Présenté comme “enn liv sante pou lakonpagnman skoler”, le projet que lancera Abaim le 20 mars sera le cadeau qu’offriront ses enfants au pays pour marquer les 30 ans de l’association. Constitué d’un livre et d’un CD musical, il réunit 20 textes créés à partir des sessions de travail avec les enfants. Matériel pédagogique, Zoli letan pou zanfan est aussi de la belle poésie qui vous entraînera dans sa ronde magique.
Connaissez-vous This Old Man ? Souvenez-vous de cette comptine populaire anglaise que l’on chantait petit et qui disait, sur un rythme jovial : “This old man, he played one, He played knick-knack on my thumb, With a knick-knack paddywhack, Give the dog a bone, This old man, came rolling home.” Cette comptine fredonnée depuis plusieurs générations est en passe d’être remise au goût du jour par Abaim. Proposée dans le livre et le CD qui seront lancés le 20 mars, elle a été remise dans le contexte mauricien par l’association de la rue Maingard, Beau Bassin. Les premières notes, c’est Aurélie qui les lance. Ici, l’histoire de Sa vie ton la est connue de la vingtaine d’enfants, assis en fer à cheval dans la cour intérieure du centre. Autant de voix pour raconter spontanément et en choeur : “Sa vie ton la, li koz enn, li waya waya fer enn ta senn, waya waw waw lisien zape, donn li enn lezo, vie ton la balote rant lakaz.”
Lakonpagnman skoler.
Dans le livre et le CD de Zoli letan pou zanfan, Abaim a trouvé huit couplets à la comptine, qui évolue en fonction des chiffres. Au hasard, à deux, le Vie Ton “Li pa’le sede”; à cinq, il “waya waya koum’enn gro tink”; à sept, “kontan fer lafet”, etc. Il y a ceux qui retiendront le texte pour sa poésie, d’autres que le rythme et le thème de la chanson accrocheront. Dans le cadre scolaire, ce sont tous ces éléments qui seront combinés pour initier les enfants aux mots, aux chiffres, à la musique, au plaisir de cette autre manière d’apprendre.
Lancé dans le cadre des 30 ans d’Abaim (marqués l’année dernière), Zoli letan pou zanfan est officiellement “enn liv sante pou lakonpagnman skoler”. Un livre de 20 textes également présentés en chanson et musique sur un CD, le nouveau projet d’Abaim a pour vocation première d’être un outil pédagogique destiné à l’accompagnement des enfants, de la maternelle jusqu’aux petites classes du primaire. Par sa fraîcheur, son originalité et toute la chaleur conviviale qui s’en dégagent, ce beau projet fera les murs des écoles pour entraîner petits et grands dans une nouvelle ronde. Un peu comme ce fut le cas, il y a dix ans, après la sortie de Ti marmit.
Ti ena enn Ti marmit.
À l’époque, rappelle Alain Muneean, c’était aussi dans une démarche pédagogique que des comptines et des histoires du patrimoine avaient été collectées, réarrangées et offertes au public à travers les voix des enfants d’Abaim, dans 16 ti morso nou lanfans. La philosophie reste la même, mais le procédé diffère. Zoli letan pou zanfan a été créé à partir de ce que les enfants avaient à dire au cours des rencontres du samedi dédiées à l’accompagnement scolaire. C’est la source du projet, précise Aurélie Eléonore. Pour Alain Muneean, l’encadrement s’appuie sur la reconnaissance que “nou bizin aksepte ki kan zanfan la vinn la, li pa enn ver vid ek ki nou nou bann boutey plin ki pou ranpli zot”.
Le programme a été développé en fonction de ce que les enfants voulaient exprimer sur les thèmes proposés. La météo, l’indépendance, les vacances, le travail, etc. : autant de sujets qu’il fallait travailler à tour de rôle pendant deux ou trois semaines. Ce, dans un cadre pédagogique différent de l’ambiance des salles de classe conventionnelles. Alain Muneean le précise dans la préface du livre : “Li pli fasil fer enn zanfan aprann enn zafer kan li resanti enn plezir ladan. Sa plezir la, li gagn li dan zwe, dan sante, danse, dan konversasion ki ena sinifikasion pou li. Akoz samem lang maternel inportan, akoz samem bann metod aktiv zwe enn rol divan-divan dan ninport ki demars pou montre zanfan lir.”
