L’hydroxychloroquine, un antipaludéen qui pourrait être un «don du ciel» dans la lutte contre le coronavirus selon Donald Trump, et dont l’utilisation fait débat dans de nombreux pays, n’est pas plus efficace que les traitements déjà existants pour lutter contre les symptômes du Covid-19, selon une étude chinoise. L’étude, publiée par le journal de l’université du Zhejiang le 6 mars, s’est intéressée au cas de 30 patients atteints du Covid-19, dont la moitié avait pris de l’hydroxychloroquine.

Après sept jours, 13 des 15 patients qui suivaient ce traitement ont été testés négatifs, ce qui veut dire que le Covid-19 avait disparu de leur organisme. Pour le groupe qui ne l’avait pas reçu, ce chiffre était de 14. Le temps médian pris par les deux groupes pour guérir était significativement similaire.Mais l’échantillon utilisé est trop minime pour être considéré comme significatif.

Une étude française récente, portant sur le même nombre de patients, a montré que l’hydroxychloroquine, un dérivé de la chloroquine (leurs molécules sont proches), était particulièrement efficace pour lutter contre le Covid-19, notamment lorsqu’elle était prise avec de l’azithromycine, un antibiotique.La chloroquine est un antipaludéen peu onéreux utilisé depuis plusieurs décennies et commercialisé notamment sous le nom de Nivaquine.

Elle divise les scientifiques

L’Organisation mondiale de la santé appelle à la prudence concernant la raison du faible nombre de patients qui ont eu recours à ce traitement. Donald Trump a annoncé la semaine dernière que son gouvernement travaillait avec des compagnies chloroquine, en pharmaceutiques pour faciliter l’accès à ce médicament.Il a ajouté lundi que ce traitement pourrait être «un don du ciel» capable de «changer la donne». Les scientifiques réclament plus de patience, en attendant qu’un échantillon plus large et plus représentatif de patients ait pu être testé, sur des durées plus longues.

Alors que la pandémie de Covid-19 continue de se répandre dans le monde entier, politiques et scientifiques se déchirent depuis quelques jours sur une épineuse question: faut-il tout miser sur la chloroquine, un traitement antipaludique qui semblerait efficace contre le nouveau coronavirus.

La communauté scientifique et médicale semble divisée en deux camps. Le premier, avec le professeur Didier Raoult et Donald Trump en figures de proue iconoclastes, estime qu’il ne faut plus attendre et commencer à traiter massivement les malades du Covid-19 à la chloroquine.

Le second, qui vient de recevoir le soutien du gouvernement français et de l’OMS, estime qu’il ne faut pas donner de, faux espoirs, et que des études plus complètes sont nécessaires pour s’assurer de l’efficacité de ce médicament face au nouveau coronavirus. Bref, qu’il faut suivre les règles classiques de vérifications scientifiques qui encadrent la commercialisation des traitements en temps normal. Cela devrait prendre à minima plusieurs semaines. L’un des arguments du débat, c’est que le risque à prendre semblerait minime à première vue, alors que deux petites études ont montré des signes d’efficacité face au coronavirus.

Si de nombreux médecins estiment qu,il faut agir vite, c,est aussi parce que l’hydroxychloroquine et ses effets secondaires sont bien connus puisque la chloroquine est utilisée depuis longtemps. Mais ils mettent également en garde le risque de faire croire à la population que l,on a réglé le problème du coronavirus. Car il n,est pas impossible que l,utilisation de la chloroquine soit finalement décevante.

D’ailleurs, une étude rendue publique le 24 mars (mais pas encore publiée dans une revue scientifique) réalisée en Chine sur une trentaine de personnes n’a semble-t-il pas trouvé d’efficacité au traitement à base d’hydroxychloroquine. Cela ne veut évidemment pas dire que ce composé ne fonctionne pas avec certitude. Simplement que les choses sont loin d’être claires, car cette étude, comme celle du professeur Raoult, est préliminaire.

Médicament longtemps utilisé

Et si la chloroquine est connue, cela ne veut pas dire qu’il n’y a aucun risque. D’ailleurs, la Chine, qui a utilisé un dérivé, la phosphate de chloroquine, dès février, a pris des mesures 10 jours plus tard pour limiter son utilisation aux personnes de 18 à 65 ans.

C’est en ce sens qu’il faut lire la décision en France du Haut Conseil de santé publique qui,recommande de ne pas utiliser ce traitement en l’absence de recommandation, à l’exception de formes graves. Mais c’est également ce que regrettent certains médecins, car de nombreux traitements ont besoin d’être pris tôt dans l’évolution de la maladie pour être efficaces. On est là face à un débat éthique. Imaginons que l’on finisse par se rendre compte qu’elle a un effet inverse. Qui sera responsable ?

D’autres produits à l’étude

Un débat loin d’être simple dans lequel les deux camps ont des arguments très rationnels. Mais ce qui est sûr, c’est que pour préparer l’avenir, il faut se concentrer non pas sur une, mais plusieurs pistes, estime les spécialistes. Aujourd’hui, il y a au moins une dizaine de composés connus à l’étude.

En effet, l’agence danoise de médecine tient une liste de tous les essais cliniques en cours dans le monde. Une liste de 28 pages. Si la chloroquine est très présente, des dizaines d’autres traitements potentiels (antiviraux, thérapie par cellules souches, anti-inflammatoires, etc.) sont actuellement testés partout dans le monde.

Il faut rappeler que pour le VIH, c’est un traitement destiné à l’origine au cancer, mais peu efficace contre cette pathologie, qui a montré dans un premier temps des signes d’efficacité, eux aussi insuffisants. C’est uniquement en combinant ce traitement à d’autres composés que la trithérapie a réussi à combattre efficacement le virus du Sida.