L’heure du déjeuner sonnera comme d`habitude ce 25 décembre

C’est Noël et tous se préparent pour le repas festif, pour les fêtes en famille et pour des retrouvailles en toute convivialité, histoire de clore cette belle année. Et pourtant, chaque année, ils sont nombreux à fêter ce 25 décembre sans leurs proches, en maison de retraite. Entourés de leurs nouveaux camarades, nos seniors gardent la patate. Les yeux un peu mouillés, le coeur toujours rattaché à leur famille, ils n’arrêtent pas pour autant de sourire à la vie. Rencontre.

« Ki zafer ki ou zété mé ki pa tonbé ? » Claude a 71 ans. Assis dans son fauteuil, il prend l’air, le temps d’attendre le repas de midi. D’un air taquin, il nous fait la causette. Nous avons rendu visite aux résidents de la Meenatchee Home, à Kaylasson, Sainte-Croix. La salle est décorée pour les fêtes, mais le temps semble s’y être arrêtée. « Répons la sé : enn coup d’oeil », lance-t-il avec un sourire. Résident à la Meenatchee Home depuis plusieurs années, cet habitant de Pointe-aux-Sables n’a rien prévu pour Noël. En fait, pour lui, Noël sera un jour comme un autre. « Je n’ai personne, j’ai toujours été seul. Même avant de venir ici. On aura un déjeuner avec les résidents. On attend », nous dit-il, les yeux embués de larmes.

Cathan Ariapen esquissant un joli sourire

La Meenatchee Home, qui existe depuis 1998, accueille une quarantaine de résidents. Située à l’arrière du temple de Kaylasson, c’est un véritable petit havre de paix. « Nous essayons tant bien que mal d’offrir une vie décente à tous nos résidents. Ce n’est pas évident avec le coût élevé de la vie, des couches pour adultes, entre autres », nous explique Vishal Deal, Manager de la Meenatchee Home.

Ainsi depuis plusieurs années, cette maison de retraite accueille des personnes qui finissent par y élire domicile. « Il y avait un couple qui avait décidé de placer la maman chez nous. Quand ils sont rentrés au pays, ils ont décidé de reprendre cette dernière chez eux. A leur grande surprise, la dame n’a pas souhaité rester chez eux et voulait rentrer chez elle, soit à la Meenatchee Home», raconte-t-il.

Visite de bons samaritains

Ainsi, pour accommoder d’autres résidents, une autre wing a été construite qui pourra accueillir encore 18 personnes, en sus des nouvelles salles de classe de chants et de danse pour les tout-petits, non loin de la maison de retraite, inaugurées le mois dernier en présence du Président de la République Parasivum Pillay Vyapoory et de l’ancien président d’honneur de la Hindu Maha Jana Sangham, le Dr Vythilingum, entre autres.

A l’approche de l’heure du déjeuner, les résidents sont sortis de leur chambre et prennent l’air, comme monsieur Claude. Madame Naidu nous sourit au loin. Timidement elle vient s’asseoir à côté de nous. « Noël va se passer comme tous les ans avec un déjeuner et un apéritif », dit-elle dans un éclat de rires.

A 91 ans, elle nous raconte vaguement comment se passait Noël du temps où elle était encore jeune : « Nous nous apprêtions et portions nos plus beaux habits. C’était tout le temps autour d’un bon repas que l’on se retrouvait. » Cette année encore, ce sera avec les autres résidents de la maison de retraite, à défaut d’avoir sa famille à ses côtés, qu’elle trinquera pour Noël. Madame Manon, qui aura « 82 ans le 12 mars prochain », nous confie elle aussi que Noël sera comme tous les ans. « Il y aura sûrement des donations de bon samaritains. Nous avons toujours de la visite, cela fait plaisir », dit-elle.

Pendant plusieurs minutes, cette dernière nous raconte sa vie de jadis, sa jeunesse, ses moments passés avec la famille. Mordue de lecture, elle nous confie, tout sourire, qu’elle ne manquait jamais de lire son Week-End. « Vous êtes encore jeune, il faut apprendre à profiter de la vie. Personne n’est à l’abri, vous savez. C’est aussi pour cela qu’il faut toujours avoir de bonnes intentions et avoir de la bonne volonté. Quand cela vient du coeur, il ne pourra rien vous arriver de mal », nous conseille-t- elle. Après de longues minutes à converser sur la vie à la maison de retraite et sur la vie tout court, nous la laissons le coeur un peu lourd et la gorge nouée. « Bonne année, joyeux Noël et compliments à tout le monde à Week-End », nous lance Madame Manon. Il est presque midi et la cloche retentit déjà pour le repas. Tous convergent vers la salle à manger. Nous y rencontrons Cathan Ariapen, 101 ans. Grand gaillard, il ne manque pas de nous taquiner. « Ou bizin marye enn fwa. Ki ou pé atann ? Siklonn pé vini ! », rigole-t-il.

Ainsi, contre vents et marées, nos seniors sémillants. Loin de leurs proches, mais entourés de leurs camarades résidents, ils auront pour ce Noël un repas, voire un sourire à partager avec quelqu’un. Le plus beau cadeau que l’on puisse leur offrir.