Les Jeux de la Francophonie 2013 se sont achevés dimanche à Nice sur la victoire symbolique du Congo-Brazzaville en football. Privés de visas, les Congolais sont arrivés tard en France mais ont décroché l’or. Alors que le Club Maurice a regagné le pays ce matin avec quatre médailles de bronze dans ses valises, cette septième édition a un goût mitigé, où les athlètes africains ont à la fois brillé et été au centre de la polémique, une trentaine d’entre eux ayant disparu dans la nature.
Si l’obtention des visas a été souvent difficile pour les participants venus d’Afrique, la fuite de plusieurs d’entre eux dans le territoire français a été un autre élément délicat à gérer. Au total, les autorités ont relevé une trentaine de disparitions d’Africains. Le nombre exact reste encore difficile à évaluer. Les délégations les plus touchées sont celles de la RD Congo, de la Côte d’Ivoire et de Djibouti. Le phénomène est toutefois assez courant et marginal. Il se produit presque à chaque grande compétition internationale. Plus d’une centaine d’engagés africains avaient ainsi pris la tangente lors des Jeux d’Ottawa en 2001.
Côté compétitions, les Africains ne garderont pas non plus un souvenir exceptionnel de ces Jeux. Au total, ils repartent avec 116 médailles dont 30 en or. C’est moins bien qu’à Beyrouth en 2009 (136 dont 35 en or) et qu’à Niamey en 2005, édition record avec 148 médailles dont 36 en or. L’absence de l’Égypte à Nice explique en partie cette moisson moins abondante.
En France, les athlètes du continent ont surtout brillé en athlétisme handisport, basket-ball, football et surtout en lutte africaine. La lutte traditionnelle, qui figurait pour la première fois dans le programme officiel des Jeux, ne regroupait que des pays africains. Elle a permis au Sénégal et au Tchad de faire une razzia de médailles. La culture a aussi été un bon tremplin puisque les artistes du continent, qui ont raflé la moitié des récompenses.
Nice 2013 n’a pas toujours brillé par son organisation, tout du moins en ce qui concerne les épreuves sportives. Résultats erronés, horaires de compétition fluctuants, calendrier des rencontres bouleversé, confusion entre les pays vainqueurs, mauvaise médaille attribuée, erreur sur le parcours de la course cycliste.
Beyrouth 2009 meilleur
À tel point que les participants ont préféré l’édition 2009. « C’était vraiment meilleur à Beyrouth, affirme la sprinteuse du Congo Lorene Bazolo. Il y a une grande différence entre Nice et Beyrouth. » « Je trouve que l’organisation est moins bien, assure le sauteur sénégalais Ndiss Kaba Badji. Ce n’est pas le top. On a eu des problèmes avec la nourriture et les transports. Dommage que la France ne puisse pas mieux organiser les Jeux. »
Même son de cloche du côté de son compatriote Mamadou Kasse Hanne. « On est logés dans une cité universitaire éloignée, raconte le hurdler médaillé d’or sur 400 mètres haies. Pour aller manger, il faut marcher plus de quinze minutes. Pour ma première course, on m’a dit que c’était à 15h50. Après, ils ont dit que c’était à 14h45. Du coup, je suis venu beaucoup plus tôt alors que ma course était bien à 15h50… »
La gestion du cas des footballeurs du Congo-Brazzaville a été particulièrement catastrophique. Privés de visas pour des questions juridiques, les Diablotins rouges ont été autorisés à venir tardivement en France. Ils ont ainsi dû disputer cinq matches en sept jours avec un calendrier démentiel contraire aux règles de base de la FIFA.
Le Comité national des Jeux de la Francophonie et le Groupement d’intérêt public, qui chapeautent l’événement, n’ont pas toujours semblé maîtres de la situation, ce qu’ils ont admis du bout des lèvres dans un communiqué final : « Des difficultés doivent néanmoins elles aussi être pointées concernant les transports, l’hygiène sur le site d’hébergement, la restauration des athlètes et artistes, la circulation de l’information et la mobilisation du public sur les différents sites, le plus souvent par manque d’informations. »
La ministre déléguée à la Francophonie, Yamina Benguigui, elle, a regretté le faible attrait pour ces Jeux 2013. « Il n’y a pas eu beaucoup de public et pas de couverture médiatique au point que les jeunes en ont été choqués », a-t-elle déclaré. « Il n’y a que la France qui ne prend pas conscience de l’importance de ces grandes manifestations », a-t-elle ajouté.
Au classement des médailles, selon le site officiel Nice 2013, le Maroc est la meilleure nation africaine avec 23 médailles dont 7 en or, devant le Sénégal avec 19 médailles dont 6 en or, le Tchad avec 10 médailles dont 4 en or et la Côte d’Ivoire, dotée de 6 médailles dont 4 dorées. Des Ivoiriens qui espèrent faire mieux à Abidjan, en 2017, à l’occasion des prochains Jeux.