Le dernier livre de Mgr. Amédée Nagapen, décédé au cours de cette année, met en lumière la belle histoire de la Cathédrale Saint-Louis. C’est sur un lieu de culte qui a vu trois « temples de basalte » érigés en 1752, 1777 et 1816 qu’a été construite en 1933 la belle cathédrale que nous connaissons. Elle a été rénovée en 2007 et sa place verte inaugurée en 2009. Amédée Nagapen fait aussi ressortir dans son livre que l’église catholique de l’Île Maurice a été la toute première de l’océan Indien à être érigée en diocèse. Un autre cas, parmi d’autres, pour ne citer que le monde de la philatélie ou de la presse, où notre pays a été la première en lice dans l’hémisphère sud.
Cette date anniversaire de la fondation du Diocèse mérite de souligner deux grandes figures d’évêque qui ont marqué l’histoire de l’Église catholique à Maurice. Mgr. Joseph Mamet l’a longuement souligné dans l’oraison funèbre qu’il a prononcée en 1949, lors des funérailles de Mgr James Leen. Voici l’essentiel de cette homélie qui constitue une belle rétrospective de l’histoire du pays.
Dans son sermon à la Cathédrale pour l’ouverture des fêtes jubilaires de 1947, le prédicateur disait : « Le premier siècle de notre diocèse naquit sous l’épiscopat de Mgr Collier, il s’éteint sous l’épiscopat de Mgr Leen, les deux plus grands épiscopats qui dominent, et de très haut, notre histoire religieuse, ancienne et contemporaine. Le recul du temps permet de situer exactement Mgr Collier et la besogne qu’il accomplit. L’auteur du Diocèse de Port-Louis a pu écrire de lui avec justice… il occupe dans notre histoire une place parallèle à celle de La Bourdonnais lui-même. La Bourdonnais fit de l’Ile de France « L’étoile et la clef de La Mer des Indes » ; Mgr Collier donna à l’IIe Maurice sa physionomie spirituelle. Son gouvernement (épiscopat) de vingt et un ans restera certainement le plus spectaculaire de tous. Il eut tout à créer, il eut à surmonter, des difficultés vraiment formidables, il eut à subir de persécutions tenaces, ouvertes ou occultes – et il laissa derrière lui une oeuvre prodigieuse… peu d’exemples existent sans doute d’une transformation aussi radicale, opéré en temps aussi court, avec des moyens aussi limités.
Mgr Mamet continue son homélie dans les termes suivants :
Mais comment se prononcera la postérité sur Mgr Leen ? Ne conclura-t-elle pas que son épiscopat aura inébranlablement consolidé l’oeuvre de tous les précédents évêques et qu’il aura opéré en profondeur, alors que celui de Mgr Collier opéra surtout en étendue ? Qu’il aura créé dans le pays une ambiance définitive de sens religieux, en donnant un caractère de piété vraie aux pratiques extérieures, plus répandues que jamais auparavant ? Une revue des vingt-trois ans et demi que couvre l’épiscopat de Mgr Leen met en lumière les raisons de ce pronostic.
Quand Mgr Leen prit la direction du diocèse en avril 1926, il trouva dans la colonie cinq prêtres mauriciens et cinq lévites s’acheminant vers le sacerdoce en Europe. Il laisse dix-huit prêtres indigènes – sans compter trois jeunes religieux travaillant dans les Iles voisines et quatorze séminaristes.
Aucune préoccupation ne retint l’attention de Mgr. Leen plus que celle de l’enfance et de l’adolescence. De bien des manières, il leur manifesta sa sollicitude paternelle : sa générosité à l’égard des petits Rodriguais, dont il nourrit des centaines de sa bourse, pendant huit mois, après un cyclone qui avait apporté la disette dans notre Dépendance ; par la fondation de la crèche du Saint Coeur de Marie à Quatre-Bornes, par sa présence aux assemblées des groupes de Jeunesse au monument de Marie, Reine de la Paix ; surtout par sa vigilance sur les écoles secondaires et primaires.     
A côté des cinquante-deux écoles primaires catholiques reconnues et subventionnées par l’État, il maintint ou établit sept autres dont il supporta la dépense entière.
Concernant l’éducation secondaire, ce n’est plus un secret que le Collège St Joseph doit à Mgr Leen le bâtiment qui l’abrite aujourd’hui, que c’est son influence personnelle qui amena le gouvernement à reconnaître les services rendus par les Chers Frères en accordant le prêt qui permit la construction de l’édifice, et par conséquent l’essor de l’institution.
