La route vers le respect des Droits des femmes est encore longue. Des affaires portées dans l’actualité ou vécues dans l’ombre rappellent sans cesse que la société peine toujours à reconnaître pleinement le rôle de la femme. Les disparités et les abus persistent et prennent différentes formes. En marge de la journée internationale des droits des femmes, marquée le 8 mars, différentes personnes donnent leurs avis sur ce sujet sensible.

Iqbal Fatemamode, maître d’école :

“Il faut commencer à sensibiliser dès l’école maternelle”

“Notre société est malade. Ce n’est plus possible que les femmes soient victimes d’agressions, de meurtres, de viols presque quotidiennement. Pour que cette situation ait une chance de changer, il faut commencer à sensibiliser les enfants dès l’école maternelle. Il faut dire aux petits garçons que les petites filles assises à côté ont les mêmes droits qu’eux et qu’elles méritent le même respect. Quand ils seront grands, ils sauront que ce n’est pas normal qu’un homme agresse une femme. On ne peut pas attendre que l’arbre pousse de travers pour agir ensuite. Il sera déjà trop tard.

Les parents doivent aussi donner le bon exemple. Ils ont un très grand rôle à jouer. Si un enfant voit que son père agresse sa mère, il a toutes les chances de faire de même quand il sera adulte. Le garçon trouvera normale de frapper sa femme et la fille trouvera normal de se faire agresser physiquement par son mari.

Je suis témoin de cette inégalité tous les jours. Des fillettes viennent me voir pour me dire que les garçons les ont poussées ou chahutées. Quand j’étais toujours enseignant, je prenais le temps d’en parler à mes élèves. Depuis que je suis maître d’école je me fais un devoir d’aborder le sujet pendant l’assemblée. Il faut les encourager à prendre conscience des valeurs de tout un chacun.

À mon avis, les enfants sont trop exposés aux jeux électroniques et aux fictions où l’homme est montré comme ayant plus de pouvoir que la femme. Les parents doivent contrôler leur accès à ce genre de contenu. Ils doivent encourager les enfants à la lecture surtout sur des sujets qui encouragent l’apprentissage à des valeurs.”

Miselaine Duval, humoriste :

La situation fait peur et elle me met en colère”

“Il faudrait plus de lois qui puissent sécuriser la femme et la mettre à l’abri de la violence conjugale. Il faut définitivement que les lois soient plus sévères pour que les choses changent. La situation fait peur et elle me met en colère. La société est malade. Il y a trop de problèmes dans la formation des couples avant le mariage. Il y a aussi un problème d’identité personnelle. La femme doit savoir qui elle est. Certaines ne connaissent pas leurs valeurs et leurs droits. Il ne faut pas que la femme soit l’ennemie de la femme.

Il faut trouver des solutions d’urgence. Les lois, en sus d’être plus sévères, doivent être appliquées comme il se doit. Pour cela, il faut former les personnes responsables de l’application des lois. Il faut aussi que la mentalité des gens change. Qu’on arrête de prendre pour acquis qu’un mari a le droit de frapper sa femme.

Par ailleurs, les campagnes de sensibilisation ne doivent pas intervenir uniquement dans le cadre de la journée mondiale des droits de la femme. Elles doivent être faites en permanence.

De même, la femme a aussi son rôle à jouer. Elle doit vouloir dénoncer si elle se retrouve dans une situation de violence et non pas garder le silence.

Ce n’est pas un problème qui va être réglé du jour au lendemain. Il faut des infrastructures pour soutenir les femmes. Il y a un gros travail à faire du côté du ministère de la Femme.”

Krishna Luchoomun, artiste peintre :

Cesser de mettre les garçons sur un piédestal au détriment de la fille

“La situation est assez noire, il y a des tensions sociales, il y a des problèmes dans la vie de tous les jours. Cela se répercute sur les relations hommes/femmes, enfants/parents. Il faut régler ce problème de société avant tout. Nous devons apprendre à vivre ensemble. L’exemple doit venir des professeurs, des parents et des dirigeants. C’est surtout au niveau de la mentalité qu’il y a un changement à faire. Il faut inculquer aux enfants qu’il n’y a pas de différence dans les droits des hommes et ceux des femmes. Il faut cesser de mettre les garçons sur un piédestal au détriment de la fille. Il faut arrêter avec cette façon de laisser les garçons libres de faire ce qu’ils veulent et limiter les libertés des filles. C’est ce genre de choses qui font penser aux garçons qu’ils ont plus de droits ou plus de privilèges. C’est cela qui apporte des inégalités dans leur comportement.

