Après A nou vivre en 2008 et quelques apparitions sur des compilations et des scènes locales, les Ras Mayul revient pour marquer ses 35 ans de carrière. Ce seggaeman des premières heures a mis les bouchées doubles pour entamer son grand retour avec Flash Mizikal. Un opus de huit titres où se mêlent séga, reggae, seggae et balade.
Le vieux sage incontournable du milieu roots, la soixantaine, est loin de prendre sa retraite. Avec Flash Mizikal, il vient montrer qu’il “est toujours dans la place”.

Les 10 Commandements en 1996 avait été l’album marquant le début de carrière de Ras Mayul (de son vrai nom Jacques Emmanuel Bill). “En vérité, je fais de la musique depuis plus longtemps. Avec Zorti et Medgée Mandarin, nous avons sorti Kawal National en 1982. À l’époque, je chantais des chansons engagées, dans la même veine que le Grup Latanier, Soley Ruz, Micheline Virahsawmy, Bam Cuttayen, Menwar et d’autres”. Nous retrouvons également sa trace sur la compilation Seggae 93.

Après Les 10 Commandements avec son groupe Alpha & Omega en 1996, il sort Exile en 2004, réalisé avec Clifford Carosin. A Nou Vivre en 2008 sera moins bien accueilli que les albums précédents. Ras Mayul a également prêté sa voix sur plusieurs compilations, notamment Vizion Artifisiel, où il signe trois titres phares : Parein Pesser, Manzé et Vizion Artifisiel.

Après avoir tourné sur la scène locale avec ses titres à succès, l’interprète de Kantik annonce pour 2014 la sortie d’un nouvel album, mais le projet ne connaît pas de suite, faute de moyens. “J’ai continué à persévérer. Cela n’a pas été facile de sortir Flash Mizikal. Mais grâce au soutien de plusieurs collaborateurs, mon projet aboutit finalement cette année”, confie cet ancien percussionniste du groupe Natty Rebels. Il affirme que ses fans l’attendent “avec impatience depuis très longtemps. J’espère qu’ils ressentiront une bonne vibration avec cette musique”. Un album où il prône “des messages d’amour, d’harmonie et de justice visant à réveiller les consciences pour les peuples de Maurice, de Rodrigues et de l’océan Indien”.

Vibration positive.

Ras Mayul s’inspire de son expérience de vie, des maux qui l’entourent et élargit un peu plus son univers musical à chaque album. Dans Flash Mizikal, “vous me retrouverez même sur une balade”. En effet, Sa Mo La Vie retrace sa vie et ses expériences et raconte comment il a dû faire face aux difficultés. Car la vie de Ras Mayul n’a pas été un long fleuve tranquille, avec “ses hauts et ses bas”. En proie aux fléaux, l’habitant de Cité Richelieu a connu la case prison.

Expérience qu’il relate dans son seggae Douler Nwar. “Enn tit ki deroul lor bann prizonie. Se enn douler nwar, surtou dan lespri.” Zenfan tou kouler ou encore SOS zenfan lari issus des précédents albums traitent des enfants de rues, des enfants qui souffrent et perdent la vie. Dans la même veine, le reggae Lyly Enn Viktime figurant sur ce présent album parle des abominations commises envers ces êtres innocents. D’un petit être victime de viol et tué dans d’atroces circonstances.

“Bizin les zanfan viv, grandi et trouv soley”, souligne Ras Mayul.
Grand ami des Rodriguais, il leur fait un cadeau à travers le reggae Pep Rodriguer. “Zot destin trouv dan zot lame, bizin persevere”. Flash Mizikal fait aussi un clin d’œil aux Fam Lor Sentye. L’album verse aussi dans la nostalgie dans le seggae roots Da Mo Rev, où Ras Mayul chante la vie d’antan “où tous vivaient en harmonie, sans distinction de religion et de culture”.

Seggae soley retrace l’histoire du seggae. “Cette musique apporte une vibration positive et le soleil dans notre vie. C’est l’oreille et les yeux du peuple.” Selon Jacques Emmanuel Bill, ce genre musical créé par Kaya séduit de plus en plus de jeunes, qui reprennent le flambeau pour l’apporter plus loin. “Nous continuons de préserver cette musique, de la chanter et de la jouer. Dans l’avenir, cette vibration mauricienne ne peut que continuer à monter et traverser l’océan Indien vers d’autres frontières”, conclut cet ambassadeur incontournable du seggae.