« L’exemple vient d’en haut. Il ne faut pas faire de démagogie. Ce n’est pas en trois jours que ces agresseurs sont devenus des prédateurs sexuels qui s’en sont pris à ces personnes âgées ! », lâche, d’emblée, le consultant en psychiatrie, Anil Banymandhub. Et, précise-t-il, aussitôt, « je ne tiens pas là un discours politique, mais social. Car quand, au sein d’une société, les choses commençent à aller mal, et cela, il faut que les politiques le sachent, cela se fait doucement, sans éclats de voix. Et c’est quand il règne ce sentiment de helplessness parmi l’ensemble des citoyens que débute l’anarchie ». Estimant que même si les crimes sexuels avec violences sur les personnes âgées sont « un phénomène relativement récent, pour Maurice », le psychiatre avance néanmoins que « ce sont là des signes clairs qui révèlent un dysfonctionnement social grave ». Indubitablement, s’il n’y a pas « de volonté politique sérieux et solide », note-il, « l’anarchie va rapidement en résulter ! »
« This is just a sniff of what is to come ! », avertit le Dr Banymandhub. « Il existe en ce moment à Maurice un sentiment très fort d’injustice sociale. Je prends par exemple le fait qu’une personne puisse s’enrichir, devenir multimillionnaire très rapidement. Quelques personnes penseront à sa bonne étoile… Mais la majorité des Mauriciens estiment, dans ce type de configuration, qu’ils n’ont, eux, même pas droit aux miettes ! Combien de Mauriciens moyens parviennent durement à épargner en une vie, disons… Rs 1 millions ? Pas beaucoup. Quand on voit quelques anonymes s’enrichir énormément du jour au lendemain et en apprenant les dessous, on se révolte, évidemment. Et il y a plusieurs façons d’extérioriser, d’exprimer ces frustrations. »
Le consultant en psychiatrie récuse les clichés et les stéréotypes : « Prenons les cas de ces trois personnes âgées qui ont été victimes de violences sexuelles et de maltraitances physiques, cette semaine. Leurs agresseurs ne sont pas devenus des prédateurs sexuels en trois jours ! » Bien entendu, reconnaît le psychiatre, « ce qui s’est passé est extrêmement horrible et tragique. Mais la vraie question est : est-ce qu’il ne s’agit pas là de symptômes qui cachent des maux beaucoup plus grands, plus graves ? Est-ce que ce type de comportements, associé à d’autres déviances, qui ont été évoquées ces derniers temps, couplés à divers autres faits de société, ne sont-ils pas pour quelque chose dans tout cela ? »
Pour Anil Banymandhub, « il est clair qu’il faut une volonté politique sérieuse sur toute cette question. Mais je me demande si ce gouvernement l’a ? » Revenant aux maltraitances et crimes sexuels perpétrés sur trois personnes âgées, cette semaine, le Dr Banymandhub souligne qu’il s’agit « clairement d’un profond malaise social. Qui donne à penser que le basic fabric, le tissu social élémentaire, est en train de se désintégrer. Il est donc très important, à la lumière de ces éléments, de savoir et de comprendre ce qui nous attend ». Pour notre interlocuteur, « la question de moralité, actuellement dans le pays, est très épineuse. C’est comme un oignon, lisse sur le dessus, mais dont l’intérieur a commencé à pourrir ! »
Dans toute société, poursuit M. Banymandhub, « quand ce sentiment de disproportion, que le fossé entre les “nouveaux riches” et “le reste” s’élargit, c’est là que commencent les problèmes. Et c’est ce qui se passe, actuellement, à Maurice ». Le consultant en psychiatrie maintient : « Quand je dis que l’exemple doit venir d’en haut, je ne prône pas qu’un discours politique, mais tout aussi social ! Nos chers leaders politiques, mais tout autant les chefs religieux et sociaux, ne doivent pas adopter une posture où ils estiment que tout passe ! Les gens se retrouvent dans une situation où ceux qui ont droit à la parole font passer ce qui est immoral pour moral. Ils soutiennent que c’est dans la normalité des choses. Mais ce n’est pas pour autant que c’est vrai, parce que “ces gens-là” le disent ! Alors, qu’advient-il des sans voix ? Ils se taisent. Et c’est là que c’est foutu. » Et d’ajouter : « La moralité ne concerne pas la vie privée des gens, mais des comportements et attitudes qui construisent et aident à renforcer le tissus social. »
Et le consultant en psychiatrie prévient : « Que va-t-on évoquer comme solution ? L’expertise étrangère ? Est-ce qu’à Maurice, nous n’avons pas les personnes compétentes et les ressources suffisantes ? Doit-on s’en remettre à chaque petite question aux experts étrangers ? À ce rythme, eh bien, faisons venir un expert étranger pour comprendre pourquoi le “poutou” ne se vend plus ! Mais c’est d’un ridicule, voyons ! »
Bien sûr, relève le Dr Banymandhub, « ce n’est pas parce qu’on n’a plus d’espoir ni de recours, en ce sens, qu’on se laisse aller, que l’on doit excuser les crimes sexuels et autres dérapages immoraux ! Mais ce sont là des signes révélatrices d’une maladie profonde ». Le professionnel en psychiatrie ayant pratiqué longuement en Angleterre constate qu’il est « triste que nous, Mauriciens, soyons tellement désabusés, que l’on soit devenus comme des résignés ». La perception, continue-t-il, « que tout est pourri empire quand les politiques, les avocats, les policiers entre autres, sont impliqués dans les scandales de diverses natures. C’est le commencement de la fin. »