Exactement 65 jours après les élections générales, l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam a traversé un premier choc avec son arrestation dans le cadre de l’enquête du Central CID sur la Roches-Noires Saga. Le vendredi 6 février 2015 a été une des plus longues journées de Navin Ramgoolam qui, après avoir subi une première séance d’interrogatoire préliminaire « Under Warning », s’apprêtait à passer la nuit dans une cellule policière. En principe, l’ancien chef du gouvernement devra comparaître devant la Bail and Remand Court au cours de la journée avec éventuellement une motion de bail présentée par ses hommes de loi, dont Me Yousuf Mohamed, Senior Counsel, en vue de sa remise en liberté provisoire.
À hier soir, aucune indication officielle si Navin Ramgoolam compte maintenir son déplacement au Nigeria à l’invitation officielle du National Democratic Institute (NDI) des États-Unis pour la mission d’observation aux élections du week-end prochain. Dans cette perspective, l’ancien Premier ministre devra solliciter une Variation Order de la Cour contre toute interdiction de quitter le territoire avec son inculpation provisoire sous quatre charges soit «perverting the course of justice», «giving instructions to commit a crime»,  « conspiracy to commit a wrongful act et blanchiment de fonds. C’est ce qu’indiquent des sources proches des hommes de loi de Navin Ramgoolam.
Après l’ancien directeur général du National Security Service (NSS), Dev Jokhoo, et l’ancien patron de la VIPSU, le Deputy Commissioner of Police à la retraite, Ravine Sooroojebally, Navin Ramgoolam devient le troisième protagoniste de la soirée mondaine du 2 au 3 juillet 2011 au campement de Roches-Noires à se faire épingler par la Special Cell menée par le surintendant Mannaram et l’assistant-surintendant Rugbur sous la supervision de l’assistant Commissaire de Police Heman Jangi.
Alors que les indications officieuses laissaient voir que la convocation du leader du PTr pour interrogatoire devait intervenir au cours de la semaine prochaine, tout s’est déclenché en début d’après-midi. Tout le personnel du Central CID devait recevoir pour consigne formelle d’être « on stand-by » pour l’opération « le Roi lion dans la forêt ». Il était évident que l’ordre d’arrestation de l’ancien Premier ministre était émis et les différentes escouades constituées avec des missions bien spécifiques.
Une première équipe de membres du Central CID avait pour mission de se rendre en la résidence officielle des Ramgoolam, rue Desforges, pour cueillir le principal protagoniste et également procéder à une première perquisition de son domicile en vue de collecter des documents susceptibles de faire avancer l’enquête. D’autres membres ont été dépêchés à River-Walk, la résidence du couple Ramgoolam, et à Clarisse House, transformée en une aile du Prime Minister’s Office sous le précédent gouvernement.
Véritable
flash-point

Entre-temps, Me Yousuf Mohamed fut informé des développements dans l’enquête sur le cambriolage allégué au campement de Navin Ramgoolam. L’homme de loi a confirmé à la presse qu’il avait dû interrompre les délibérations d’un comité disciplinaire pour se mettre à la disposition des enquêteurs décidés à procéder à l’interrogatoire de Navin Ramgoolam dès hier après-midi. À partir de là, les événements devaient se précipiter à la rue Desforges, les environs de la résidence des Ramgoolam se transformant en un véritable flash-point.
Dans un premier temps, les sympathisants du PTr s’étaient rassemblés en signe de solidarité avec leur leader. Toutefois, ils ont été très vite rejoints par d’autres éléments et membres du public visiblement hostiles à l’ex-Premier ministre. Les échanges de quolibets, d’invectives et de coups ne devaient nullement tarder, les premiers policiers sur place réclamant des renforts additionnels de membres de la Special Supporting Unit (SSU) pour parer à toute éventualité.
