée d’un cyclone.
En février, les habitants furent quittes pour une bonne frayeur quand l’île fut menacée par un cyclone qui se dirigeât ensuite vers la Réunion, y causant des dégâts importants. Après l’équinoxe, l’été tirant à sa fin, le pays reprit son souffle et la coupe s’annonçait très belle.
Cependant, le 27 avril la mer grossissait sur la côte nord et l’observatoire annonçait un mauvais temps au nord de Maurice, sans s’inquiéter davantage. Le 28 l’observatoire confirmait la présence d’un cyclone au nord-ouest de Maurice mais estimait qu’il n’y avait pas de danger. De ce fait, le personnel ne jugeât pas nécessaire d’être de service le soir du 28.
Il n’y eut pas de détérioration du temps avant le 29 au matin, si bien que les fonctionnaires et les employés de bureau se rendirent par le train  « en ville » (à Port-Louis), comme d’habitude. Mais au courant de la matinée le temps se dégrada rapidement sur toute l’île. Le vent se mit à souffler en rafales et le baromètre baissait rapidement. Arrivé à l’observatoire, le Dr Meldrum, contrairement à ses assistants qui pensaient que le cyclone se rapprochait dangereusement de l’île, fut d’avis que le cyclone passerait au nord-ouest de Maurice et que le pays ne subirait qu’une forte bourrasque et serait épargné. Quand en fin de matinée, les rafales s’étant renforcées davantage et le baromètre baissant encore plus rapidement, et que le Dr Meldrum se rendit à l’évidence que le cyclone marchait droit sur l’île, il était trop tard pour alerter les autorités et la population car les fils télégraphiques étaient déjà brisés par la force du vent.
Dans toute l’île le temps continuait à se détériorer et le vent, accompagné de pluies diluviennes, atteignait la force de l’ouragan. A Port-Louis, tous ceux qui habitaient la « campagne » se rendirent à la gare dans l’espoir de pouvoir rentrer chez eux mais le directeur des chemins de fer eut la sagesse d’annuler le trafic ferroviaire. Les rafales de l’est-nord-est augmentèrent encore de violence jusqu’à 14 heures quand un calme subit succéda à la tempête. Le soleil semblait même vouloir faire son apparition. C’était le centre du cyclone qui traversait l’île du nord-ouest au sud-est. Toujours à Port-Louis la plupart des gens pensaient que le mauvais temps était terminé de sorte qu’ils se mirent à ouvrir portes et fenêtres et à circuler dans les rues. Certains se rendirent vers la rade pour admirer le spectacle inouï de la mer qui était montée à hauteur de la Place d’Armes.
Un peu après 15 heures le vent reprit subitement soufflant de l’ouest-sud-ouest avec une violence inouïe. Les rafales étaient d’une telle intensité que rien ne semblait pouvoir leur résister. C’est alors que la ville, comme le reste du pays, subit les dégâts les plus importants. Les maisons s’écroulèrent et des planches et feuilles de tôle volaient de toutes parts blessant à mort bon nombre de personnes. La partie de Port-Louis s’étendant de la Montagne des Signaux au Champ de Mars fut particulièrement touchée, comme en témoigna le juge Mure de la Cour Suprême qui assista à ce cataclysme de l’étage de la gare centrale où il s’était réfugié : « It was here from the upper veranda of the Railway Station, that I saw the formation of the destructive whirlwind that descended on the best parts of Port Louis »… « It seemed to me as if there was a zone, or belt, of the atmosphere to which this phenomenon, which I have just described, was confined, and that zone, or belt, continued for about half an hour to rush down the side of Signal Mountain, and went onwards to the Champs Delort and Champs de Mars in its destructive course ».
Ce n’est que vers 18 heures que le vent faiblit et les secours commencèrent à s’organiser. L’obscurité recouvrait déjà la ville de Port-Louis d’où s’élevaient les gémissements des blessés. Comble de malheur, des incendies éclatèrent de part et d’autre dans la ville. A 21 heures le temps s’était nettement amélioré et les étoiles apparaissaient dans le ciel. Le 30 avril un soleil radieux se levait sur un pays meurtri.
Le nombre de victimes et les dégâts furent considérables, particulièrement à Port-Louis, et furent sans précédent dans les annales du pays. On dénombra plus de 1,200 morts et 4,000 blessés à travers l’île. Un tiers de la ville de Port-Louis, dans la région susmentionnée, fut presqu’entièrement dévasté. Beaucoup d’édifices publics et privés furent détruits ou sérieusement endommagés. Le Couvent des Soeurs de Charité s’effondra et plusieurs religieuses et orphelines perdirent la vie. La partie centrale du Collège Royal s’écroula.
Les autres régions de l’île subirent également de gros dégâts. De nombreux bâtiments furent aplatis ou endommagés, ainsi que beaucoup de maisons, particulièrement celles les plus modestes. À Bassin, aux Plaines-Wilhems, l’usine s’effondra tuant 200 personnes dont le fils de l’administrateur.
La végétation avait énormément souffert, le Jardin des Pamplemousses offrait un spectacle de désolation, plusieurs navires s’étaient échoués dans la rade et la coupe fut réduite de moitié.
L’anémomètre que possédait l’observatoire comprenait quatre coupes sphériques. Ce type d’anémomètre ne mesurait pas la vitesse des rafales mais seulement la vitesse moyenne du vent. Celle-ci atteignit une moyenne de 142 km/heure sur une période de 5 minutes à 15 heures 47. Cette moyenne correspond à des rafales de l’ordre de 225 km/heure. L’anémomètre fut cependant gravement endommagé lors du cyclone, à tel point qu’une des coupes fut arrachée et une autre complètement aplatie, ce qui permet de  penser que les plus fortes rafales aient probablement dépassé ce seuil. L’obélisque Malartic au Champ de Mars fut brisé à mi-hauteur lors de la deuxième partie du cyclone ce qui, selon les calculs de l’ingénieur Régis de Chazal, aurait nécessité des rafales de l’ordre de 275 km/h.
La trajectoire du cyclone du 29 avril 1892 est reproduite sur le graphique ci-joint. Ce cyclone est sans égal dans les annales du pays de par la date tardive de son arrivée (l’île Maurice n’ayant jamais été affectée auparavant et depuis par un cyclone important après le 12 avril); il aborda l’île dans une direction inhabituelle (du nord-ouest au sud-est) et s’est abattu sur le pays à la vitesse considérable de 225 km/h, ce qui explique la soudaineté avec laquelle les conditions météorologiques se dégradèrent. La pression barométrique enregistrée lors du passage du centre est comparable à celle des cyclones Carol et Gervaise également de sinistre mémoire.