Pom Lame/ Bout ledwa/ Zong ledwa/ Lame ouver/ Klaker lezel… Que dire de ce cas où l’utilisation des mains est assimilable à un instrument de musique, la ravanne? Il semble que cet instrument a peu de sens en dehors de la musique pratiquée et vécue. On pourrait avancer cette perspective dans l’évolution du projet de livre d’apprentissage de la ravanne initié par le Groupe Abaim, il y a 25 ans. Aujourd’hui, les recherches, documentations, expérimentations de cette méthode d’apprentissage sont achevées. Abaim, avec l’apport de l’artiste américaine Diana Heise, évoque la transcription solfégique, l’approche à la fois orale et écrite de la méthode. Ceux qui ont participé au projet soulignent la volonté de conserver les apports de notre musique traditionnelle (séga tipik) et de transmettre différentes esthétiques dans les milieux culturels les plus divers.
L’essor de la transmission date des années où existait la première école de ravanne à Barkly et l’association SOS Solidarite (prévention auprès des toxicomanes). La ravanne est devenue un moyen de prévention auprès des enfants de Barkly dans la lutte contre la drogue. L’apprentissage de la ravanne a pris forme au fil des années, avec une méthode à chaque fois enrichie par les cours du samedi avec les jeunes.
Tout cela signifie clairement que l’enseignement et la pratique des certains instruments traditionnels à Maurice concernent encore une minorité. En conséquence, il est nécessaire de proposer un apprentissage renouvelé, dynamique. Ce qui implique de repenser la théorie et la pratique, l’oral et l’écrit, le collectif et l’individuel dans les contextes particuliers des musiques traditionnelles. La méthode de ravanne par Abaim a été établie à l’occasion de collectages, et existe parce qu’elle est comprise et appréciée par le public. Il faut ne pas perdre l’esprit traditionnel lorsqu’on se lance dans la transcription solfégique. Marousia Bouvery de Abaim, nous parle d’une méthode de ravanne dynamique, fondée sur le partage (chacun apporte sa connaissance de l’instrument). Différentes questions ont été posées en amont : Dans quelle partie de Maurice pratique-t-on cet instrument ? Quelle est son identité acoustique ? Son identité-objet ? Le film réalisé par Diana Heise, Lame la kone, montre la fabrication d’un instrument unique et comment il produit du son. La question de l’instrument de musique et de l’écriture musicale part d’un point de vue de musiciens, d’apprenants, en insistant sur la réalité musicale. Le principe simple défendu par Abaim est qu’il convient de toujours revenir à la musique, dans ses dimensions esthétique et poétique, mais aussi historique et culturelle, technique et concrète. La nouvelle méthode d’apprentissage de la ravanne sera accompagnée d’un DVD (ce qui permettra d’entendre, voir et pratiquer). C’est aussi l’occasion pour le groupe de valoriser une musique vivante à Maurice, le séga tipik qui évolue de génération en génération et qui se transforme aussi en débordant le cadre de la communauté d’origine. Aujourd’hui, il existe une caravane Lespri ravann qui sillonne l’île. On arrive à la conclusion que les instruments de musique traditionnelle n’ont guère de sens, en dehors de la musique vécue et pratiquée. C’est l’usage qu’on fait de l’instrument, les chansons, le jeu instrumental, l’écoute culturelle qui définissent la ravanne. Abaim favorise l’écoute et tout ce qui est musique, et favorise la transmission. Le travail du groupe consiste aussi à cerner les enjeux liés à cet instrument par des enquêtes menées dans différents milieux. Au cours de son histoire, la ravanne, son timbre, son potentiel, ont été associés à l’imaginaire individuel des compositeurs et collectif des auditeurs (c’est ce que montre le film Le Morne). Aujourd`hui, il faut viser le développement du répertoire de la ravanne (à travers le vécu « coaltar ») pour contribuer à asseoir ses dimensions. Lors de la Fête de la Musique 2015, organisée par Abaim avec les « zenfan » du Morne et de Grand-Baie, l’occasion a été donnée pour développer un programme de composition de chansons et de partage afin d’assurer la transmission de la ravanne.