ABAIM n’est pas uniquement concerné par la transmission et la préservation de la parole mais aussi des instruments traditionnels. A Barkly, l’association fait revivre dans son centre la ravanne authentique qui résonne autrement. Une nouveauté : les symboles de l’esclavage et de l’engagisme à Maurice s’affichent pour renouer avec les traditions, transcender les différences et permettre le mieux vivre ensemble. Une exposition sur la fabrication de la ravanne « letan lontan » se tient au Centre d’ABAIM jusqu’au 1er juillet 2012. L’occasion de découvrir les photographies de Diana Heise, universitaire et artiste, dont nous présentons ici quelques travaux et ses idées concernant la ravanne comme emblème de résilience.
C’est d’abord l’histoire de James, un des rares fabricants de la ravanne en bois tel que le faisait le grand-père de Fanfan « ki al rod enn pie lakol dan bwa pre ek simé rail dan Barkly pou fabrik enn linstriman tradisyonel… » Loin de ces ravannes largement commercialisées dont le cerle est en plywood et la peau traitée dans de la chaux, la ravanne « lontan » de James se construit à partir du véritable bois (pie lakol, un bois léger et flexible et des graines servant à fabriquer de la colle). Il faut dire aussi que dans cette aventure ou expérimentation pendant six semaines, ABAIM a apporté une grande contribution en tentant de revaloriser le savoir-faire des ancêtres. Quelques secrets de fabrication : on choisit un tronc, on enlève l’écorce du bois, on le met à tremper pendant 24 heures pour le drainer avant de découper des planches qui serviront au cercle de la ravanne. Un cercle est tracé dans la terre à l’aide d’un compas, des piquets servent à maintenir le cercle d’environ deux pouces. On ajuste les deux extrémités de la planche transformée en cercle à l’aide d’un bout de corde et de la colle. Ensuite, lapo cabri entre dans la fabrication. On se sert de sa partie verte (dépourvue de poils) qui est enduite de cendre. La peau de cabri est mise à sécher pendant une semaine, accrochée à un arbre. D’autres étapes s’ensuivent : la peau est enduite de cendre, mise à tremper une nuit entière. Les poils sont grattés à l’aide d’un poukni qui servait autrefois à attiser les braises de charbon. On peut donner une petite recette en passant : des graines de tamarin sont écrasées sur une roche à cari et mélangé à de la farine de manioc (lapoud cange) pour fabriquer de la colle. Le cercle de bois est enduite de cette colle. On se sert de tiges (rotin bazar) pour tirer la peau sur le cercle. La ravanne authentique est obtenue après quelques jours de séchage.
La ravanne est associée au chant exutoire contant les douleurs des esclaves et travailleurs engagés. Sa base rythmique est donnée par des battements sur le cercle tendu d’une peau de cabri. Alain Muneean du Groupe ABAIM nous dit qu’avec cette ravanne traditionnelle, on obtient « enn lot son… resonans qui pena dan lezot ravan… nou pe fer reviv enn linstriman otentik et transmet so fabrikasyon… nou pou zouer li… » Alain ajoute que la ravanne occupe une place centrale dans le séga. Cet instrument faisait partie du mode de vie des gens pendant la période de l’esclavage.