Bientôt deux ans depuis le premier coup de pioche sur cet immense chantier de construction, nécessitant des investissements de l’ordre de Rs 11 milliards, le nouveau Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport Terminal s’approprie la place qui lui revient dans le skyline aéroportuaire. Tous ceux qui transitent par l’aéroport de Plaisance ou qui empruntent l’importante voie d’accès entre le Sud-Est et les Plaines-Wilhems témoignent de l’avancée des travaux dans la construction du nouveau terminal.
Du côté d’Airport Terminal Operations Ltd (ATOL), issue d’un partenariat entre Aéroports de Paris Management (ADPM) et Airports of Mauritius Limited, la satisfaction est de mise devant le rythme de construction de ce terminal avec une capacité d’accueillir au moins quatre millions de passagers annuellement. Ce n’est pas Bruno Mazurkiewicz, Chief Executive Officer d’ATOL, qui dira le contraire, dans un commentaire à Week-End en fin de semaine.
« Depuis le début de janvier, l’environnement du chantier a connu d’importants changements avec la dépose de deux des trois grues géantes en opération depuis plusieurs mois déjà. Seule la grue centrale continue à dominer le paysage. C’est un signal fort qui vient marquer la fin d’une phase de travaux majeurs sur la superstructure. Le dessin de l’enveloppe du terminal est dorénavant visible de tous », affirme le CEO d’ATOL, qui fait toujours preuve de retenue dans ses commentaires sur le déroulement des travaux.
Malgré les strictes mesures de sécurité entourant cette infrastructure économique de portée stratégique, l’envergure des travaux peut être constatée de loin. Les structures métalliques, constituant l’ossature du terminal, ne peuvent être dissimulées sous des bâches alors que pas moins de 4 000 employés de différents corps de métiers ont été déployés à différents moments sur le chantier.
La mise en place de ces impressionnantes structures d’acier au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport, qui avait démarré depuis le mois de mars de l’année dernière, a nécessité une expertise et une précision de taille pour assurer l’adjonction des poutres à la structure d’acier.
La superstructure du terminal comporte 180 colonnes, dont la longueur varie de cinq à 20 mètres, et 400 poutres longues de trois à quinze mètres, soit un volime de quelque 14 000 tonnes d’acier au total. Une importante opération logistique a été mise en place pour le transfert d’aussi importantes cargaisons d’acier du port à l’aéroport.
Le CEO d’ATOL maintient que le déroulement des travaux de construction se fait en conformité avec le planning établi. « À ce jour, la toiture du terminal est en cours d’achèvement et nous ciblons la fin de février pour terminer le clos-couvert avec la fin également de la pose des vitrages, travaux qui ont déjà atteint une étape très avancée », ajoute-t-il.
Avant d’entamer la phase de l’installation des équipements aéroportuaires, les contracteurs travaillant sous la supervision de la firme de construction China State Construction and Engineering Corporation (CSCEC) devront s’attaquer à la mise en place du viaduc qui desservira l’accès des passagers au départ.
Un autre sujet de satisfaction du CEO d’ATOL se situe au niveau des équipements intérieurs. Les volumes dédiés aux diverses activités sont quasiment achevés. Les différentes zones où devront être implantés les futurs services aux passagers ont été délimitées. La salle des bagages, aussi connue comme le make-up, devra abriter les carrousels pour la récupération des bagages du départ à livrer aux avions. Actuellement, le système de traitement de bagages automatique, considéré comme le véritable poumon de tout aéroport, est en voie de réalisation.
À ce stade, un des aspects majeurs des travaux à l’intérieur du terminal en construction demeure le câblage pour les réseaux de plomberie, de lutte anti-incendie, de climatisation et d’électricité. Le sous-sol s’élevant à 49,5 mètres au-dessus du niveau de la mer du terminal devra servir de galerie technique pour les conduits d’électricité, de climatisation et autres. Sheena Poorun, assistante ingénieur électrique, se confiant dans une des récentes éditions d’ATOL Newsletter, définit les principales caractéristiques de ce réseau de câblage.
« C’est un système assez exclusif à Maurice puisque très peu d’immeubles sont dotés d’un tel système. Sur un chantier de cette envergure, il est essentiel qu’il y ait une certaine redondance dans les installations : nombre de câblages sont faits en double, voire même en triple afin que le terminal puisse continuer de fonctionner en cas de panne ou de faille du système », soutient Sheena Poourun, qui ajoute que les travaux d’installation des conduits du groundfloor ont réclamé une expertise poussée en raison du sol basaltique très dur.
Meilleur service
Au fur et à mesure que progressent les travaux sur le chantier, les responsables d’ATOL poursuivent le dialogue avec les partenaires, plus particulièrement les représentants des compagnies aériennes opérant à partir du Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport. En attendant la livraison et la mise en opération du nouveau terminal, tous sont unanimes à reconnaître que le principal attrait sera le nouvel espace disponible dans un souci d’améliorer le niveau et la qualité des services aux passagers, que ce soit au départ ou à l’arrivée, sans sacrifier la sécurité.
