Deux circonscriptions dont l’importance stratégique est indiscutable retiendront l’attention dans la région nord du pays. Il s’agit du N° 5 (Pamplemousses/Triolet) et du N° 7 (Piton/Rivière-du-Rempart), les fiefs des leaders des deux principaux blocs, respectivement Navin Ramgoolam et sir Anerood Jugnauth.
Dans la circonscription N° 7 (Piton/Rivière-du-Rempart), ça a été un dur combat entre les principaux adversaires que sont l’Alliance PTr/MMM qui présente trois jeunes dont deux néophytes, Mahend Gungapersad et Raj Pentiah, et l’Alliance Lepep qui présente, elle, deux candidats expérimentés, en l’occurrence sir Anerood Jugnauth et Vishnu Lutchmeenaraidoo, et un jeune néophyte, Ravi Rutnah. C’est l’expérience qui fait face à la jeunesse dans une campagne menée par deux personnages expérimentés, Prakash Maunthrooa et Mahen Utchanah. Le jeune mais expérimenté Ravi Yerrigadoo a été également très présent dans cette campagne électorale pour soutenir son mentor, sir Anerood Jugnauth.
L’on a vécu une campagne courte, mais très intense au N° 7 avec des porte-à-porte, des congrès nocturnes et des meetings publics tous les jours. Durant les week-ends, les candidats ont visité les différents marchés de la circonscription où ils ont essayé de convaincre les visiteurs. Ils ont aussi assisté à de nombreuses funérailles et pris part aux activités religieuses de toutes les confessions où entre un plat de briani ou de ti-puri, ils ont tous entendu, à maintes reprises, « pa trakase, nou pa pou bliye zot ». Des propos qu’ils n’arrivent pas à comprendre ou à déchiffrer. « Est-ce en notre faveur ou pas ? » se demandent les candidats des deux principaux blocs. Difficile à répondre à cette question, car beaucoup d’électeurs s’expriment ainsi durant une campagne électorale, soit pour faire entendre leur mécontentement ou leur approbation vis-à-vis d’un groupe particulier.
Du côté des agents, qui abattent le plus souvent le plus gros du travail sur le terrain, ils sont nombreux à avoir changé de casaque. Certains soutiennent l’équipe adverse en applaudissant discrètement les échecs rencontrés par leur propre alliance. Un bon nombre de ceux qu’on avait vu en 2010 ont quitté le terrain, faute de pouvoir s’adapter aux nouveaux candidats. Mais de nouveaux agents sont vite venus combler le manque qui s’est fait sentir sur le terrain. Cependant, comparé à 2010, ils étaient moins motivés, malgré les encouragements des Campaign Managers des deux blocs en présence.
Au N° 5, fidèle à son habitude, le candidat vedette Navin Ramgoolam revient dans sa circonscription deux semaines avant les élections après avoir animé congrès et meetings dans presque toutes les circonscriptions du pays. Sur place, il dispose d’une solide équipe composée d’hommes et de femmes qui se chargent d’occuper le terrain à travers une série d’activités prévues longtemps à l’avance. Rien n’est laissé au hasard, les jeunes, les adultes, les personnes du troisième âge, les organisations socioculturelles et religieuses. Les colistiers de Navin Ramgoolam, Devanand Ritoo et Atma Bumma, commencent de leur côté à quadriller le terrain à travers des porte-à-porte et autres activités. Depuis le 24 novembre dernier, date du Nomination Day, Navin Ramgoolam participe activement à la campagne sur le terrain, souvent après avoir participé à plusieurs réunions ailleurs. Ce qui explique que les réunions et congrès ont eu lieu tard le soir et pouvaient parfois durer jusqu’à tard dans la nuit. Cela a été le cas cette semaine, entre autres. Le leader du PTr connaît toutes les nuances religieuses et culturelles de ses mandants et n’hésite pas à rencontrer les groupes séparément. Cela a été le cas chez les Vaish, où sa remarque sur la pêche aux requins a fait sourciller. Navin Ramgoolam a aussi animé des réunions pour la communauté musulmane. À Baie-du-Tombeau, des artistes comme Nancy Dérougère et Mario Justin sont venus lui porter main-forte au son du séga.
L’alliance Lepep, elle, a opté pour la présence de trois professionnels, Soudesh Callychurn, Sarvanand Ramkaun et Sanjeev Teeluckdharry, tous des néophytes en politique. Deux des candidats habitent la circonscription, ce qui les a amenés à faire une campagne de proximité en sollicitant l’aide de leurs parents, amis et voisins. Deux des candidats étant des légistes connus, ils ont tout naturellement tenté de porter le débat sur le terrain légal. C’est ainsi qu’ils ont choisi de mettre en cause le choix du Returning Officer, qui serait un proche de l’Attorney General, Jim Seetaram, qui mène campagne pour l’alliance PTr/MMM. L’ESC n’a rien trouvé d’anormal, mais leur a demandé de porter l’affaire devant la justice s’ils le souhaitaient.
Si la présence de ces deux leaders politiques dans les circonscriptions N° 5 et 7 retient l’attention, cela ne diminue nullement l’importance de la circonscription N° 6, partagée entre le PTr et le MSM mais où le MMM dispose également d’une base fidèle. Satish Faugoo, qui a été élu à deux reprises au N° 5, est venu porter main-forte au ministre de la Santé Lormus Bundhoo et au jeune militant Vinay Sobrun. Ashit Gungah de l’Alliance Lepep, un habitué de la circonscription, donnerait du fil à retordre aux rouges et mauves. Sudesh Rughoobur, l’autre candidat de l’Alliance Lepep qui a aussi des assises dans la région, se présente comme une menace pour le bouillant Lormus Bundhoo, qui reste optimiste. Sangeet Fowdar du Mouvement Libérateur tente pour sa part de puiser dans le bassin difficile du MMM.