Il faut enlever cette perception à l’effet que les garçons sont forts et que les femmes sont faibles. Je pense qu’il y a suffisamment de lois mais il faut pouvoir les appliquer. Quand survient un cas de violence domestique, il est trop courant que les policiers essayent de jouer aux intermédiaires et tentent de tout calmer sans prendre des sanctions contre l’homme. Il y a un gros travail à faire sur ceux qui sont chargés d’appliquer la loi. Il faut qu’ils protègent la femme.”

Francesca Spéville, secrétaire

“Mantalite garson premye lo, tifi dezyem lo”

“Il faut travailler sur l’éducation du peuple en général. Il ne faut pas qu’il y ait du gender bias. Il ne faut pas continuer à véhiculer cette idée que l’homme est supérieur à la femme. L’éducation est la base de tout, c’est elle qui permettra d’arriver à plus de respect envers les femmes. Cela commence dès le plus jeune âge. On doit arrêter de dire que les filles ne savent pas contrairement garçons. Les deux doivent être égaux et traités comme tel. Ena touzour sa mantalite garson premye lo, tifi dezyem lo. Bizin sanz sa. La situation est alarmante.

Les atrocités qu’on entend démontrent qu’il n’y a pas de respect pour la femme. Ça prouve que l’éducation n’a pas bien été faite. À mon avis, cette vague de violences est par rapport à l’indépendance financière de la femme et aussi à son émancipation. De nos jours, il y a de plus en plus de femmes dans des postes clés comme dans la force policière ou chez les pompiers. Je suis d’avis que cela crée une certaine frustration chez certains hommes vis-à-vis des femmes. Nous avons tellement vécu dans un monde où on considère que la femme doit être soumise à l’homme. Avec l’évolution et le changement, les hommes agressent les femmes parce qu’elles ne se soumettent plus.”

Donald Froid, operation manager

“Il y a un gros problème d’éducation à la vie”

“Il y a un gros problème d’éducation à la vie. Quelqu’un peut avoir fait de grandes études et être très intelligent, mais il n’a pas forcément eu accès à l’éducation à la vie. C’est pour cela que, quand il est exposé à un problème auquel il n’est pas formé, il n’arrive pas à gérer la situation. Des fois, un homme peut être gentil devant tout le monde et il chez lui qu’il frappe ou tue sa femme. Tout le monde sera choqué et dira qu’on n’aurait jamais imaginé cet homme capable de d’une telle violence choses.

Il y a aussi la honte qui peut amener un homme à faire preuve de violence envers sa femme. Un homme qui est quitté par sa femme peut agir violemment. Il va se dire ‘ki dimounn pou dir?’.

Il y a aussi toute une mentalité à changer. Si mon fils me voit frapper sa mère, il fera de même lorsqu’il sera grand. Tu dois donner le bon exemple en tant que parent. Tu dois traiter ta femme avec respect et inculquer ces valeurs à tes enfants.

Je trouve aussi que les lois ne sont pas suffisamment sévères. Comment se fait-il qu’ailleurs, un homme soit condamné à vie pour une tentative de meurtre et, qu’ici, un meurtrier s’en sorte avec quelques années d’emprisonnement uniquement ?”

Benjamin Perrot, entrepreneur

La ligne est franchie trop souvent

Cet entrepreneur de Rose-Hill lance un regard amer sur la situation de la femme à Maurice. Benjamin Perrot affirme que nous vivons dans un état où l’impunité semble couvrir les coupables et mène à la maltraitance, la violence et les atrocités dont sont victimes de nombreuses femmes. “Combien de femmes sont détentrice de Protection Order mais quand elles sont dans une situation de crise et vont voir les autorités policières, elles se voient rabrouer par ces derniers, qui les exhortent même dans certains cas, à essayer de faire la paix avec leurs conjoints.” 