Les ouvriers affectés à ce chantier, venant principalement de la République populaire de Chine, avec un encadrement technique des plus cosmopolites, continuent à faire avancer ce qui devra être le hub régional nec plus ultra dans le transport aérien. Avec les échéances de livraison se rapprochant, la silhouette du nouveau terminal se dessine de manière encore plus marquante.
En conclusion, les propos tenus dans un entretien publié dans l’une des newsletters d’ATOL, par Bruno Mazurkiewicz, souligne la spécificité du Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport et marque la différence de ce projet d’envergure.
« Même si sur le papier les grandes lignes de la conduite de ce type de projet présentent un certain nombre de points communs, ils s’estompent rapidement quand on passe à la mise en oeuvre. Ce qui rend chaque projet unique. Ici à Maurice, travailler au quotidien avec de multiples intervenants étrangers est un réel challenger. Le constructeur est Chinois, les consultants sont Américains et Français, le client est Mauricien. Chacun a sa sensibilité, son appréhension des événements et tout ce monde se doit au final d’apporter sa pierre à l’édifice en respectant les objectifs contractuels. À noter : l’on peut avoir les meilleurs ingénieurs, architectes et techniciens du monde, c’est toujours la valeur humaine qui fera la différence. Ce qui fait que cela fonctionne malgré l’existence de culture et d’appréciation différentes dans l’interprétation des situations », affirme-t-il.
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DÉLOCALISATION DE CHAT GAON: Le bras de fer entre AML et les habitants se poursuit
Si Sanjiv Nowluck, porte-parole des habitants de Chat Gaon à Plaine-Magnien, était confiant en se rendant à la rencontre convoquée par Airports of Mauritius Ltd (AML), jeudi à la mi-journée, pour conclure un accord après avoir fait part de leur insatisfaction du montant proposé pour l’acquisition de leurs propriétés, il en est ressorti abasourdi et révolté par l’attitude du président du conseil d’administration, Pazhany Rangasamy, qui avait à ses côtés le Chief Executive Officer (CEO) Serge Petit et d’autres cadres.
« J’ai eu le sentiment d’être presque un mendiant alors que nous sommes tous des propriétaires depuis les années 1980. Nous ne sommes pas des squatters. Ce terrain n’est pas à bail non plus », fait-il ressortir pour exprimer son mécontentement devant l’offre formulée pour le rachat de leurs terrains. Il regrette également les menaces avec le recours à l’arme de la Compulsory Land Acquisition pour les intimider.
« Nous sommes dans nos droits et nous allons le revendiquer, quitte à aller se battre en cour », dit-il. Dans un premier temps, les 21 familles adresseront une pétition au Premier ministre et ils comptent en même temps solliciter l’aide des politiciens. Ensuite, s’il avère nécessaire, les pétitionnaires se tourneront vers une grève de la faim illimitée. « Nous ne serons pas seuls dans ce combat puisque plusieurs familles n’ayant pas reçu à ce jour leurs lettres d’acquisition se joindront à nous », déclare le porte-parole.
De son côté, dans un communiqué public émis en fin de semaine, AML peint un tout autre tableau en soutenant que les discussions progressent entre la direction d’AML et les représentants de Chat Gaon. « Vendredi, ces derniers ont été informés sur le mécanisme de l’évaluation des terrains et des offres leur ont été faites », note AML. Le président se dit satisfait de la réunion : « Nous comptons débuter les négociations dans les jours qui viennent. Nous ne voulons pas que le développement aéroportuaire se fasse au détriment des habitants de la région. Le conseil d’administration donnera tout le soutien voulu pour finaliser l’acquisition de ces terrains dans les plus brefs délais. »
Le communiqué souligne qu’AML avait commandité une évaluation indépendante des terrains et propriétés dans la zone identifiée. Une offre entre Rs 119 000 et Rs 129 000 la perche a ainsi été faite pour les terrains et soutient que les propositions ont été faites selon les valeurs actuelles. AML rappelle aussi que son entreprise s’est engagée à encourir les frais notariés et autres charges relatives à l’acquisition qui s’élèvent selon leurs calculs à plus de Rs 5 millions.
Plus loin, le communiqué mentionne qu’il a été convenu, suite à la réunion, que les habitants qui ne sont pas satisfaits des offres d’AML formuleront des contre-propositions au courant de la semaine prochaine. Une information que Sanjiv Nowluck dit ne pas être au courant puisque la réunion s’étant terminée en eau de boudin, aucune rencontre n’a été programmée pour la semaine prochaine.
AML avance par ailleurs qu’il travaille sur un calendrier pour d’éventuelles négociations. Ainsi, des réunions individuelles devraient en principe débuter prochainement. Quant au CEO Serge Petit, qualifié par le porte-parole des habitants comme un vrai gentleman, il souhaite trouver une solution dans le dialogue, tout en préservant l’intérêt des propriétaires et faciliter le développement de l’aéroport. Il rappelle néanmoins : « Il s’agit de la continuation de notre démarche d’acquisition qui nous permettra de mettre en place une zone tampon près de la piste d’atterrissage et des zones stratégiques pour nos opérations. » L’aéroport, poursuit-il, est une infrastructure d’une importance nationale et son développement, même si c’est la source de petits inconvénients, est nécessaire pour une croissance soutenue du pays.