Le double dopage survenu en moins de trois semaines au sein de l’établissement Rousset n’est pas qu’une simple affaire de dopage, car les répercussions sont trop importantes pour qu’elle soit le seul fait de quatre amateurs en quête d’un petit pactole. Ça arrangerait tout le monde que l’affaire soit bouclée à ce niveau, comme ça l’a été pendant des dizaines d’années, où les palefreniers et quelques complices « rodeurs de l’air » ont été les seuls à pâtir de l’administration illicite d’un produit interdit à un cheval.

Le plus gros perdant dans cette affaire est sans aucun doute l’établissement Rousset, qui a dû subir le déshonneur d’être associé à un premier cas de dopage sauvage qui a permis à ses détracteurs de le pointer du doigt. Le deuxième cas de dopage, moins de quinze jours plus tard, alors que l’échantillon B du premier cas avait toutes les peines du monde à quitter notre territoire, est venu gravement ébranler une réputation construite sur une domination dérangeante pour certains de l’hippisme mauricien lors de ces dix dernières années.

C’est un secret de Polichinelle que tous les établissements essaient lors d’une saison de courses de préparer leurs chevaux au mieux pour être au top et, bien évidemment, la chimie est présente dans cet objectif, d’autant que bon nombre de chevaux importés chez nous ne sont pas totalement sains. Les quelques dérapages qui sont notés de temps à autre concernent un dosage mal maîtrisé de produits prohibés, c’est-à-dire qui ne doivent pas être présents dans l’organisme des chevaux le jour des courses. Pour cela, les entraîneurs sont sanctionnés d’une forte amende. Ils s’en trouvent qui profitent de l’intersaison, ou d’une phase de repos d’un cheval, pour utiliser des produits illicites pour rebuild leur protégé, ce qui est totalement interdit mais, en l’absence de contrôles inopinés, ils sont rarement pris en flagrant délit. Si, finalement, ils étaient pris, là, les sanctions sont beaucoup plus sévères et peuvent aller jusqu’à plusieurs années de suspension pour l’entraîneur.

Maxamore et Aspara sont des victimes d’un dopage sauvage par un produit illégal hyper connu et administré par un quatuor dont on peut douter de son savoir en biochimie. Autrement, des précautions auraient été prises pour qu’aucune trace ne soit laissée dans l’organisme du cheval. Mais là, tout a été fait pour que le produit soit détecté au contrôle antidopage et que tout désigne l’entraînement Rousset comme coupable dans l’opinion publique. Seules les conclusions de l’enquête établiront les responsabilités des uns et des autres dans cette affaire qui tient en haleine le landerneau hippique mauricien. Grandement déstabilisé pas ces événements, Gilbert Rousset a consenti à retirer, sous une pression savamment distillée par les autorités, tous ses chevaux samedi dernier. Un dangereux précédent qui a pénalisé les propriétaires de ces chevaux, d’autant que l’analyse a montré qu’ils étaient tous négatifs et sains à courir.

S’il faut saluer le fait que le dévoilement de l’identité des chevaux positifs soit fait de concert entre le MTC et la GRA, il n’en demeure pas moins vrai que le secret que la procédure est censée garantir est largement violé. En effet, les noms des deux chevaux dopés ont été rendus publics dès la veille de cette opération commune sur les réseaux sociaux. De deux choses l’une, soit le système de circulation de l’information GRA/MTC/QuantiLAB comporte des failles — qu’il faut alors vite revoir —, soit ce sont ceux qui sont derrière le dopage qui ont rendu l’information publique pour s’assurer de la qualité du service après-vente.

Quoi qu’il en soit, si la Police des Jeux veut être crédible, elle ne pourra se contenter de faire du palefrenier et éventuellement ses complices, pour lesquels les preuves sont inexistantes à ce stade, les seuls coupables de cette affaire. Il lui faudra trouver ceux qui se sont procuré les produits, qui les ont préparés et dosés, bref les vrais commanditaires. Ceux à qui le crime finalement profite vraiment. Notre police, la GRA et le MTC ont-ils les moyens de le faire, ont-ils la volonté d’aller au bout de cette affaire ? Seul le résultat final nous le dira, mais sur la base de 200 ans d’hippisme, les puissants n’ont jamais été inquiétés, seul le palefrenier, bien consentant souvent, a été trouvé coupable, ultimement.

Permettez-nous donc d’en douter, puisque le premier nom balancé dans cette affaire par le palefrenier a disparu plus vite qu’il n’a été cité. Pourtant, cet individu bien connecté au sommet de l’État et propriétaire de chevaux avait dans le passé été mêlé à une affaire de psychotropes. Il y a aussi d’autres raisons de s’inquiéter sur l’avancement de cette enquête. Nous en reparlerons le moment venu.