Dans le même temps, il affirme que la société mauricienne est beaucoup trop permissive. “Nous avons des lois, des conventions que nous avons signées, mais au final beaucoup de personnes ont l’impression que les violences envers la gente féminine est devenue un droit pour certaines personnes. La ligne est franchie trop souvent. C’est considéré comme quelque chose de normal. C’est comme le problème de la drogue qui est toléré. Ce sont des conditions qui nous mènent à la dérive.” Bien que notre interlocuteur estime que le pays n’a pas évolué avec son temps, il demeure toutefois optimiste que les Mauriciens sauront chercher les outils pour vivre dans une société meilleure et moins permissive.

Helena Reich, Mère et grand-mère :

“C’est de mal en pis”

Les années se suivent et se ressemblent selon Helena Reich. Cette professionnelle dans le secteur de la presse estime que “Depuis des décennies nous entendons encore et toujours parler de ce qui doit encore être fait pour que les droits des femmes soient pleinement respectés à Maurice.” Encore une fois elle est consciente qu’elle s’exprime dans le vide : “Mais vaut mieux dire que de rester silencieux.”

Elle se questionne sur ce qui a réellement changé. “La situation des femmes à Maurice dépend de chaque personne. Dire qu’il faut changer la mentalité est un refrain que j’ai archi entendu.” Elle précise que la violence sur les femmes a toujours existé mais ne faisait pas autant écho dans la société. De nos jours, c’est décrié à plusieurs niveaux parce que les femmes osent parler. Certes, ces dernières sont aussi capables de violences : “Mais c’est beaucoup plus visible. C’est effrayant d’entendre chaque semaine une nouvelle atrocité. Comment peut-on avoir aimé une femme, avoir eu des enfants avec elle et malgré tout de la tabasser et la tuer ? C’est de mal en pis.”

Sans vouloir être pessimiste, Helena Reich a le sentiment que l’actualité sera encore marquée par des cas de femmes battues à mort. Elle déplore que le Protection Order soit comme du “papier toilette, on se mouche avec et on jette à la poubelle. Il faudrait définitivement que les autorités viennent avec des lois plus sévères. Quand les cas sont rapportés, pourquoi ne pas envisager par exemple une courte peine d’emprisonnement pour faire réfléchir ? Il est nécessaire que des sanctions plus agressives soient prises.” D’ajouter que la parole des femmes s’est libérée par le biais des medias et des associations, mais nous avons toujours une catégorie de femmes qui ne parle pas. “Il y a des maux qui n’arrivent toujours pas à se mettre en mots pour des raisons économiques, émotionnelles mais également la peur du lendemain et de perdre ses enfants. C’est aussi par peur du mari, car dénoncer, c’est prendre le risque de perdre sa vie.

Jasmine Toulouse, politicienne et travailleuse sociale

“Quand on aime, on donne et on reçoit de l’amour, non des coups”

Jasmine Toulouse est peinée par la situation des femmes à Maurice en 2020. “Un mélange de sentiments, qui va de la tristesse à l’incompréhension et la colère contre ces personnes qui se sentent supérieures et libre d’ôter la vie d’une autre.” La travailleuse sociale et politicienne réalise pourtant que dans le combat pour le respect des droits des femmes à Maurice a fait du chemin à travers l’éducation ou encore l’égalité au niveau des salaires. “Des avancées qui ont aidé la femme dans l’affirmation et l’estime de soi. Psychologiquement, la femme d’aujourd’hui est solide et gère beaucoup de choses à la fois : maison, famille et travail. Elle s’affirme beaucoup plus et le fait savoir quand elle n’est pas d’accord. Elle sait ce qu’elle veut et ce qu’elle vaut.” Raisons pour laquelle, certaines sont victimes de coups. Jasmine Toulouse souligne que beaucoup de ces femmes n’osent pas franchir le pas et quitter leurs conjoints, car elles ont peur pour leur futur, leurs enfants et ressentent toujours un attachement pour leur bourreau.

