Les étudiants du MGI sont prêts à recevoir les visiteurs qui aimeraient être accompagnés dans le dédale des salles du département des beaux-arts, pour entendre quelques commentaires sur les tableaux exposés dans le cadre du 32e salon de mai. Certains artistes préfèrent le silence des formes et couleurs, d’autres ne conçoivent pas leur travail sans une intention exprimée par des mots, certains mêlent les mots et les images, ou confient cette responsabilité à un ami. Le thème « 45 years of creative encounters » amène régulièrement le quadricolore dans les oeuvres présentées, mais nombre d’entre elles n’y sont pas associées.
Rishi Seeruttun, en esthète iconoclaste, estime que la beauté se suffit en elle-même – pour argumenter la photographie tout en douceur et en courbes qu’il présente. Mala Chummun poursuit son travail du verre en écrivant tout en confiance « Let the artwork speak for itself ». Cette position rappelle que l’oeuvre d’art relève autant de la sensibilité que de la raison, que le sens et les sens ne relèvent pas des mêmes logiques, qu’une oeuvre peut être un objet en soi, libre de toute opinion. Mais ce postulat peut paraître arbitraire aux créateurs qui associent le verbe à l’esthétique, ceux que les mots accompagnent dans le processus de création… Les mots générés par l’oeuvre offrent aussi parfois une clé pour sa compréhension comme dans les arts visuels chinois où l’oeuvre est une écriture en soi, où l’image se réfère à des mots, et des idéogrammes propres à générer une interprétation symbolique qui transcende l’objet.
L’image ne suffit pas toujours et l’être humain, cet animal social, parfois volubile, accompagne souvent ses actions de sons, de mots, si ce n’est parfois de pensées. Hans Ramduth fait partie de ceux qui associent l’image, les mots et quelquefois la technologie, faisant cette fois appel au petit singe « ki pas truv seki pa bizin, pa koz komeraz, pas tann palab » (etc) pour montrer que les temps changent que les « zako zordi zour » sont différents des « zako lepok lontan »…
Le quadricolore revient comme un refrain dans de nombreux travaux suivant l’indication du motto lancé aux participants « 45 years of creative encounters ». Le spécialiste du recyclage et de l’installation, Vick Shipdoyal, a pour sa part vu rouge exclusivement, revendiquant cette couleur tant pour habiller quelque appareil électronique que pour l’animer d’un poème de quatre sous tou rouz.
Pour ne pas contraindre les réfractaires à ce thème, les participants pouvaient aussi ne pas en tenir compte, et ils sont nombreux dans ce cas… Beaucoup d’oeuvres s’inscrivent dans leurs habitudes picturales, leurs créations du moment, et l’on peut s’assurer de retrouver la sympathique petite routine qui permet de voir chaque année une nouvelle création de plus de 60 artistes. Chacun reste dans sa ligne et son style, qu’il ait établi ou non un lien avec le thème pas tout à fait imposé.
Celui de la femme objet rencontre ce dernier chez Sultana Haukim et Neermala Luckeenarain, d’une autre manière, tandis que beaucoup de créations témoignent d’une quête de paix intérieure. L’axe politique est bien sûr évoqué sous différents angles du culte de personnalités médiatiques à l’inventaire méticuleux d’Aslam Mohangoo. Certains parlent des chauve-souris pilleuses (Diya Lenette), d’autre de 45 ans d’aveuglement créatif (Arvin Ombika) ou d’une dépendance à quelque chose qui reste à définir (Sabrina Vencatachellum).
Peu d’art vidéo dans cette 32e édition, si ce n’est l’installation consacrée au dictionnaire créole que Nirmal Hurry a choisi pour situer l’évolution de la création à Maurice… Soixante-et-un exposants, un peu moins que l’an dernier, et toujours ce sentiment de foisonnements individuels, accueillis par une institution qui n’affiche pas véritablement des intentions, peut-être par souci de ne rien imposer, si ce n’est sa mission d’enseignement des techniques artistiques et cette recherche d’une continuité dans la société.
Avant de libérer l’accès aux invités, au moment des discours de bienvenue du directeur du MGI, du chef du département Beaux-Arts et du ministre de la Culture, un groupe d’étudiants a chanté l’hymne national a capella, accompagnant les pas de danse d’une jeune femme au corps peint en rouge, bleu, jaune, vert.