Le dépôt d’immigration de l’Aapravasi Ghat est plus qu’un simple bâtiment. Il est le témoin d’un passé qui ne devrait pas être négligé pour comprendre le peuplement de Maurice. Contrairement à la croyance populaire, ce lieu n’a pas vu débarquer que des Indiens. Des immigrants de Madagascar, de l’Afrique de l’Est, des Comores et du Sud-est asiatique y ont également transité avant d’entrer sur le territoire. C’est ce qu’affirme Satyendra Peerthum, historien et chercheur pour l’Aapravasi Ghat Trust Fund.
Marquant l’arrivée de ces travailleurs engagés à Maurice, le 2 novembre a été décrété jour férié pour l’ensemble de la population. Le statut de monument classé au Patrimoine mondial de l’Unesco donne à l’Aapravasi Ghat une dimension internationale qui témoigne de la spécificité du lieu ayant été le premier à accueillir la “Grande expérience” initiée par le gouvernement britannique en marge de l’abolition de l’esclavage. Maurice a en effet été la première colonie à procéder au recrutement de travailleurs engagés sous contrat, pour un minimum de cinq ans. Une initiative mise sur pied pour mettre fin au commerce et à l’exploitation des esclaves, et dont le succès va contribuer à décréter l’abolition de cette pratique inhumaine en 1835.
Émotion
En foulant le sol de l’Aapravasi Ghat, il est difficile de pas songer avec émotion qu’en suivant le parcours de la visite, ce sont les pas des ancêtres de 70% de la population mauricienne que nous emboîtons. Les explications de notre guide, Satyendra Peerthum, nous font faire abstraction du bruit des moteurs des bateaux à proximité, et du soleil ardent de Port-Louis. Au fil de la visite, nous (re)découvrons un pan de l’histoire de notre pays, et arrivons à imaginer sans peine le quotidien des habitants temporaires de ces lieux, dont les premiers ont débarqué il y a 177 ans.
Quand les navires transportant les immigrants arrivaient à Maurice après un mois de voyage, il fallait 48 heures pour remplir toutes les formalités nécessaires. On retrouve ainsi dans les vestiges de l’Aapravasi Ghat les installations sanitaires, la cuisine et l’espace qui leur servait de logement pendant leur transit. Les fouilles de ces dernières années ont contribué à mieux mettre en lumière leur mode de vie, grâce, notamment, à la découverte d’ustensiles de cuisine. Gravir les seize marches menant au bâtiment principal, passage obligatoire pour tous ceux qui débarquaient, est un moment encore plus émouvant.
Réhabilitation
Les installations de l’Aapravasi Ghat ont failli finir en ruines, dans l’indifférence générale, sans la campagne du journaliste Beekrumsing Ramlallah dans les années 70. Grâce à lui, les procédures pour la préservation du site ont pu être enclenchées. Mais le développement routier des années 80 a toutefois contribué à la démolition de quelques-uns des bâtiments d’origine. L’autoroute à proximité de la gare du Nord (Place de l’Immigration) a ainsi été construite sur une partie du site où se trouvaient des infrastructures (logements, bureaux, etc.) ayant servi à accueillir les immigrants.
Le classement de l’Aapravasi Ghat en tant que monument national en 1987 contribua définitivement à sa préservation, et le site fut placé sous la tutelle du ministère des Arts et de la Culture. Même s’il ne reste aujourd’hui que 25% des structures d’origine, ce lieu a trouvé sa place sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco en 2006. Des travaux de recherche et de restauration ont débuté depuis 2004, dans le but de préserver les installations mises à jour de toute détérioration supplémentaire. L’essentiel de ces travaux concerne ainsi la réhabilitation de la toiture et de l’intérieur de ce qui était l’hôpital.
Musée
Alors que les lieux étaient jusqu’à présent ouverts au public, ils seront bientôt fermés, le temps d’entreprendre l’installation d’un centre d’interprétation. Satyendra Peerthum nous explique qu’il s’agira d’un musée retraçant l’histoire du site et de l’engagisme, et justifiant son classement au Patrimoine mondial. C’est le bâtiment situé à gauche de l’ancien hôpital qui va accueillir ces nouveaux aménagements.
Une cérémonie de commémoration se déroulera ce mercredi 2 novembre, à côté du rond-point du Caudan, en collaboration avec la Old Heen Foh Pagoda. Diverses autres activités sont aussi prévues, dont une conférence internationale scientifique sur le thème New perspectives on indentured labour (1825-1925).