Elles sont promptes à s’auto-culpabiliser et à penser qu’elles ont mérité ces coups. La chanteuse fait ressortir que la liberté d’expression est une chose importante. “J’ai moi-même était victime de violence domestique. J’ai pris sur moi pendant de nombreuses années, mais j’ai choisi de partir pour montrer à ma fille que ce n’est pas normal d’accepter cette situation. Quand on aime, on donne et on reçoit de l’amour, non des coups.” Pourtant, même si la persévérance et la combativité sont les points forts de la femme moderne, Jasmine Toulouse espère “qu’un jour ce combat n’aura plus de raison d’être, et que nous regarderons tous dans la même direction. ”

Dans cette entreprise, l’Etat à un rôle important à jouer en veillant à ce que les droits de la femme soient réellement respectés. La femme engagée est catégorique : “Le Protection Order ne protège pas ! Je proposerai d’étudier l’option de bracelets électroniques qui peut être plus efficace. Il faudrait mettre un protocole en place pour que les cris de détresse des victimes soient davantage pris en considération et que les cas soient référés et traités au plus vite parla police.”

Salim Khodabaccus, directeur de NovArt

“Du travail à faire en terme de représentation des femmes au parlement”

“Chaque jour des milliers de femmes et de jeunes filles sont victimes d’humiliation, de privation, de harcèlement, de viol, de violence.. Le nombre de victimes de violence domestique ne cesse de croître. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il n’y a pas que les coups qui constituent les violences conjugales : elles peuvent prendre différentes formes. Elles regroupent tous les actes portant atteinte à l’intégrité physique ou psychique de la victime. D’autre part, la violence verbale se caractérise par toute forme d’expression destinée à blesser, manquer de respect, humilier, rabaisser ou contrôler sa partenaire, telles que les injures, ou les critiques. À la base, la violence à l’égard des femmes et des filles est la manifestation d’un profond manque de respect, un échec des hommes à reconnaître l’égalité et la dignité inhérentes aux femmes. La libération des hommes passe automatiquement par la libération des femmes, car si les femmes ne sont pas libérées, les hommes ne seront jamais libérés. Ils sont les deux faces d’une même médaille.

Au cours des années, il y a eu de réelles avancées dans le pays en matière des droits de la femme. La route est encore longue pour que l’exigence d’égalité entre hommes et femmes soit respectée. En tant qu’éducateur, je constate que l’éducation des filles à Maurice est l’un des rares domaines dans lesquels les femmes dépassent leurs homologues masculins. Cela ne s’est pas, pour autant, traduit par l’égalité en terme d’égalité salariale, de niveau de revenu ou de représentation dans la vie politique. En effet, les femmes sont sous-représentées dans la sphère de décision la plus élevée. Il y a encore du travail à faire en terme de représentation des femmes au Parlement. Notamment en adoptant une loi pour garantir un certain quota de femmes à l’Assemblée nationale. L’Education gratuite, introduite au siècle dernier à Maurice, a contribué largement à créer plus d’égalité entre les deux sexes. Cependant, ces derniers temps, nous avons constaté une augmentation du nombre de grossesse chez les adolescentes et il y a un nombre considérable de filles qui abandonnent l’école pour cette raison. En raison de la stigmatisation et de la discrimination, elles préfèrent rester à la maison.”

Uma Sooben, présidente de Joie de vivre universelle

“La femme mérite plus de respect”

“L’égalité des sexes est un droit humain fondamental. Cela inclut entre autres l’égalité salariale entre les hommes et les femmes. A Maurice, c’est regrettable de le dire, mais nous vivons dans une société patriarcale. Ces dernières années toutefois, la prise en compte des droits de la mauricienne en matière de droit civil a amené à une meilleure émancipation. Néanmoins, en droit pénal il y a des défis à relever. C’est vraiment triste de voir que la violence domestique envers la femme est en pleine ascension à Maurice. Il existe plusieurs types de violence : psychologique, verbale, physique, sexuelle et économique. Trop souvent, l’entourage ne s’aperçoit pas toujours de la situation de violence conjugale qui s’installe dans un couple. Ce serait bien de durcir les lois en prenant un certain nombre de mesures rapides pour mieux protéger les victimes et leurs enfants. Je pense également qu`il y a toute une éducation à faire, et cela commence dès la plus tendre enfance. Une femme est précieuse elle est en même temps une maman, une sœur, une fille, une épouse, une confidente. La femme mérite plus de respect. Des cours de préparation de mariage devraient être instaurés dans toutes les communautés ainsi qu’un suivi post-mariage. Sans oublier des cellules d’interventions et de prévention de la violence conjugale devraient être installées dans différentes parties du pays chapeautées par des psychologues, des conseillers matrimoniaux, etc. Ainsi, chaque femme en détresse pourrait aller anonymement se confier et demander de l’aide afin d’éviter le pire.”

