Petits, ils sont tombés dans la cuve. 30 ans après, ils n’en sont pas ressortis. Non pas qu’ils soient de parfaits disciples de Bacchus. Loin de là ! Mais sur les traces de leur père respectif, Fabien et Cedric, diplômés d’Australie et d’Afrique du Sud respectivement, sont oenologues. Outre le vin, ils ont le nez également pour le rhum et la bière. Un métier auquel ils s’attellent avec passion afin de reprendre dans quelques années le flambeau de l’entreprise familiale. Flambeau qui a été repris par Clifford Oxenham dans les années 1950, passé ensuite à ses fils, cette semaine, lors des célébrations du 85e anniversaire d’Oxenham.
L’anniversaire d’une affaire familiale devenue un succès mauricien. Cela, grâce à la vision de la famille Oxenham, qui au-delà des enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants d’Edward Clark Oxenham, comprend aussi et surtout, tous les employés dévoués depuis 1932, à la réussite de Oxenham.
Eureka, Samos, Chaptalin, Bordofin: ce sont des noms familiers à tous les Mauriciens. Leur particularité, qui a aussi contribué à leur réputation qui s’étale au-delà des frontières: c’est du “Made in Moris”. Par la compagnie Oxenham depuis 1932.
85 ans après, Oxenham est devenue un acteur de référence, pas seulement sur le marché des vins et spiritueux, du vinaigre de vin, mais aussi sur celui des alcools fermentés, avec son rhum Bougainville. Un essor porté par la famille depuis quatre générations maintenant. Et Fabien et Cedric Oxenham  n’en sont pas peu fiers d’être de ceux sur qui repose l’espoir de perpétuer le succès d’Oxenham. Et pour cela, des idées, ils n’en manquent pas. D’ailleurs, ils ont de quoi déjà pour rendre leur arrière-grand-père fier. Avec le soutien de leurs pères et oncles, ils ont réussi, après plusieurs essais, à mener à terme, ce que Edward Clark Oxenham avait toujours rêvé de faire : un vin de fruit 100% local.
Divine, dernier-né des vins d’Oxenham existe à ce jour en trois saveurs : letchi, ananas et goyave. Si à ses débuts il nourissait des préjugés contre “cette entreprise mauricienne qui mettait son nez dans le vin, un domaine réservé à l’importation”, aujourd’hui, malgré quelques réticences au départ principalement autour d’un vin dont l’ingrédient majeur n’est pas le raisin, mais d’autres fruits, Oxenham qui a su au fil des années diversifier sa production, en misant sur la production de rhum, est en plein essor.
Les employés, la famille
A 85 ans, c’est 15 000 références sur les rayons, 35 marques produites localement et 75 % de bouteilles recyclées. L’entreprise a certes investi quelque Rs 30 M dans l’automatisation des différentes étapes de l’embouteillage, elle mise cependant beaucoup encore sur l’oeil de ses employés. Des employés qui sont au centre de la réussite familiale. Clifford Oxenham qui, après 65 ans de service tire sa révérence en cédant la barre à son fils Patrick, devenu président, insiste : “Sans sa bann-la la (NDLR : les employés), l’usine pas fonctionné. Tombé-lévé, nou fin serre nou coude pou arrive la kot nou été!” Les yeux empreints d’émotions, il regarde ces hommes et femmes autour de lui et déclare : “Sa meme mo ban frère, sa même Oxenham la sa!” Et pour qu’Oxenham en soit arrivée là, il a fallu aussi que quelqu’un ose. Ce quelqu’un c’est Edward Clark Oxenham qui, en 1932, au détour de queqlues essais à Rodrigues où il s’était mis à fabriquer son propore vin, trouva la recette. Eureka !, s’était-il dit et l’aventure a commencé ainsi.
Jugdish Jugernauth et Omduth Khedun, les deux plus anciens employés, l’un au store, l’autre à la maintenance, âgée de 79 et 75 ans, se souviennent des débuts. “Avant, nous étions à Port-Louis. Letan bizness grandi, noun vinn ici, Phoenix”, racontent-ils, fiers de célèbre le 85e anniversaire de leur entreprise. Une entreprise qu’ils considèrent tous deux, comme d’autres employés aussi “couma nou lacaze”. Jugdish ajoute : “Pareil couma dans tou lacaz, ou contan ou mama ek ou pap, ici oui parey nou contan nopu patron.” Et de souligner que, “ce qui fait le succès de l’entreprise, c’est la vision de la famille Oxenham, leur passion, leur persévérance, mais aussi et surtout, la discipline dans le travail, et la rigueur quant à l’hygiène. C’est ainsi qu’Oxenham aujourd’hui, importateur, fabriquant, embouteilleur de vins et de rhums, est détenteur de la certification ISO 9001-2008.
85 ans, si le vin est toujours un marché porteur, les rhums locaux, dont la particularité chez Oxenham est qu’il sont les seuls de mélasse faite en alambic à Maurice, trouvent de plus en plus preneurs sur les marchés internationaux. Le rhum Bougainville allant de succès en succès, et couronné de médailles à des concours internationaux, adoptera dans les mois à venir de nouveaux flacons de 700 ml, sobres et élégants. D’ici la fin de l’année, Oxenham mettra sur le marché son dernier-né en terme de rhum agricole.
A 85 ans, ce ne sont pas les projets qui manquent chez Oxenham. L’équipe de direction dynamique veut continuellement faire briller le génie de l’entreprise. Et d’ici fin 2017, dans un élan de diversification, elle commencera à produire, cette fois, de la bière