« Les trente ans bien sonnés » – maturité acquise et un passé que l’on revendique avec fierté. L’école de danse du centre Ming Tek, désormais trentenaire, évolue entre chorégraphies dépoussiérées et nouvelles propositions. Il s’agit pour Annie Wong Kam Lan, qui y est professeur de danse depuis 1989, de faire « vivre cette histoire » à pas feutrés entre tradition et modernité… L’école fêtera ses trente ans par un spectacle de danse demain et dimanche au MGI, Moka.
Musique ! Et « un, deux, trois, quatre… » — Annie Wong Kam Lan, professeur de danse au centre Ming Tek et chorégraphe, marque le temps. Le Mauricien s’incruste aux répétitions au moment où les petites « pousses de bambous » viennent caresser le plancher. Quarante danseuses répètent ce numéro. Le vert du bambou, des sonorités mêlant le calme du luth au nasillard subtil du chant féminin traditionnel, et ces danseuses telles des pousses au gré du vent. En un seul mot : reposant. Et voilà le spectateur transposé sur les rives du Yang-Tze au printemps… On s’imagine. On ne comprend pas la langue, mais par les pas et gestes, on saisit le message : l’harmonie, la grâce et la paix. Le ton est donné.
On est encore aux répétitions. Il y a peut-être encore des réglages et des petites choses à voir. Les filles ne sont pas des professionnelles, soit. Mais les mouvements sont coordonnés, le travail se fait sentir. Et les sourires… on sent des danseuses indéniablement « contentes d’être là ». La passion reste le maître mot.
Pour ce qui est de la danse, on fait dans le méticuleux, le soin du détail, l’attention. Exit la précipitation. Bien que le spectacle commémorant les trente ans de l’école de danse soit prévu ce week-end, l’état d’esprit ne tend guère vers la tension et le trac qui aurait miné le plus caractériel cousin Théâtre.
Annie Wong Kam Lan paraît zen. « Zis bann ti detay bizin regete », dit-elle. Tout est maîtrisé. À l’entendre parler de tout l’aspect logistique, conception artistique, on sent l’expérience, la science de l’organisation.
Car ce spectacle, c’est plus de 150 danseurs et danseuses, 19 numéros répartis en deux temps (une première partie retraçant les meilleurs numéros de l’école de danse et une deuxième destinée à l’histoire de Ming Tek), deux heures de show… Et des répétitions qui ont débuté en avril 2011. Pour chaque numéro, « c’est 30 heures de répétition », souligne Annie Wong, « et il nous faut encore confectionner les accessoires nous-mêmes ».
À quoi s’attendre, Miss Annie ? À un spectacle varié : « Pena zis dans traditionnel sinwa. Nou pe repran ban nimero kinn fer le succès de Ming Tek me osi bann nimero French Cancan », explique-t-elle. Mais de concéder toutefois que le travail de compilation n’était guère aisé : « Oui, nou finn pran bann extrait zistwar ki nounn deza ilistre en dans… Me li pe fasil fer enn melanz. Met 30 ans dan enn spektak, fer viv listwar Ming Tek, li demann bokou ».
Générations
Annie Wong Kam Lan débarque de Taïwan à Maurice en 1989. À l’époque, elle n’encadre que douze élèves. « Me lekol finn bien develope. Aster nou ena plis ki 150 élèves ». Combien d’élèves l’école aura-t-elle brassé ? « Ah. Sa pa kapav dir… Plis ki mil. Bokou, bokou. » Cyril Ah Kim, manager du centre, qui se dit « involved » avec celui-ci depuis 1995, en aura vu défiler des visages. Certains d’entre eux effectueront un retour lors du spectacle de ce week-end.
À juste titre, « cinq anciennes élèves participent aussi au spectacle », confie Annie Wong Kam Lan. Karen François, enseignante à St François-Xavier RCA, et Émilie Chok Moo Chia, étudiante en comptabilité, font partie de ce contingent de « filles de retour ».
De quoi offrir un cachet nostalgique au spectacle. « Pou ena bann maman ki pou danse ek zot bann tifi » s’enthousiasme Mme Wong. Karen François, mariée, la vingtaine, poursuit : « J’ai pris des cours de danse de la Standard I à la Standard VI… Et en voyant mes amies qui continuent à danser, cela m’a donné envie. Et je suis revenue ».
Ming Tek… ou comme « partir, c’est revenir un peu » (pour titiller le poète). Mais comme le dit Émilie Chok Moo Chia : « Quand on est ici, on est en famille, ce n’est pas que venir, danser et s’en aller ». Karen et Émilie s’accordent d’ailleurs à parler de cet alma mater comme d’un lieu où passion, amitié et joie fusionnent. Et magnifier rigueur et discipline en moment de bonheur. Ce que l’on pourrait retenir de cette école de danse : une âme, des membres et un seul corps qui fait de la danse un art de vivre.
Le spectacle a lieu au MGI ce samedi 14 avril à 20 h et dimanche 15 à 15 h.
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École de danse depuis 1982
L’école de danse ouvre en 1982, soit un an après l’inauguration du centre Ming Tek, qui est depuis ses débuts gérée par la Mission Catholique Chinoise. C’est au père Paul Wu et à son désir de promouvoir l’art et la culture chinoise auprès des populations locales que revient l’initiative de créer l’école.
Dès 1982, le père Paul Wu recrute la Taïwanaise Edwige Chang, premier professeur de danse de Ming Tek. La première représentation se fera la même année.
Trois autres professeurs devaient également se joindre au centre. Toutes originaires de Taïwan, elles sont Raphaëlle Ng Saw Ling (en 1986), Jenny Liu Hwei Lin (en 1987) et Annie Wong Kam Lan (en 1989). Cette dernière est toujours en fonction.
L’école de danse Ming Tek accueille filles et garçons dès l’âge de cinq ans. Par ailleurs, le centre participe régulièrement, en collaboration avec d’autres associations et autorités locales, aux différentes représentations culturelles à Maurice comme à l’étranger. En 1994, par exemple, un groupe de 32 élèves présente un spectacle à Singapour, à Hong-Kong et à Taïwan, souligne Cyril Ah Kim, manager du centre Ming Tek.
Parmi les « grandes représentations de l’école », comptons : Le Bouvier et la Tisserande (1991), Le fils prodigue (1997), Les regrets de Liang Shan Bo et Zhu Yin Tai (1998), Mu-Lan (2001), L’enfant Jésus (2006) et Le Père Laval – Bienheureux apôtre de l’île Maurice (2010). On en retrouvera des bribes pendant le spectacle des trente ans.