Bipasha Kowlessur

Strategic marketer, Branding & Events Expert

“Il n’y a pas de réelle volonté politique”

“Il est impératif d’éduquer dès le plus jeune âge car tout combat est étroitement lié au type d’éducation que l’on a reçu. Même s’il y a des lois qui protègent chaque citoyen, chaque femme, chaque fille, chaque mère, dans la réalité c’est autre chose car il existe des cas d’abus. J’ai une profonde reconnaissance pour tous ceux qui travaillent sans relâche pour soutenir les femmes vulnérables. Dans la vie quotidienne, il y a déjà des petites choses qui commencent à se faire. J’aurais aimé voir la création d’un site web qui regrouperait toutes les informations pour les mauriciennes que ce soit sur la santé, les droits du travail, le cadre légal du mariage ou divorce, entre autres.

La société mauricienne est très complexe. Elle est à la fois ouverte et pudique, traditionnelle et progressiste ou encore tolérante et persécutrice. Cette bipolarisation de notre jeune société est souvent notre force car nous arrivons, dans la plupart des cas, à un juste milieu. Mais dans certains cas, surtout quand il s’agit des femmes, notre société a de nombreuses critiques vis-à-vis. Les Mauriciennes ont toutes accès à l’éducation, mais combien d’entres elles sont réellement indépendantes, combien ont des postes à responsabilités ou une parité de salaire avec les hommes ? Même si les choses changent, bien souvent à leur rythme, il n’y a pas de réelle volonté politique pour que la femme soit pleinement partie prenante de l’avenir de notre pays.

Aujourd’hui, je suis triste de constater que notre jeunesse, y compris les femmes nouvellement élues, utilise le mot indépendante et droit de femmes avec trop de légèreté. Je fais aussi partie de la société mauricienne, et c’est quelque part un mea-culpa que de reconnaître que nous ne faisons pas suffisamment pour les générations futures. Aspirons à mieux que l’argent, aspirons à devenir des piliers de la société mauricienne, un rempart contre les inégalités et les abus. Ces dernières années, dans le monde entier, des femmes ont été en première ligne du combat pour les droits humains. La femme mauricienne est courageuse. Ses pleins droits, elle les réclamera tout au tard”

Annabelle Fleury

Styliste et créatrice d’Oriya

« Important de sanctionner sévèrement”

“Pour que les droits des femmes soient pleinement respectés, il faudrait qu’il y ait une institution qui puisse assurer le suivi et porter assistance aux femmes tout en leur donnant les moyens de se défendre selon leurs besoins. Il faudrait aussi sensibiliser la société à combattre les stéréotypes de genre et le sexisme. Il devient important de sanctionner sévèrement ceux qui sont violent envers les femmes et ceux qui ont un discours haineux à l’égard des femmes. La réaction des autorités doit montrer clairement son intérêt à protéger et à promouvoir les droits de la femme. Concernant la politique, il y a une légère amélioration de la représentation féminine au parlement. Nous avons une femme au poste de vice-Premier ministre, nous avons eu une femme présidente, les femmes rejoignent de plus en plus la sphère politique et s’intéressent beaucoup plus à la politique. Concernant les femmes entrepreneurs, on note une vraie hausse dans le business à Maurice dû au progrès dans le soutien, dans l’accompagnement et grâce aux différentes facilités destinées à la femme par le SME par exemple et par d’autres associations. Quant à la violence faite aux femmes c’est un vrai désastre, il n’y a jamais eu autant de crimes que ces derniers mois. Selon le Statistics Mauritius on note une hausse considérable en ce qui concerne la violence domestique, il y a eu beaucoup de femmes qui ont perdu la vie en espace de quelques jours. Beaucoup de femmes n’osent toujours pas dénoncer car elles ont peur de leurs bourreaux, elles n’ont pas le soutien, la sécurité et la protection nécessairs. Les peines ne sont pas assez sévères pour ceux commettant ce genre de crimes”.

