Assemblée nationale

Tout un chacun s’accorde à souligner que la reprise des travaux de l’Assemblée nationale, ce mardi, se fera sous la logique de la prochaine campagne électorale. Les signes préliminaires venant de l’hôtel du gouvernement se font déjà voir, dont l’accélération de la campagne de recrutement dans la fonction publique par le truchement des “delegated powers”, le statu quo des prix de l’essence et du mazout, les sorties quasi politiques ciblées avec des « formules soi-disant magiques », comme la promesse d’un ajustement de la pension de vieillesse adressée à une audience du troisième âge.

Autant d’éléments que l’opposition parlementaire, PMSD, MMM ou Labour confondus, ne pourra laisser de côté compte tenu des échéances menant à la fin du mandat du présent gouvernement de Pravind Jugnauth.

Dans les rangs des chantres de l’hôtel du gouvernement, l’on ne fait que répondre que « ce gouvernement a un encore un budget à présenter et des projets à compléter pour intégrer le bilan des cinq ans au pouvoir ».

Les plus optimistes avancent que le gouvernement compte miser sur le début de l’exploitation du projet Metro Express sur la ligne Rose-Hill/Port-Louis pour le « marketing de la modernisation de l’île Maurice ». Mais d’autres les contrediront en soulignant le caractère très localisé de ces investissements massifs de Rs 18,8 milliards pour générer des effets d’entraînement politique dans les coins et recoins du pays en période électorale.

Toutefois, les apparatchiks du Sun Trust concèdent en leur for intérieur que la date du 15 janvier 2019, avec l’appel du scandale MedPoint devant le Judicial Committee of the Privy Council, reste incontournable et échappe à tout contrôle sur l’échiquier politique.

Jusqu’au début de l’année prochaine, la donne politique se jouera au sein de l’hémicycle, l’opposition faisant cause commune pour mettre le gouvernement en état d’échec et mat sur le projet de réforme du système électoral avec une nouvelle Assemblée nationale, composée entre un minimum de 81 parlementaires et un maximum de 91. Comme il est extrêmement risqué de s’aventurer pour baliser le déroulement des séances parlementaires, Le Mauricien a sollicité les principales têtes de série pour un rapide tour d’horizon avant la reprise de mardi.

Ainsi, le leader de l’opposition et du Parti mauricien social démocrate (PMSD), Xavier-Luc Duval, confirme que cette rentrée parlementaire s’inscrit dans « une logique de campagne électorale ». Selon lui, le point saillant de ce retour à l’Assemblée nationale demeure que tous les partis politiques sont déjà passés en mode pré-élections générales. « Cette session du Parlement intervient dans un “mood” de campagne et n’est pas loin de l’affaire MedPoint de Pravind Jugnauth au Privy Council » dit-il.

Pour lui, la situation sociale dans le pays est « malsaine ces jours-ci » avec la prolifération de drogues, de la corruption et du népotisme. « On note des abus en tous genres. On observe de plus en plus un pourrissement des institutions du pays », a laissé entendre Xavier-Luc Duval. Il est d’avis que le gouvernement de Pravind Jugnauth « tentera par tous les moyens de faire croire à la population que tout va bien ». Et « li pou essey montre lor papie li pe rod fer bann sanzman ki positif », dira le leader du PMSD, « alors que la réalité est tout autre ».

En tant que leader de l’opposition, dit-il, il continuera à accentuer la pression sur le gouvernement MSM/ML. « Nous sommes conscients que nous empochons l’argent public en tant que députés et membres de l’Assemblée nationale. J’espère que les autres partis de l’opposition mettront de côté leur désir d’alliance ou de “Koz Koze” ou encore de faire les yeux doux. Nous avons eu assez des “On and Off” et nous ne voulons pas d’un scénario semblable à celui de 2014 », a soutenu Xavier-Luc Duval.

Et d’ajouter que le pays « vit au rythme de plusieurs défaillances » dans plusieurs aspects, non seulement politiques, mais aussi économiques. « Et il n’y a qu’un seul responsable de cet état de choses, c’est celui qui est aux commandes », selon le leader des Bleus.

Du côté du Mouvement militant mauricien (MMM), l’on ne prévoit nullement de « fer de kado sa gouvernma Titanik-la ». C’est ce qu’affirme le député et secrétaire général des Mauves, Rajesh Bhagwan, au sujet de cette reprise des travaux de l’Assemblée nationale. Selon lui, la situation « a empiré » durant les vacances parlementaires. « Les institutions du pays sont dévaluées. Les abus sur les nominations de copains politiques persistent. On a récemment vu les cas de la compagnie de Ken Arian ou encore du Fashion and Design Institute. La SBM est traînée dans la boue. Le projet de métro est devenu Stress Express. Et on cache les informations au sujet des coûts des voyages des ministres et députés du gouvernement », constate le député du MMM. Le parti mauve, selon lui, continuera à exercer la pression sur le gouvernement « MSM/ML/Transfuges » qui, pour lui, ne tient qu’aux informations de la « Pravind Broadcasting Corporation ».

Rajesh Bhagwan laisse également entendre que les députés du MMM retournent au sein de l’hémicycle après avoir effectué leur “homework” sur le terrain. « Le MMM s’est déjà prononcé contre l’anti-réforme électorale proposée par le gouvernement. Nous allons débattre sur les projets de loi à venir comme toujours avec des propositions », a souligné Rajesh Bhagwan. « Le MMM consolide sa position pour aller seul aux prochaines élections générales. Mo dimann Premye minis linpos disoud Parlman ek amenn 60 kandida MSM », a-t-il déclaré. Il demande dans la foulée à la Speaker, Maya Hanoomanjee, de ne pas « mettre son manteau du MSM » lors de ce retour à l’Assemblée nationale.

Pour sa part, le chef de file du Parti travailliste au Parlement, Shakeel Mohamed, est catégorique sur le fait que l’objectif politique des Rouges, en marge de cette rentrée parlementaire, est « d’achever ce gouvernement ». Selon l’élu du PTr de la troisième circonscription de Port-Louis, « le pays s’étouffe de jour en jour avec non seulement l’accumulation de scandales, mais aussi avec la nonchalance totale affichée par les membres du gouvernement face aux nouveaux défis auxquels fait face le pays ces temps-ci ». Il a déploré que les élus de la majorité « semblent déconnectés de la réalité ». Le député travailliste a dit noter que la corruption ainsi que le favoritisme « continuent à être à l’ordre du jour de ce qui reste de Lalyans Lepep ». Selon lui, « Pravind Jugnauth devient un “soutireur” par excellence et il réagit plus comme leader de parti que comme Premier ministre du pays, et ce alors que l’île Maurice a besoin d’un Statesman ».

Pour Shakeel Mohamed, la population « voit clairement que Pravind Jugnauth est en otage des Dayal, Tarolah, Sesungkur et Teeluckdharry » dans la conjoncture politique. Et en ce qui concerne cette rentrée parlementaire, Shakeel Mohamed a affirmé que « le Parti travailliste sera actif en ce qui concerne les questions parlementaires, mais aussi en termes de suggestions pour montrer que les Rouges sont l’alternance politique pour le pays ». Le PTr, dit-il encore, « proposera des solutions aux problèmes réels », ajoutant : « On est prêt à reprendre les rênes du pouvoir. » Il demande aussi à l’opposition « de travailler de façon unie au sein de l’hémicycle » et que le respect parlementaire soit de mise des deux côtés de la Chambre lors des travaux qui débuteront à 11h30.