Dans le cadre du 46e anniversaire de l’Indépendance, Sunlights est allé à la rencontre de quelques jeunes qui s’expriment sur la question.
Priya et Hema (Faculté d’agriculture à l’Université de Maurice)
L’indépendance pour nous c’est le jour où le pays a obtenu sa liberté et une démocratie qui permettent à chacun de nous d’exprimer son opinion, ses pensées. Sur le plan politique, nous avons notre propre gouvernement qui prend les décisions pour le pays et participe aux débats.
Il est certain que sans l’indépendance, le pays n’aurait pas été comme il est aujourd’hui ; nous serions sous le règne d’un autre pays et n’aurions pas notre autonomie et notre liberté de décision, surtout par rapport aux guerres, par exemple, où nous aurions été obligés d’y participer selon la décision du pays duquel on dépendait. Il n’y aurait eu aucun contrôle sur les invasions du pays, entre autres. On pense que notre indépendance contribue à maintenir un certain équilibre dans le pays.
Le mauricianisme pour nous, c’est le fait que toutes les communautés se rassemblent en un seul peuple, s’entraident et restent unies. À l’UoM, cet esprit d’”enn sel lepep enn sel nation”est présent. Nous le voyons surtout lors des célébrations des fêtes culturelles comme dernièrement le Mahashivratree, où plusieurs personnes sont venues aider, peu importe de quelle religion elles sont ou de quelle communauté elles appartiennent. Lorsqu’il y a des collectes de fonds ou des dons pour des cas sociaux, tout le monde participent.
Angie Callychurn (Etudiante en relations publiques au Charles Telfair Institute)
L’indépendance, pour moi, est synonyme de liberté. Si l’île n’avait pas eu son indépendance, nous n’aurions pas eu accès à tant de liberté et ne serions pas ce que nous sommes aujourd’hui. Mais en tant que colonie anglaise nous aurions pu avoir accès aux grandes universités britanniques et aurions utilisés la livre sterling qui a beaucoup plus de valeur que la roupie sur le marché mondial. Mais je garde l’espoir que nous avons beaucoup d’avenir en tant que pays indépendant. Il est vrai nous avons encore du chemin à faire mais il faut reconnaître que Maurice a bien avancé sur le plan économique grâce à la détermination de nombreux Mauriciens.
Le Mauricianisme a une grande valeur pour moi. Cela signifie aimer son pays et sa culture. Malheureusement, beaucoup d’entre nous n’ont pas conscience de la chance que nous avons de vivre dans un pays multiculturel qui est économiquement et socialement stable. Nous avons beaucoup de chance d’être Mauriciens. C’est à nous, les jeunes, de promouvoir le mauricianisme et d’améliorer notre vie quotidienne. Quand on voit des Mauriciens dans d’autres pays du monde lever leur drapeau quadricolore, c’est du Mauricianisme: la fierté d’appartenir à une si grande et belle culture. Cela se constate aussi quand un malheur frappe le pays, nous sommes tous solidaires. Être Mauricien est une fierté!
 
Youvan Heerooa (Faculté d’ingénierie, UoM)
L’indépendance du pays est avant tout l’obtention de notre démocratie. Nous avons aujourd’hui nos propres lois et nous pouvons prendre les décisions qui nous concernent sans dépendre d’un autre pays. L’indépendance nous a permis aussi d’affirmer notre identité mauricienne et d’imposer notre propre culture.
La politique a une grande influence sur les jeunes et grâce à l’indépendance on peut s’exprimer librement par rapport à ce sujet sans contraintes et aussi d’émettre nos critiques, de commenter sur les choses qui ne vont pas bien dans le pays.
Avant l’indépendance, Maurice dépendait du gouvernement anglais, de sorte que sur le plan politique, d’une certaine manière, il y avait moins de pression. Or, maintenant, nous devons être sûrs de ce que l’on fait, des décisions qu’on prend parce que la réputation du pays aussi est en jeu.
Je ne pense pas que l’idée du mauricianisme soit très présente à Maurice. Je crois surtout que c’est le communalisme qui ressort le plus. Les jeunes, par exemple, sont très grégaires : un groupe d’amis est souvent composé de ceux qui font partie d’une même communauté. On peut parfois même parler de “clans” qui se forment.
Je pense que pour que les jeunes prennent conscience de ce qu’on peut gagner en travaillant ensemble et les influencer en ce sens, il devait y avoir des groupes comme Aisec où on forme les jeunes à travailler main dans la main.
 
