Un groupe de croyants catholiques a contacté cette semaine Le Mauricien pour exprimer son indignation concernant ce qu’il estime être, en cette période de carême chrétien, un manque de respect pour l’adoration du Saint Sacrement dans les églises. Il dénonce « le hijacking » par des marchands saisonniers du temps de prière communément appelé les Quarante Heures (XL-Heures).
G.S, un habitant des hautes Plaines-Wilhems, se faisant le porte-parole de ce groupe de personnes, dit constater que « depuis ces deux ou trois dernières années, les XL-Heures sont devenues pour certains un moyen facile de faire du business ». Lundi dernier, relate-t-il, il se rend accompagné de proches à l’église de Notre-Dame-de-la-Délivrance à Montagne-Longue pour l’adoration du Saint Sacrement.
« Il y avait foule, des voitures et des autobus partout en ce jour férié de la Fête de l’indépendance et un certain nombre de policiers affectés à fluidifier le trafic. Nous prenons notre mal en patience et après un bon quart d’heure à poireauter sous le soleil, enfermés dans la voiture, nous finissons par arriver à la croisée de Calebasses Branch Road », raconte G.S. La police ayant fermé à la circulation sur cette route menant à l’église, notre interlocuteur est redirigé vers une ruelle quelques mètres plus loin en direction d’un parking aménagé sur un terrain vague. « Je pensais naïvement que le chemin de l’église était fermé pour permettre une meilleure circulation des fidèles qui s’y rendent à pied. Et bien non ! Grande a été ma stupéfaction, une fois arrivé sur place, de constater que le lieu était envahi de marchands ambulants et d’étals de fortune ! »
S’il dit trouver normal la vente de bougies dans les environs immédiats de l’église, G.S affirme cependant que la plupart des marchands proposaient « des articles de tout acabit ». Il cite pêle-mêle légumes et fruits, nourritures diverses, plantes vertes dans des bacs, objets en plastique, outils, vêtements dont « certains accrochés à des portemanteaux et rangés sur un présentoir à roulettes comme dans un magasin », sans compter « deux demi-mannequins féminins pas encore habillés et exposant leur anatomie ».
Et enfin, soutient G.S, « pour couronner le tout, dans un coin presque face à l’entrée de l’église, un monticule de vieilles chaussures de fin de série entassées dans le désordre et dans lequel l’on farfouillait allégrement ». Il ajoute que ses proches et lui sont repartis choqués de tant de « manque de respect envers l’adoration du Saint Sacrement, qui est le symbole central du carême chrétien ».
Notre interlocuteur affirme que même parmi les marchands certains déplorent vivement que ce temps de prière ait été « hijacked » par d’autres, dont des professionnels. Selon lui, ils en profiteraient pour aller de paroisse en paroisse en vue d’écouler leurs marchandises en consultant le calendrier de l’exposition du Saint Sacrement publié dans la presse. « Il est clair que certains sont bien organisés. » G.S en veut pour preuve le fait que nombre des marchandises exposées ne peuvent être transportées à pied. « Certains marchands, surtout ceux qui vendent des légumes et gâteaux, sont de la localité. Mais les autres viennent de plus loin et étaient visiblement dans des véhicules. Sinon comment expliquer la montagne de chaussures, les mannequins et les présentoirs à roulettes ou encore les plantes dans de gros pots remplis de terre ? »
G.S. en appelle « au discernement de la police lorsqu’il s’agit de permettre à des marchands d’opérer ». « Tout lieu de culte mérite respect, silence et recueillement, surtout en période de jeûne. Mais à voir les marchands autour des églises ces temps-ci, les XL-Heures se transforment en kermesses ». Et de suggérer que le Commissaire de Police émette un ordre à tous les postes du pays afin de restreindre de telles activités à un périmètre de 200 à 300 mètres autour des lieux de culte.