— Tu ne sais pas toi, j’ai attrapé ce mauvais virus qui traîne là.

— Tu veux dire cette mari mauvaise grippe-là ?

— Cette affaire là même toi. Il est tellement fort qu’on ne peut pas l’appeler grippe. Il faut l’appeler carrément l’appeler méga virus, toi.

— Mais d’où il sort ce virus-là ?

— Ça, je ne peux pas te dire. Sûrement le changement de saison. Et puis, tu sais, avec tous ces gaz de serre, ces OGM, ces pesticides, ces cochonneries fabriquées en laboratoire que l’on met sur les fruits et légumes-là…

— Tu as été bien malade même alors ?

— Ayo, qu’est-ce que je vais te dire, toi ! Un coup tu as chaud, un coup tu as froid, tu transpires gros et ton corps est casse-cassé. J’avais l’impression d’avoir été battue avec une branche de goyave de chine comme on faisait mauvais autrefois, toi.

— Chez moi, il n’y avait pas de goyavier, c‘était le rotin bazar même quand on faisait mauvais.

— Et ce n’est pas tout : figure-toi que je toussais comme un docker, je te dis.

— Comment ils toussent les dockers ?

— Comme les gens qui ont une mari mauvaise grippe. Tu sais, ce toussé que tu entends de loin là.

— Tu as été voir le docteur ?

— Il aurait fallu que je puisse avoir rendez-vous ! Tu sais que quand tu vas voir un bon docteur, même quand tu as eu rendez-vous, il faut attendre avant qu’il te consulte. Je ne me voyais pas en train de tousser comme un docker dans une salle d’attente ! Sans compter tous les microbes qui traînent dans ces salles d’attente là.

— Mais qu’est-ce que tu as fait alors pour te soigner ?

— Je suis allée à la pharmacie pour leur demander un médicament contre ce virus-là. Tu sais quoi, il y avait une étagère remplie de produits contre cette grippe-là. Comme dans un rayon de supermarché je te dis.

— Qu’est-ce que tu as pris alors ?

— Plusieurs produits que la dame de la pharmacie m’a conseillé. Une pilule à prendre en premier, deux gélules dix minutes juste après, un comprimé matin, midi et soir, un sirop à prendre un quart d’heure plus tard, plus des bonbons à sucer tout le temps.

— Tout ça ?

— Oui toi. Et encore je n’ai pas pris les ampoules buvables de vitamine C mélangée à je ne sais quoi.

— Je suppose qu’avec cette tonne de médicaments- là, le virus a bourré en désordre !

— Tu vas croire toi-même ! La fièvre est un peu tom- bée, les douleurs on un peu diminué, puis ça a repris, toi. Sans compter que je sentais que j’avais du rhume dans ma gorge et mon nez, mais que je ne pouvais ni me moucher ni cracher. L’horreur, toi.

— Comme ça tu as souffert ?

— Ah oui, j’ai souffert. Comme disait ma grand-mère : j’ai vu ma marraine en chemise.

— Ma grand-mère disait ça elle aussi. Mais comment tu as fait pour guérir ?

— Je n’en pouvais plus, je te dis. J’ai envoyé mon bonhomme à la pharmacie. Il est revenu avec d’autres médicaments soi-disait plus forts que les premiers. C’est alors que ma vieille bonne m’a dit qu’on allait faire comme avant.

— Avant quoi ?

— Mais avant, quand les gens n’avaient pas d’argent pour aller à la pharmacie et que même les pharma- cies n’avaient pas beaucoup de médicaments. On se soignait avec des herbes, des racines, des graines et des feuilles pour faire des tisanes pour boire ou pour te frotter avec.

— Ce sont des superstitions de nos grand-mères, toi.

— Écoute, j’étais dans une telle baise, j’étais tellement malade que j’aurais avalé n’importe quoi. Superstitions ou pas. Tu sais, quand tu es en train de te noyer, tu attrapes la main qui vient te secourir avant de regarder à qui elle est ! La seule chose que j’ai refusée, c’est qu’on me frotte le corps avec du safran vert. Ça j’ai refusé catégoriquement.

— Pourquoi ?

— Tu sais comme je suis délicate avec les odeurs… surtout avec les odeurs fortes ! J’ai eu peur de sentir le massala pendant des jours et des jours, mais j’ai bu toute la tisane qu’elle a préparée.

— Qu’est-ce qu’il y avait comme ça dans cette tisane-là ?

— Beaucoup de choses, toi. Du thym, du gingembre, de la citronnelle, du yapana, des feuilles de baume du Pérou, des graines, des racines que l’on vend au bazar de Port-Louis. On a fait bouillir ça pendant des heures pour obtenir comme une potion.

— On a mélangé toutes ces affaires-là ensemble ? Ça devait avoir un mauvais goût terrible.

— Pas plus pire que le goût de certains médicaments. Mais en tout cas, je peux te dire une affaire : je me sens beaucoup mieux.

— Qu’est-ce que tu veux dire, que la tisane de ta vieille bonne est meilleure que les médicaments modernes ? — Tout ce que je peux te dire, c’est que depuis que j’ai commencé à prendre cette tisane, le méga virus a

bourré en désordre !