Photo aérienne du site étendu sur près de 14 hectares (signée John Olsen)

Tout y était pour redonner vie à Cité La Chaux, Mahébourg : la volonté des habitants, l’expertise de professionnels étrangers et locaux de l’environnement, et les fonds nécessaires pour tout mettre sur pied. Seul bémol, le ministère du Logement et des Terres n’a jamais donné son accord et ses raisons derrière cela. Estelle Déjà, facilitatrice et initiatrice d’un community-based project et représentante de l’ONG Environmental Protection and Conservation Organisation (EPCO), est déçue, mais elle ne baisse pas les bras.

Après avoir passé près de trois ans aux côtés des habitants de la région, Estelle Déjà rentre en France en mars avec un goût amer. « Je trouve que tout cela est injuste, surtout pour les habitants de Cité La Chaux, qui ont une vraie volonté de sauver leur endroit et qui ont travaillé dur pour remettre ce site sur pied », confie-t-elle à Week-End. Détentrice d’un master en gestion des aires protégées, elle débarque à Maurice en 2013 après avoir décroché deux stages volontaires. Répondant à l’appel de quelques pêcheurs de Cité La Chaux, elle décide de s’y intéresser. « Le site était complètement abandonné. Il y avait plein de déchets, de seringues, de matelas, etc. », se souvient-elle. Un site de près de 14 hectares, dont six hectares recouverts de mangrove et un wetland. « J’ai tout de suite vu le potentiel de mettre en place un community-based project pour la communauté locale », dit-elle.

Au terme de surveys et de discussions avec les gens de la région, Estelle Déjà parvient à identifier les problèmes de cette cité un peu oubliée de tous. « Le but principal était de conserver et de restaurer le wetland en mettant en place un projet d’aquaculture pour les pêcheurs et de faire de l’écotourisme avec notamment la création d’une aire de jeux, d’un musée de la pêche, entre autres. Il s’agissait aussi de mettre sur pied un projet durable pour les jeunes, terrassés par la drogue, qui n’ont pas d’activités du tout », explique-t-elle.

Par ailleurs, cette dernière avance avoir été contactée par des experts japonais — qui financent d’ailleurs le projet avec la Commission de l’océan Indien —, et des universités américaines, car ce projet pilote aurait pu servir d’exemple pour d’autres pays qui souhaiteraient appliquer ce type de développement communautaire et local. « Ce projet pilote avait une sensibilisation au niveau mondial », ajoute-t-elle. De plus, les habitants ont créé leur propre coopérative, dont les bénéfices ne profiteraient qu’à ces derniers.
« Contrairement à ce que l’on peut penser, tel est le but du projet. Une fois que les habitants peuvent tout faire eux-mêmes, je m’en vais. Mon but n’étant que de les accompagner », souligne la jeune femme.

Espèces endémiques arrachées

Un projet collaboratif avec et pour les habitants de la région. Sandy Monrose, habitante de Cité La Chaux et travailleuse sociale, ne comprend pas pourquoi les autorités ne veulent pas valider ce projet pourtant louable. « Mamzel-la inn vini pou éd nou, dayér pliziér étidian étranzé inn vini pou gété koman sa prozé-la été. Aujourd’hui Estelle doit partir entachée », déplore-t-elle. En effet, au début de cette année, Estelle Déjà reçoit une lettre selon laquelle elle aurait forcé des habitants à arracher 382 plantes, dont plusieurs espèces endémiques sur le site. « Alors qu’elle ne nous a pas forcés ! Nous voulions nous-mêmes défricher ce bois et tout nettoyer. Nous avons même eu l’aide des ONG, d’étudiants, entre autres. À l’époque, on nous félicitait pour cette initiative et aujourd’hui on se retourne contre Estelle Déjà. Cela n’a aucun sens », dit Sandy Monrose.

Ainsi, depuis quatre mois, plus rien n’avance. Après un workshop organisé par Estelle Déjà réunissant 43 experts du monde entier sur cecommunity-based project en août dernier, le ministre du Logement et des Terres, Mahen Jhugroo, décide pour la première fois de se rendre sur les lieux et « quatre jours après, nous recevions une notice de squatteurs », dit Estelle Déjà, dépitée. Consciente que les autorités sont en droit de prendre une quelconque action, cette dernière reste néanmoins pantois quant au manque de communication.
« Nous avons reçu l’autorisation de tous les ministères concernés et du Ramsar Comittee, sauf celui du Logement et des Terres. Pourquoi n’avons-nous pas eu de réponse concrète ? » s’interroge-t-elle. Criant à l’injustice, Estelle Déjà souhaite une réponse du ministère du Logement et des Terres. « Je vais me battre », dit-elle. Soutenues par les habitants de la région, ces derniers ne comptent pas rester les bras croisés et comptent bien sauver leur cité de l’abandon.

Du côté du ministère du Logement et des Terres, l’on parle d’activités illégales. « The organisation has illegally modified an existing untarred road with concrete and rocks. It is to be noted that the said development has been carried out in a region full of mangrove trees and there is a high risk that mangroves have been damaged in the said process ; Back filling has illegally been carried out by the organisation on the State Land and in the barachois itself ; Several trees have illegally been felled and uprooted on the State Land ; A bridge made of rocks has illegally been constructed in the barachois », est indiqué dans un document officiel.

Affaire à suivre.