Ansha Bhanda, Anjalee Goinda, Nashiha Bhagalee et Harsha Ramgutty (Faculté des sciences sociales et humaines, UoM)
Pour nous, indépendance rime avec liberté: sur le plan politique, nous ne dépendons d’aucun autre pays. Si nou pa ti gagn lindepandans ti pou ena enn baryer ek bann jeunes pa ti pou kapav exprim zot. Si pei-la ti pou blan, zis blan ki ti pou gagn priorite. Par examp pou ledikasion, nou pa ti pou trouv ninport ki al dan enn lekol blan. Ti pou ena enn dictatorship.
À Maurice, le mauricianisme existe en apparence. Il existe des situations où nous retrouvons vraiment l’esprit de “enn sel lepep enn sel nation”. Dans le domaine sportif on le voit: les Mauriciens sont solidaires, de même que lorsqu’un Mauricien part à l’étranger, on ressent la fierté d’avoir cette identité mauricienne. Mais nous voyons d’autre part que la division prime. Une division toutefois cachée. A titre d’exemple, sur les réseaux sociaux, les critiques pleuvent constamment à l’égard d’une religion ou d’une communauté, de manière ouverte ou indirecte. Du côté des hommes politiques, lorsqu’il y a un événement national comme pour le 12 mars, on peut les voir ensemble, mais lors des meetings ou des élections, ils ne font que se lancer des piques.
Sur le campus de l’université, nous nous mélangeons assez facilement. On peut le constater : dans notre groupe d’amies, il y a des filles de différentes communautés. Une des choses qu’il faudrait faire pour promouvoir le mauricianisme, c’est de renforcer la loi contre le communalisme, en l’occurrence des propos tenus sur les réseaux sociaux. Nous sommes d’avis que tout doit commencer depuis le plus jeune âge, les enseignants doivent inculquer les valeurs sociales et morales aux enfants afin d’apporter un changement de mentalité. Les parents et ceux qui sont les guides des enfants ont aussi un rôle à jouer.
 
Shaun Payen (Etudiant en droit à l’Université East Anglia, Angleterre)
L’Indépendance est pour moi signe de liberté, couper le cordon en d’autres mots. L’image de l’oiseau qui vole de ses propres ailes est la première chose qui me vient à l’esprit. Avoir sa propre identité et ne dépendre que sur soi pour réaliser, développer et accomplir tant de choses qui rendent ‘mo ti zil’ une république quasi parfaite et un paradis aux yeux du monde entier. Aujourd’hui, je suis fier de ce patrimoine que nous ont laissé nos aïeuls ; riche en cultures et en traditions qu’il nous faut impérativement partager au monde entier.  
S’il fallait donner une définition au “Mauricianisme”, elle serait pour moi l’appartenance patriotique à la culture mauricienne. L’une des citations les plus connues de John F. Kennedy “Ask not what your country can do for you, ask what you can do for your country.” Et aujourd’hui je me pose des questions sur le nombre de personnes qui sont prêtes à passer à l’action et faire quelque chose pour le développement de ce pays. Il ne faudrait pas vivre uniquement avec un esprit de consommation mais agir pour le pays, agir pour promouvoir notre richesse culturelle, que nous soyons à Maurice ou ailleurs. Dans diverses universités en Europe des Mauritian societiespermettent de regrouper les Mauriciens pour partager notre culture au reste du monde. L’indépendance est un jour symbolique pour faire valoir cette quête vers la reconnaissance et le partage de notre patrimoine à un niveau international.
Ici (ndlr à l’UEA), le 12 mars est attendu avec impatience. Les étudiants mauriciens ont prévu plusieurs activités. Nous présenterons notre patrimoine culinaire à travers un buffet ouvert et nous inviterons les autres étudiants à venir déguster nos spécialités locales. Nous exposerons également la beauté de notre île à travers une vidéo qui sera mise sur la toile et enfin nous ferons découvrir le séga en portant des vêtements traditionnels.
Jennifer Henrisson (Etudiante en comptabilité à l’Université de Montpellier)
L’indépendance d’un pays, c’est avant tout l’acquisition de son autonomie, essentiellement dans le domaine politique. C’est aussi le fait de ne pas être soumise à une autre puissance. L’île Maurice est un des pays les plus développés d’Afrique, mais en restant rattaché à l’Angleterre son économie aurait peut-être été plus saine : plus de chance pour les jeunes d’obtenir des bourses pour étudier à l’étranger.
Le mauricianisme signifie une appartenance patriotique ainsi qu’un attachement sentimental à Maurice. Certains trouvent hypocrite que de nombreuses personnes qui clament leur amour pour Maurice, choisissent de s’envoler pour l’étranger, mais ce n’est pas forcément vrai. Au fond, nous restons très rattachés à notre île. Ce pays où nous avons grandi. Le mauricianisme se reflète à travers notre culture atypique qui regroupe diverses religions. Si le mauricianisme n’existait pas il aurait été impossible que chinois, indien, créole, musulman vivent en communauté. On retrouve le mauricianisme chez les Mauriciens à l’étranger qui se regroupent autour d’un repas bien de chez nous. Mais il faudrait moins parler de religion et se dire Mauricien, avoir une plus grande ouverture d’esprit et d’arrêter de juger ceux qui ne vivent pas de la même façon que nous. Après tout, obtenir l’indépendance c’est vivre en liberté comme bon nous semble.