Lieu de naissance de Sir Seewoosagur Ramgoolam, populaire pour abriter le SSR Memorial Park, Kewal Nagar, anciennement connu comme Bell Rive, est pourtant beaucoup plus que ça. Avec pour guides la chanteuse Virginie Gaspard et son compagnon Joël Estazie, nous vous invitons à redécouvrir ce hameau niché dans l’est du pays. Là-bas, entre les grandes étendues de champs de cannes, les zones boisées, la rivière et les montagnes à perte de vue on y cultive avant tout l’authenticité d’une vie simple.

Pour certains, ce n’est qu’un village au bord d’une route. Pour d’autres, c’est tout un univers. Joël Estazie en connait les moindres recoins pour y avoir passé toute sa vie. La nature le ressource, le libère de toutes tensions, l’apaise et le “nourrit physiquement et spirituellement.” Une faune et une flore particulièrement riches, qui est parfois tout le garde-manger de ce chasseur atypique, qui se révèle tout autant un pêcheur rodé. La Grande-Riviere-Sud-Est qui traverse la région est aussi la sourced’inspiration du musicien. C’est aussi sur les berges de cette rivière connue comme Gro Ros, que sont nés les premiers émois entre Joël Estazie et la chanteuse Virginie Gaspard. A ses cotés, la finaliste de Vibe Maurice et candidate de la saison 8 de The Voice France a fait son éveil à la nature.

Patrick Marie, l’oncle de Joël Estazie, est un sculpteur d’expérience qui a contribué à sculpter le siège du Pape Jean Paul II lors de sa visite à Maurice en 1989.

Douceur de vivre

Aussi composée de Kendra, 12 ans, Kellan, 10 ans, et Kenzell, 5 ans la famille,  vit à la Cité CHA. Une déco sobre sous le signe de la musique et de l’artisanat. Un djembe recouvert d’une planche en forme de poisson en guise de table basse, des fauteuils rafistolés avec du bois et du rafias, des ravenalas et des rochers comme tableau naturel entre autres bambous et troncs d’arbres. “On se sert dans la nature. Ce sont des matériaux récupérés dans les bois et près de la rivière”, fait ressortir Joël Estazie. Selon virginie, “Souvent nous oublions de regarder autour de nous. La nature nous offre tout ce dont nous avons besoin. Il faut juste ouvrir les yeux.” L’ancienne habitante de Résidences La Cure a appris à nager, à pêcher, à laver son linge au bord de la rivière depuis qu’elle s’est installée ici. “Nous apprenons aussi à nos enfants à profiter de ces plaisirs simples. Ils n’ont pas de portables ou de tablettes. Ca ne les dérange pas car ils sont beaucoup plus épanouies ainsi.”

Eveil à la nature

Direction la Rivière Gro Ros. La météo est clémente. Pirate, le chien de la famille, est en tête de file suivi de Virginie Gaspard et de Joël Estazie. Malgré la chaleur, ce dernier avance pieds nus sur le bitume. “Ce n’est qu’en de rares occasions que vous me verrez chaussé. J’ai grandi ainsi et je me sens bien. C’est aussi une façon de me relier à la terre”, explique-t-il.  Deux ou trois contours, un champ de cannes et un petit chemin de terre plus loin et c’est l’évasion. Le frétillement des feuilles, l’apaisant du vert, le bruit d’un cours d’eau, le chant des oiseaux. On s’empreigne des lieux, des paysages et des parfums de cette région verte et boisée. Au passage, Joël Estazie nous apprend à reconnaitre les plants de canneliers. Une fois écrasé entre les mains, ces larges et belles feuilles odorantes diffusent un agréable arôme épicé.

La nature, c’est l’élément du couple formé par Virginie Gaspard et Joël Estazie.

Nous apprenons aussi que les sevret sont capturées plus facilement dans l’eau calme d’un cours d’eau ou encore que les tilapias mordent plus aisément à l’hameçon dans de l’eau boueuse. “Mo lenfans inn fini par lamem”, confie-t-il. Un environnement qui a définitivement été le berceau d’inspiration de l’artiste qui y a développé son propre style musical qu’il a baptisée le Reblues. “Mais il est trop humble pour vous le dire, souligne Virginie. C’est un  mélange de reggae, blues et jazz.”

Souvenir d’Enfance

C’est sur ce Reblues que Joël Estazie fait résonner sa guitare pour rendre hommage à son village dans Souvenir d’enfance.  Une chanson aux paroles profondes et sincères chantée :“en plin la natir” pour raconter : “Anba la rivier/ tilapia sote/papiyon anvole/zanfan ti pe naze.” Apres une bonne dizaine de minutes de marche nous arrivons sur les berges de cette fameuse rivière que Joël Estazie dépeint dans sa chanson. Elle est comme dans un écrin avec une épaisse végétation des deux cotés. L’eau déambule à travers des rochers volumineux (d’où son nom), offrant au lieu un cachet unique. “C’est ici que Joël m’a emmenée la première fois et qu’il m’a séduite”, relate Virginie. Régulièrement, ils y viennent pour se ressourcer et aussi pour pêcher et s’amuser. Virginie et d’autres femmes viennent encore faire leur lessive sur ses berges tout en discutant en attendant que le linge ne sèche au soleil.

