Les courses de chevaux et les paris auxquels elles sont associées ont passionné l’homme depuis des siècles. Cette passion a été transmise aux Mauriciens depuis plus de 200 ans maintenant et, même si, elles ont perdu un peu de leur aura pour des raisons multiples, les courses hippiques mauriciennes demeurent un loisir très apprécié des Mauriciens. Ce succès et son développement, elles le doivent aussi au soutien critique d’une presse libre et indépendante, spécialisée ou pas, qui veille à sa bonne marche et à la régularité du déroulement des courses sur la piste.
En effet, la nature très liquide des échanges monétaires qui entourent l’hippisme a fini par attirer des criminels de tous bords dans le circuit hippique qui tentent, avec un certain succès, de pervertir son intégrité en l’utilisant comme une plateforme commode pour le blanchiment d’argent, de la drogue ou d’autres activités illicites. Il est aussi tout simplement un outil aux mains de certains professionnels de courses malhonnêtes, avides de gains financiers personnels sur le dos de turfistes, qui parient en toute naïveté après avoir fait son papier et fait grossir le jackpot malgré eux.
La prise de conscience de la dérive de l’esprit hippique mauricien a pris naissance dans le sillage de l’arrivée des magazines spécialisée qui se sont intéressés aux courses hippiques sous toutes ses coutures. Le pionnier en la matière fut le Mauritius Racing Guide de Franco Béguinot en 1977, un magazine qui allait devenir Turf Magazine quelques années plus tard après la mort prématurée de son fondateur. Notre directeur, Jacques Rivet et Janot Delaitre ont donné à ce magazine une autre dimension que d’autres ont aussi animé avec passion et dévouement, après, pour en faire ce qu’il est aujourd’hui. C’est dans cette perspective que le groupe Le Mauricien Ltd a dédié cette saison une épreuve, The Franco Béguinot Turf Magazine Challenge Cup, pour rendre un hommage ému à son fondateur, et ce, en présence de son fils Terry venu spécialement de l’Afrique du Sud pour cette occasion.
Cette sixième journée était donc patronnée par le groupe Le Mauricien Ltd qui s’est fait depuis plus de deux décennies un devoir, celui de rendre aux coures hippiques ce qu’elle lui apporte sous forme d’un sponsorship. Cette initiative est propre à Le Mauricien Ltd et non une contrainte imposée, par quiconque sur notre groupe. Il est important de souligner pour ceux qui auraient un doute que ce patronage est libre de tout engagement et ne peut en rien entacher l’indépendance de nos journalistes dans leur travail. Cette précision était importante dans la conjoncture car elle peut expliquer aux sceptiques comment « on peut serrer les mains de ceux qu’on critique par ailleurs ».
Il n’y a jamais eu d’ambigüité à ce niveau. Il est important de souligner que ce ne sont pas les hommes et les femmes qui animent le landerneau hippique qui sont l’objet de nos dénonciations mais leurs actes. Turf Magazine ne cultive absolument aucun grief sur le plan personnel vis-à-vis de quiconque, mais dénonce et dénoncera toujours avec force tout manquement dans les décisions et actions des acteurs hippiques dans l’exercice de leurs fonctions.
Cette sixième journée a été sur le plan sportif tout aussi disputée que ses devancières et le coup de semonce de l’équipe Racing Stewards(RS) de Stephane de Chalain aux jockeys sur le ‘careless riding’ semble avoir porté ses fruits. Néanmoins, qu’un jockey chevronné comme Darryl Holland laisse dériver autant son cheval Afdeek dans la ligne droite, gênant ainsi longuement le futur gagnant, méritait peut-être plus qu’un rappel à l’ordre. Dans le même ordre d’idée, le choix de changer de ligne du jockey Nunes sur A P Strike dans la ligne droite finale lorsque s’est ouvert devant lui un boulevard, est aussi douteux. En tout cas, sa décision lui a sans aucun doute, coûté la course et il a bien de la chance de s’en sortir avec un «explantions noted».
Le jockey mauricien Pravesh Horil a eu moins de chance puisqu’il a été logiquement sanctionné pour les trois prochaines journées après qu’une substance prohibée, du cannabis, ait été retracée dans son organisme lors d’une récente journée hippique. Certes, prendre ce type de substance constitue un danger pour lui-même et d’autres jockeys en course car les réflexes sont perturbés. Mais ce qui inquiète davantage dans son cas, ce sont ses explications à l’effet qu’il était sous stress pour des soucis financiers et autres. Cette information met en relief son état de vulnérabilité vis-à-vis des corrupteurs et il serait intéressant de savoir si en la matière, les autorités ont pris des mesures pour le prémunir d’une telle éventualité.
Cette interrogation n’est pas une banalité, car à notre avis, la vigilance doit être plus que jamais de mise à partir de maintenant. Chaque saison, il y a une trame qui se dessine et montre qu’à partir du premier tiers de la saison les dérapages refont leur apparition. On attend toujours que les chevaux aient trouvé un degré de forme acceptable et que les jockeys aient pris la mesure de l’hippodrome, des us et coutumes des autorités locales, avant que les premières salves ne soient déclenchées. En cette année électorale, où des besoins de liquidités massives sont attendus pour convaincre la population, le travail des RS va se compliquer davantage. Ils devront faire preuve d’une fermeté absolue s’ils veulent garder le contrôle de ce qui va se passer sur la piste. Le moindre signe de faiblesse rendra plus difficile des actions punitives subséquentes.
Il est intéressant de noter que les RS pourraient mieux se concentrer sur le running des courses si comme le préconise, dans une interview à l’Express Turf, Paul Beeby, le Head of Integrity de la GRA, les investigations — autres que celles concernant les incidents en course— étaient menées par une autre entité que met sur pied la GRA, l’intelligence Unit. Cette unité enquêterait et ne proterait pas préjudice aux pouvoirs de juger et de sanctionner de la chambre des commissaires de courses, si les contrevenants sont des ‘licensees ‘du MTC. L’affaire de la contamination de la nourriture des chevaux a été sur ce plan là, un ‘test case exemplaire’.
Il n’est un secret pour personne que le MTC ne pourra pas seul, mener la lutte contre la corruption et le dopage dans le milieu hippique. Jusqu’ici, sa faillite à ce niveau est indiscutable. L’apport d’un organisme d’Etat, dont la police des Jeux et cet intelligence Unit est indispensable, aujourd’hui pour gagner cette lutte car ces actes sont aussi commis par des personnes qui ne sont pas toujours sous la juridiction du MTC.
Pour cela, il faut assainir et normaliser les relations entre le MTC et la GRA et que l’un et l’autre comprenne la nécessité de chacune des entités et l’indispensabilité de leur collaboration tout en leur garantissant leur indépendance totale.
Malheureusement, l’Etat d’esprit revanchard qui règne au sommet de la GRA et celle trop conservatrice de ‘ses prérogatives’ du MTC, ne favorisent pas pour l’instant cette entente qui ferait trembler les corrupteurs et les corrompus et qui redonnerait aux courses hippiques leurs lettres de noblesses !
La patience est une vertu fondamentale en hippisme, il faut donc ne pas désepérer et attendre le bon moment., Le temps finira par faire son son oeuvre….

Bernard Delaître