Pendant au moins quatre heures, les policiers ont préféré rester à l’intérieur de la résidence des Ramgoolam pour éviter toute confrontation avec une foule gonflée à bloc. Me Yousuf Mohamed devait faire les frais de cette colère populaire, sa voiture étant endommagée avec la lunette arrière hors d’usage. De son côté, au départ du convoi de la police avec Navin Ramgoolam placé à bord d’un des véhicules de la SSU vers 20 h, Me Shakeel Mohamed devait recevoir des coups de casque intégral des membres du public (voir compte-rendu plus loin).
Aux Casernes centrales, l’attente a été plus longue que prévu étant donné les difficultés pour accompagner Navin Ramgoolam de la rue Desforges au QG du Central CID. Arvin Boolell, Rajesh Jeetah, Raj Pentiah, Yatin Varma et Alain Laridon furent parmi les premiers dirigeants du PTr à faire le déplacement aux Casernes centrales, leurs visages et attitudes trahissant la gravité de la situation. Ils s’y étaient rendus à la demande de Me Yousuf Mohamed alors qu’ils participaient à une séance de travail sur l’avenir du parti.
« Décision
arbitraire »

À 16 h 50, Arvin Boolell, le Most Senior des Labourites, n’a pas caché sa colère quant « à la manière de faire » dans la circonstance. « Pourquoi une telle démarche à l’encontre de Navin Ramgoolam, un ancien Premier ministre, un vendredi après-midi ? C’est une décision arbitraire avec des conséquences. C’est bien triste et celui qui a pris cette décision devra l’assumer. Ce sont des institutions que l’on bafoue. Voyez comment l’ICAC a été encadrée. Que s’est-il passé avec les dossiers ? Nou kone dan ki lespri inn fer sa ! », lâche-t-il avec amertume sous l’oeil approbateur de ses autres camarades faisant les cent pas devant les bureaux du Central CID gardés par des éléments de la SSU.
Vis-à-vis des Casernes centrales, aux abords des locaux du PTr, au square Guy Rozemont, les premières effervescences se sont fait sentir vers 17 h 30 quand les premiers partisans se sont regroupés. Ils ont été rejoints par l’ex-vice Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques, Anil Baichoo, et du nouveau député Osman Mohamed. D’autres anciens ministres et parlementaires rouges ont également rappliqué, dont Stéphanie Anquetil qui avait mobilisé un groupe de personnes par conversation téléphonique disant : « Mo kont lor zot, zot bizin desann ! ». La présence d’Indira Seebun, Ritesh Ramful et de Sarat Lallah n’est pas passé inaperçue en prévision de la réunion d’urgence des rouges (voir détails plus loin).
Aux Casernes centrales, une première fausse alerte avec l’arrivée d’un premier véhicule banalisé de la police transportant cinq lots de documents et de dossiers en provenance de la perquisition en la résidence de la rue Desforges. Il a fallu attendre un peu plus de deux heures et demie, soit vers 20 h, pour voir un Navin Ramgoolam encore sous l’effet du choc, le visage marqué par les événements, débarquant d’un des véhicules de la SSU sous forte escorte policière.
Sans aucun ménagement, l’ancien Premier ministre, encadré de deux policiers en civil, est appelé à grimper les marches menant aux bureaux du Central CID. Mes Varma et Pentiah, étonnés que Navin Ramgoolam ne soit pas accompagné de son homme de loi, ont tenté de l’accompagner en attendant l’arrivée de Me Yousuf Mohamed. Me Varma s’est toutefois ravisé vu le risque d’un conflit d’intérêts, car, la veille, il avait assisté Jhesna Soornack, la fille de Nandanee Soornack, lors de son audition à titre de témoin.
Une dizaine de minutes plus tard, Navin Ramgoolam a pris place à bord de la Prado immatriculée 5663 pour l’année 2004 avec quatre policiers occupant le siège arrière et lui au milieu. Direction RiverWalk pour une nouvelle perquisition, qui aura duré un peu plus de trois heures, soit prenant fin après minuit…