Un lieu pour se reposer, se ressourcer…

Pendant  ce temps, Joël pêche tilapias, anguilles, carpes et de temps à autre des chevrettes. Belle Rive est réputée comme étant une destination sûre pour trouver sevret et écrevisses souvent vendus aux abords de la route principale. “Des pique-niques sont improvisés avec les enfants et nous profitons des toboggans et des bassins.” Nous remontons le cours d’eau, en direction du pont de Belle Rive. Au passage, l’enfant du village évoquent des légendes connues de tous. “Certaines personnes affirment avoir vu des sirènes et des pieuvres dans le Bassin Chrétien qui se situe un peu plus haut. La légende dit qu’un prêtre serait même venu bénir ce bassin.”

Son grand-père qui était un grand plongeur a laissé la vie dans un autre bassin. “Le lieu a été baptisé Tot en sa mémoire.” En ce qui concerne sa grand-mère Rita : “C’était elle la grande chasseresse.” Elle a transmis son don à sa descendance.

Notre garde-manger

Joel Estazie fait bouillir sa marmite en se servant régulièrement dans la nature. “C’est notre garde-manger.” Dans les bois et les hauteurs, notamment a Montagne Bambous, il chasse souvent : cerfs, sangliers, tang, etc. A cet effet, pour capturer ces proies, le chasseur use de méthodes peu conventionnelles. “Pas besoin de chien pour capturer le tang. Il me suffit de suivre mon instinct.” S’il est aguerri dans la pêche et la chasse, aujourd’hui, il commence enfin à maitriser l’art de labourer la terre.

La chanteuse Virginie Gaspard porte un attachement spécial à cette rivière.

Le Pont de Belle Rive enjambe la Grande-Rivière-Sud-Est. Cette structure centenaire, inaugurée en 1816 offre un cachet pittoresque au village. Un pont emprunté naguère par des petits trains dont des rails sont encore visibles sur la route. Selon Joël, auparavant pour rallier les habitations à l’établissement sucrier de Belle Rive, des camions transportaient des chargements de cannes à sucre, du bois, des animaux entre autres. Pourtant, il est triste de constater que des ordures jonchent les abords de cette rivière à certains endroits. “Au lieu de préserver les lieux, nous remarquons que des nouveaux  habitants qui ont construit leurs maisons aux abords de la rivière la prennent pour une poubelle.” Certains y déversent aussi leurs eaux usées.  Des espèces invasives comme le poisson chat commencent à envahir la rivière, et les poissons se font de plus en plus rares.

Malgré la crainte que des développements fortuits viennent bousculer leur quotidien, pour rien au monde le couple n’accepterait de quitter ce petit coin de paradis : “Nous avons fait le choix d’être heureux. Et Le bonheur c’est ici.”

Manque infrastructures et fléaux sociaux

Le manque de développement et les problèmes sociaux sont décriés. Virginie Gaspard estime que ce village est un peu l’oublié de cette partie de l’est. Hormis le centre communautaire et le terrain de foot synthétique, “qui n’est malheureusement pas à la portée de tous, Kewal Nagar, contrairement au village d’Olivia, souffre de profondes lacunes au niveau loisir, sportif et médical. Les jeunes sont désœuvrés.”  Longtemps préservés, ce village rural n’est plus épargné par le problème de drogue synthétique. Dans l’ex-Camp sucrier de Belle Rive, les traditions aussi bien que l’intolérance à la “différence” semblent aussi profondément enracinés. Trop souvent, aux dires de Vidooshi, certaines mentalités jugées “archaïques freinent l’épanouissement des jeunes”.

Kewal Nagar : L’origine d’un nom

Sir Seewoosagur Ramgoolam est né le 18 septembre 1900 à Belle Rive. A son  décès le 15 décembre 1985, le conseil de district de Moka/ Flacq décide à l’unanimité de changer le nom du village de Belle Rive, en celui de Kewal Nagar. Dans son enfance, SSR avait comme sobriquet Kewal et “Nagar” signifie endroit.

En 2004, le SSR Memorial Park, qui abrite une stèle de Sir Seewoosagur Ramgoolam  été inauguré. Un espace vert, une fontaine, un parc de jeux pour les enfants, de magnifiques palmiers mais aussi des  kiosques des installations sportives sont venus embellir le village, faisant le bonheur des touristes et piqueniqueurs.