Quant au Collège du Saint-Esprit, c’est de son existence même qu’il est redevable à Mgr. Leen. L’établissement fondé par Mgr Murphy n’avait pu fonctionner que pendant cinq courtes années, de janvier 1926 à décembre 1930, et il avait dû fermer faute de personnel. Mgr Leen, par une persévérante insistance qui dura plus de sept ans, réussit à vaincre des obstacles nombreux et apparemment insurmontables. En janvier 1938 l’institution rouvrit, et grâce au concours de Mgr Liston, elle est établie sur des bases assez solides pour subsister indéfiniment…
L’un des premiers soins de Mgr. Leen fut de restaurer en 1930, la Mission indienne. Elle dispose aujourd’hui de quatre missionnaires affectés à ce ministère-spécial, et de six chapelles édifiées tout exprès pour elle, sans compter plusieurs autres lieux de réunion.
Onze chapelles, outre celles de la Mission indienne, ont été ouvertes depuis 1927. Il faut ajouter deux églises paroissiales nouvelles, quatre autres – comprenant la Cathédrale – complètement reconstruites, six autres encore agrandies ou achevées.
Toutes ces constructions ne montrent pas seulement le soin de la solidité et de la durée elles trahissent aussi un souci d’esthétique dont Mgr. Leen fut bien souvent l’inspirateur, dans la conception des plans aussi bien que dans l’exécution des travaux. Il n’est que de citer la Cathédrale, les églises de Chamarel et de Camp-de-Masque, les chapelles de Pierrefonds, d’Olivia,     de Cap Malheureux, le Montmartre Mauricien, le Monument de Marie Reine de la Paix, le nouveau clocher de Sainte Hélène. Et les exemples ne manquent pas pour la décoration intérieure dans le choix des autels, des tables de communion, des chaires, des vitraux. Est-il un seul fidèle qui n’ait ressenti une émotion à contempler le retable du maître autel de la Cathédrale ?
Lors du centenaire de 1947, un de nos hôtes épiscopaux, après avoir visité à peu près toute l’île formulait ainsi son impression générale : “Je ne pense pas qu’il existe un
seul diocèse colonial qui vous surclasse pour la solidité et la beauté des monuments religieux. Votre Evêque possède vraiment ce que l’Écriture    appelle le zèle de la
maison de Dieu” .    
Chaque semaine La Vie Catholique, maintenant dans sa vingt et unième année, apporte dans les foyers une lecture attrayante, instructive, édifiante… à côté     d’autres périodiques récents plus spécialisés : Scouts de Saint Louis, la Croisade des Jeunes, Légionnaires, Spiritus, Cimes.
Aux chrétiens et chrétiennes qui veulent s’adonner à l’apostolat, il y a une foule d’oeuvres et d’associations anciennes ou nouvelles. Il est impossible de les énumérer toutes. Mentionnons la Légion de Marie introduite en janvier 1940, dernier mot de l’Action Catholique, embrigadant toutes les énergies pour des entreprises infiniment variées et fructueuses.
Dans le domaine de la spiritualité pure, toutes sortes de stimulants à la ferveur : Mandements sur des sujets de piété, notamment sur le Saint Sacrifice de la Messe ; Tiers Ordre de Saint Francois, plus répandu que jamais ; Croisade Eucharistique ; Union Eucharistique ; Adoration Nocturne au Foyer ; retraites annuelles des confrères de l’Union Catholique et de la Société de Saint Vincent de Paul, commencées en 1932, retraites des professeurs et des institutrices des écoles primaires, inaugurées en 1948, retraites des artisans, lancées à la fin de l’année 1948. Le dernier pèlerinage diocésain et rassemblement de groupements particuliers au Monument de Marie Reine de la Paix (en 1949), réunissait des foules de plus en plus compactes, enfin – résumant et dominant tout le reste – l’Adoration Perpétuelle au Montmartre Mauricien.
Et les occasions n’ont pas manqué à la piété populaire de se manifester en masse, cérémonies grandioses dont les principales ne s’effaceront pas des mémoires : inauguration de la Cathédrale, du Montmartre Mauricien, du Monument de Marie Reine de la Paix, couronnement de Marie Reine de Maurice Rose-Hill, Messe Pontificale au Champ de Mars pour le bicentenaire de Port-Louis, Fêtes du centenaire du Diocèse ; sacre de Mgr Liston.
A retenir aussi que Mgr. Leen a effectué quatre voyages à Rodrigues, dont celle de 1933 pour inaugurer l’Église St Gabriel.     En 1933, il partait en mission à Agaléga et en 1936 à Diego Garcia et Peros Banhos.     
Sa dernière Lettre Pastorale s’intitulait : « Amélioration et maintien des Ecoles Catholiques, seuls moyens d’assurer à nos enfants une éducation conforme à leur destinée. » Une affirmation qui permet de mieux comprendre toute l’énergie démontrée par le Cardinal Jean Margéot et Mgr. Maurice Piat pour sauvegarder l’authenticité des écoles catholiques et leur mission.
Une belle histoire à retracer en cette veille de la fête de l’Immaculée Conception, chère à de nombreux Mauriciens qui savent garder Marie présente dans leur coeur.