Les accidents de la route sont tellement légion à Maurice qu’on ne s’émeut pratiquement plus d’en entendre parler. Et pourtant, la situation est plus que préoccupante. Au début du mois d’août dernier, dans ces mêmes colonnes, Week-End titrait : « L’hécatombe », en parlant des statistiques disponibles pour le premier semestre de 2011. Les derniers chiffres disponibles aux Casernes centrales confirment cet état de choses. 105 morts depuis le début de l’année, avec une semaine noire entre dimanche et jeudi, puisque six personnes sont décédées dans des accidents de la route. Les Casernes centrales identifient la principale « probable cause » comme étant l’excès de vitesse. La vitesse contribue pour plus de 40% des accidents fatals, soit à deux mortalités sur cinq sur nos routes. De janvier à juin, 11 426 accidents sont survenus à Maurice, soit une moyenne d’un accident chaque demi-heure.
Un rapide constat des derniers chiffres permet de tirer la conclusion suivante : 2011 est, pour le moment, du même crû que l’année précédente. Pour cause : de janvier au 12 septembre 2010, la route avait fait 104 victimes, tandis que pour cette année, 105 personnes sont décédées lors d’accidents de la route. La tendance amorcée pour le premier semestre de 2011 se poursuit de façon inquiétante et ne présage rien de bon pour le dernier trimestre de l’année.
En tête du hit-parade des victimes pour cette année : les piétons. Pas moins de 37 d’entre eux sont décédés de janvier à ce jour, contre 43 pour la période correspondante en 2010. Même si une baisse a été recensée dans cette catégorie de victimes, il n’en demeure pas moins que les piétons demeurent les usagers de la route les plus vulnérables. Par contre, 23 passagers de véhicules ont perdu la vie en 2011, contre 9 l’année dernière, ce qui constitue une hausse de… 156%. Les motocyclistes ne sont pas non plus épargnés : ils sont 28 à avoir péri de janvier à ce jour, soit exactement le même nombre que la période correspondante l’année dernière. Un autre constat saute aussi aux yeux : en 2010, le nombre d’accidents fatals de janvier à mi-septembre était de 99, contre 88 cette année, soit une baisse de 12%. Mais le nombre de morts n’a pas décru pour autant. Bien au contraire…
Les 105 victimes de la route cette années — 91 hommes et 14 femmes — sont réparties dans les catégories suivantes :
Piétons : 37
Auto/motocylistes : 28
Passagers (quatre roues) : 23
Automobilistes : 11
Cyclistes : 4
Passagers (deux roues) : 2
Piétons
Un Breakdown des chiffres et des catégories de victimes par divisions policières donne le tableau suivant : c’est dans le nord du pays (Northern Division) qu’on trouve le plus grand nombre de victimes, soit 30. Près de la moitié d’entre elles sont des moto/autocyclistes (14). Ensuite, la région ouest du pays, la Western Division, qui comprend également les régions de Quatre-Bornes/Rose-Hill avec 23 victimes, dont près de la moitié (11) sont des piétons. Suivent ensuite les régions de l’Est (22 morts, dont 13 passagers de quatre roues), le Sud (13 morts dont sept piétons) et le centre (7 victimes dont 5 piétons). Le district de Port-Louis (Nord et Sud) est celui avec le plus faible nombre de victimes, soit 6 au total.
En ce concerne les quatre roues, les chiffres révèlent ceci : 29 voitures de maître ont été impliquées dans des accidents fatals depuis le début de l’année, ainsi que 29 fourgonnettes et 17 goods vehicles. Pour ce qui est des deux roues, 24 motos ont été recensés dans de tels accidents, ainsi que 14 mobylettes.
Depuis le début de l’année, force est de constater que la tranche d’âge des victimes qui a connu la hausse la plus alarmante est sans conteste celle des 16-25 ans. Pas moins de 31 morts ont été recensés dans cette fourchette d’âge, cette année, contre 10 l’année dernière. Ce qui constitue une hausse affolante de… 210%. Le plus grand nombre de victimes demeure toujours celle des 26 à 50 ans (41 morts, cette année, soit le même que l’année dernière). Notons aussi que cette année, la majorité des accidents surviennent entre 18h01 et minuit (37 cas contre 32 en 2010).
Excessive
Les Casernes centrales, notamment la Traffic Branch et la Road Safety Unit (RSU) continuent d’étudier minutieusement les causes de ce pléthore d’accidents. Pour ne pas changer, la conduite à vitesse excessive demeure l’ennemi public n° 1. D’après les chiffres disponibles, deux victimes sur cinq sont à l’origine d’excès de vitesse (41%), contre 32.3% pour conduite dangereuse et 16.6% pour le Heedless crossing. Pour rappel, le nombre de victimes recensés durant les années précédentes est : 140 en 2007, 168 en 2008, 140 en 2009 et 158 l’année dernière.
Au-delà des accidents fatals, l’on ne peut, non plus, faire abstraction des autres types d’accidents. Selon le Bureau Central des Statistiques (BCS) cette fois, entre janvier et juin 2011, 11 426 accidents de la route au total ont été rapportés à la police. Ce qui nous donne une moyenne ahurissante d’un accident… chaque demi-heure. Il est à noter que 10 126 d’entre eux, soit pratiquement 9 cas sur 10 étaient des non-injury accidents, tandis que 1 300 autres étaient des casualty accidents. En comparaison au premier semestre de 2010, le nombre d’accidents a augmenté de 1.8%. On ne peut, non plus, passer sous silence le fait que pour le premier semestre de cette année, 81 cas de Hit and run ont été enregistrés. Il est aussi intéressant de relever qu’au 30 juin, 392 276 véhicules étaient enregistrés à la National Transport Authority (NTA). Ce chiffre constitue une hausse de 2.1%, eu égard à décembre 2010. La flotte de véhicules enregistrés était alors de 384 115.
Aux Casernes centrales, si l’on a constaté, depuis un certain temps déjà, que la prévention ne donne pas les résultats escomptés, l’on persiste à croire que l’introduction prochaine du permis à points sera en mesure d’apporter une nouvelle dimension dans la lutte contre les chauffards de tout poil. Tant attendue, le texte de loi concernant ce fameux permis à points, qui pourrait être introduit à l’Assemblée nationale avant la fin de l’année, sera accueilli comme une bouffée d’air frais par la police. « Nous espérons qu’avec le retrait définitif de certains permis, ceux qui croient que nos routes sont un circuit de Formule 1, vont finalement se décider à réfléchir », laissait entendre un haut gradé en fin de semaine…