Head Shoulders Knees & Toes.
Puisqu’il n’existe aucun matériel pour soutenir cette pédagogie, Abaim a écouté ses enfants pour développer le sien. Tout un travail de recherche et de réflexion a été entrepris autour des thématiques étudiées durant trois ans. Et c’est à partir de là qu’ont été créés les textes de Zoli letan pou zanfan. Après avoir été mis en forme, les poèmes placés sur des mélodies ont été soumis à l’atelier de musique pour être retravaillés. Cette initiation à la langue ouvre aussi une fenêtre sur l’anglais. En sus de This Old Man, quelques autres comptines ont été incluses dans le projet. Comme pour Head Shoulders Knees & Toes, la traduction en kreol suit la version originale pour mieux aider l’enfant dans son apprentissage.
Une fois de plus, c’est l’agence ToolBox qui s’est occupée de la conception et du montage du livre. Là encore, un travail agréable habille les pages, tout en donnant la possibilité aux enfants de réagir en fonction des textes lus ou entendus. Des petits jeux sont ainsi proposés, à travers lesquels, précise Aurélie, chacun pourra personnaliser son livre.
Sincérité et fraîcheur.
Par ailleurs, Alain Muneean explique que chaque enseignant a la possibilité de développer son matériel en partant du même principe appliqué. Pour aller au bout de sa logique, Abaim propose l’analyse des textes et des chansons à la fin du livre pour mieux expliquer les thématiques, le concept développé, la mélodie, le rythme, l’harmonie, les instruments de musique.
Sur l’album Zoli letan pou zanfan, Abaim fait entendre les instruments suivants : guitare, mandoline, harmonica, flûte, triangle, krapo, lakok dizef, jerrican, tambourine, kabasa, ravanne et maravanne. Les morceaux ont été enregistrés juste à côté du centre, sous le grand flamboyant. L’ingénieur du son Philippe de Magnée a voulu d’un cadre particulier, d’une ambiance vivante pour conserver toute la sincérité et la fraîcheur de ce projet. L’album a été enregistré en live de nuit et le travail a duré quelques semaines. Cela a pu se faire avec le soutien des proches des enfants. Comme Anita, la grand-mère de Kessidy, qui venait souvent encourager l’équipe en leur emmenant du thé.
Jason et les autres.
Quand elle repense à cette aventure, Kessidy est heureuse. “Je ne savais pas que les choses se passeraient de cette manière. Mais je suis contente, car c’était la première fois que j’enregistrais.” Pas de grandes difficultés, se souvient-elle, sauf à un passage de This Old Man. Mais le travail d’équipe lui a permis de se rattraper.
Cela a aussi été le cas pour Shawn, qui officiait à la guitare. Pris par le tract parfois, l’adolescent a retrouvé confiance en suivant les autres, après s’être longuement préparé lors des répétitions. À 10 ans, Jason est content d’avoir participé à ce projet, tout comme Georgina, qui se souvient de la bonne entente qui avait fait que “nou tou ti enn sel”. L’ambiance a ramené Aurélie et Ketty dix ans en arrière, à l’époque où elles avaient participé à Ti marmit. Ces dernières espèrent que le nouveau projet connaîtra le même engouement qu’à l’époque, tandis que Brian lance un appel : “Dimounn bizin aste li.” Comme le précise Marousia Bouvéry, le livre et le CD sont complémentaires. Il serait inapproprié de ne se contenter que de l’un ou de l’autre.
Cadeau.
La nuit est bel et bien tombée. À quelques reprises, des voix se sont élevées sous l’arbre de la cour intérieure pour illustrer les propos de nos intervenants. Chantés dans l’ambiance si particulière du centre de la Rue Maingard, Head Shoulders Knees & Toes ou encore a e i o ou ne peuvent qu’apporter une touche magique à cette nuit tranquille. Il en a été ainsi pendant les mois durant lesquels adultes, adolescents et enfants d’Abaim se sont concertés pour offrir en cadeau à Maurice, Zoli letan pou zanfan.
Le livre sera lancé le 20 mars lors d’une manifestation qui réunira enfants et pédagogues.