Kevin Gutty

Directeur, Producteur et Cinéaste

“Accentuer des campagnes contre la violence domestique”

“Il y a toute une éducation de base à reprendre dans les écoles, les collèges et autres centres. Parmi les priorités, il faut aussi accentuer l’effet avec des campagnes publicitaires très agressives contre la violence domestique, les viols, entre autres violences. Il faut surtout, remplacer le Protection Order par quelque chose de plus sévère et vraiment efficace. Le gouvernement doit penser à mettre en place un département légal et une police spéciale pour la femme avec un service 24h/24 et 7 jours sur 7. Mieux encore développer une application mobile ou un autre service plus rapide pour informer directement les départements concernés dans les cas d’agression.

De manière générale, la femme mérite d’être encouragée et de s’épanouir au niveau sociale, académique, politique et autres domaines. Il faut aussi consolider l’aspect familial au sein de la famille. Sans respect et sans action concrète, la situation ne cessera de s’empirer. Nous nous dirigerons vers l’extinction de la race humaine si on continue à s’en prendre à la femme.”

Noémie Barragan

Directrice de Horse Pro Ltd

“Cessons ces différences entre hommes et femmes”

“Il y a une nette différence entre hommes et femmes. Sur le plan professionnel, les hommes ont un salaire nettement plus élevé que les femmes. Celles-ci, sont pour autant tout aussi qualifiées. Toujours en lien avec le milieu professionnel, beaucoup trop de femmes restent chez elles pour s’occuper de leur foyer. Les hommes ont aussi droit à un congé paternité, et peuvent même devenir père au foyer pour permettre aux femmes d’aller travailler. Cessons donc ces différences car hommes et femmes sont égaux sur tous les points. Je suis une amoureuse des animaux et je suis également une féministe. Je souhaite sincèrement que les choses changent et qu’il n’y ait plus de victimes. Les choses peuvent évoluer dans le bon sens, il faut simplement du temps et que tout le monde contribue aux changements.”

Manisha Dhookhony

Managing Partner Rwenzori Consulting & Senior Advisor, Economic Development Board de Madagascar

“Il faut faire évoluer les mentalités”

“Depuis l’Indépendance, d’énormes avancés ont été faites. La création de la zone franche d’exportation dans les années 70 a ouvert la porte à l’entrée massive des femmes sur le marché du travail. Mais, depuis avec les fermetures des usines ce taux a nettement diminué. Pour avancer vers une économie à haute revenue, il nous faudrait avoir plus d’engagement féminin à tous les niveaux. Il faut reconnaître que le focus qui a été mis sur l’éducation et la santé a beaucoup aidé les femmes. Néanmoins le constat de l’écart entre genre est alarmant. Même si les femmes sont en général plus qualifiées au niveau tertiaire, moins de 5% des entreprises mauriciennes sont dirigées par des femmes. Chaque semaine nous entendons de plus en plus la violence qui est faite aux femmes. L’inclusion des femmes dans le développement socio-économique du pays reste une grande bataille. Tant qu’il n’y a pas de femmes dirigeantes dans les instances économiques du pays, que ce soit le privé ou le public, la mobilité ascendante des femmes sera restreinte. Il faut faire évoluer les mentalités. Il y a tout un travail qui doit se faire au niveau des hommes pour les encourager à changer de comportement et de façon de penser. Les principes de l’économie comportementale pourraient atténuer l’écart entre les sexes. Il est d’autant plus une évidence que les systèmes de protection comme les Protection Orders ne fonctionnent pas vraiment. Pour la participation des femmes au marché du travail et pour combler l’écart salarial on pourrait envisager certains éléments des changements dans le système éducatif afin d’ouvrir davantage de domaines d’études et de carrières aux jeunes femmes. Le gouvernement a un grand rôle à jouer pour montrer l’exemple. Jusqu’à maintenant il n’y a pas de femmes à la tête des organismes du gouvernement qui ont un rôle prépondérant dans l’économie du pays, sauf la 2ème deputy de la banque centrale.”